Daishi Matsunaga

Une autre grande découverte pour nous, Pyuupiru 2001-2008 (2009) du jeune réalisateur Daishi Matsunaga, présent dans la passionnante section Nippon Digital du Festival Nippon Connection de Francfort 2010. Il évoque pour nous son ami et aussi sujet de son documentaire éponyme, l’artiste Pyuupiru [1], personnalité hors-norme de l’art contemporain japonais.

Sancho : Qu’avez-vous fait avant Pyuupiru 2001-2008 ?

Daishi Matsunaga : J’ai d’abord été acteur. Aux alentours de 25 ans, j’ai tourné dans le film Waterboys (2001) de Shinobu Yaguchi. En jouant dans plusieurs de ses films suivants, j’ai commencé à m’intéresser à la réalisation. J’ai commencé à travailler pour les studios Altamira Pictures et j’ai collaboré en tant qu’assistant de production de Shall we dance (2004) ou encore I just didn’t do it (2006), tous deux de Masayuki Suo. Un producteur m’a un jour demandé si je n’étais pas intéressé par la réalisation. C’est à ce moment là que j’ai réalisé mon tout premier court-métrage. Après cela, j’ai réalisé un film de fiction de 90 minutes, I am one (2002), sélectionné au Festival de Yubari et à celui de Takasaki, avec l’acteur Satoshi Tsumabuki rencontré sur le film Waterboys. Ce film devait sortir en salles mais pour plusieurs raisons, la sortie a été annulée. Ce même producteur m’a alors proposé de faire un nouveau film. Travaillant sur le scénario, je me suis rendu compte que je ne pouvais rien en faire. Je n’étais ni connu en tant qu’acteur, ni un réalisateur expérimenté, c’était donc très difficile pour moi à l’époque de continuer à faire des films. J’ai acheté à ce moment là ma propre caméra et commencé à vouloir faire des documentaires. C’est en 2001, que j’ai commencé à filmer Pyuupiru, c’était avant que je joue dans Waterboys. A ce moment là, je n’avais pas spécialement l’intention de devenir réalisateur, c’était juste Pyuupiru qui m’avait demandé de filmer ce qu’il créait. Parce que nous étions amis, j’ai accepté de le faire. Ensuite, à partir du moment où j’ai voulu vraiment réaliser des films, je me suis rendu compte que le documentaire était plus abordable. J’ai donc continué à filmer Pyuupiru, puis réalisé un documentaire sur les arts martiaux, des publicités, des clips et des programmes pour la télévision pour enfants, du type Power Rangers.

Pyuupiru vous a demandé de faire ce film. Est-ce que cela a été difficile de convaincre sa famille d’être questionnée et être montrée à l’écran ?

Étant son ami, les membres de la famille m’ont accepté comme étant l’un des leurs. Ca n’a pas été un problème du tout... (rires)

Depuis quand le connaissez-vous ?

J’avais 19 ans quand je l’ai rencontré pour la première fois.

Savez-vous s’il a été influencé par certains mouvements artistiques ou par certaines personnalités des nuits tokyoïtes ?

Toutes les choses qu’il crée viennent de lui-même. Par exemple, à l’époque où Pyuupiru fréquentait les clubs, il y avait un garçon dont il était amoureux. Un jour, il lui a fait un cadeau pour lui déclarer son amour. Quand ce garçon qui n’était pas homosexuel a reçu le cadeau, il lui a dit : « c’est dégoutant ! » l’a rejeté et a marché dessus. Il y avait aussi des voyous qui tournaient autour de la boîte. Lorsqu’ils ont vu cet homme donner un présent à un autre homme, ils se sont moqués de lui disant que c’était répugnant, et l’ont aspergé d’eau. Pyuupiru n’est pas le genre de personne qui va aller se battre, il est trop faible pour cela. Sa réaction a été d’aller aux toilettes et de se dessiner un large sourire sur le visage avec du rouge à lèvres. Il est retourné devant les hommes qui lui avaient lancé de l’eau et est resté planté devant eux sans rien dire. Je crois que ce qui a provoqué sa créativité est ce type d’expérience. Bien sûr, il y a des artistes qu’il apprécie, mais l’origine de sa créativité est bien dans sa vie quotidienne.

Bien que vous soyez son ami, n’y a-t-il pas eu des scènes qui ont été difficiles à tourner ? Comment avez-vous fait votre choix entre telle ou telle scène ?

Il y en a eu beaucoup ! Pyuupiru a choisi de s’exprimer par la création artistique, et je pense comprendre le sens de son travail. Il n’exprime pas ce qu’il fait par des mots, alors j’ai voulu essayer d’expliquer et de rendre compréhensible au public son art. Mais d’un autre côté, je me suis dit qu’il ne fallait pas le faire, parce que c’est lui l’artiste. Si un jour il disparaissait, je ferai certainement un film différent. Sa vie et sa création sont tellement liées qu’il y a eu beaucoup de moments très difficiles. Si j’avais mis toutes les images que j’ai filmées, mon film se serait limité à une simple explication de son art, mais j’avais le sentiment que je n’avais pas le droit de faire ça.

En tant que réalisateur, cela doit être enthousiasmant de le suivre, mais en tant qu’ami, cela a dû être compliqué ?

Oui, bien sûr.

Car à mesure que les années passent, il paraît de plus en plus créatif mais de plus en plus abimé dans sa vie aussi...

Oui, car au fur et à mesure, il a moins de liberté et il lui reste moins de choses à créer. Ce qui le fatiguait le plus, c’est qu’il était très préoccupé par son souhait d’avoir un petit ami. Étant donné qu’il n’avait pas encore eu vraiment cette expérience, il en était vraiment frustré. Il souhaitait que son apparence extérieure soit de plus en plus belle mais intérieurement il était de plus en plus épuisé. Il se demandait pourquoi malgré tant d’efforts pour être belle, et devenir femme, il n’arrivait pas à trouver quelqu’un, cela le chagrinait beaucoup.

Pourquoi avez-vous choisi d’arrêter le film en 2008 ?

Bien sûr je continue encore à filmer son parcours. J’ai une idée de mon but final, que je pense l’atteindre l’année prochaine ou l’année d’après. A ce moment là, j’aurais filmé pendant 12 ans. J’aurai accumulé un tel matériau que je ne pourrai pas en faire un seul film. J’avais l’intention de continuer le film que vous avez vu mais j’en ai abandonné l’idée.

Combien d’heures avez-vous enregistré ?

C’est la dixième année cette année et je dois avoir dans les 600 ou 700 heures.

Pyuupiru étant un très proche ami, avez-vous eu besoin d’un avis extérieur durant la phase de montage ?

Oui, j’en ai eu besoin. Je n’avais pas de producteur, j’ai toujours tout tourné tout seul, jusqu’en 2004 où j’ai eu un autre caméraman à mes côtés : Ryûto Kondô. Il est jeune mais très talentueux, il a été entre autre cadreur de certains films de Nobuhiro Yamashita et plus récemment de Live tape (2009) de Tetsuaki Matsue. Kondô a été la personne à qui j’ai demandé conseil lors du montage et en discutant avec lui j’ai décidé de faire deux films. J’ai aussi demandé l’avis de réalisateurs avec qui j’avais travaillé comme Go Riju et Shinobu Yaguchi, ainsi qu’à quelques producteurs.

Vous être assez présent à l’image et au son. Vous en devenez un personnage à part entière. Etait-ce un parti-pris ?

Pour cette première partie, j’ai essayé au maximum de ne pas apparaître à l’image ni au son. Mais je pense que pour la seconde partie, ça va être radicalement différent. C’est Kondô qui m’interroge cette fois (rires). En fait ces derniers temps nous sommes régulièrement amenés à voyager à l’étranger pour ses expositions, je suis devenu petit à petit l’assistant de Pyuupiru pour la préparation, l’organisation pratique ; je remplace en quelque sorte son grand frère que l’on voit dans la première partie. Donc je suis maintenant contraint d’apparaître à l’image (rires).

C’est peut-être une question délicate, mais ce film a-t-il changé votre relation amicale ?

Strictement rien n’a changé ! En fait je pense que ce projet de film n’a pas une grande importance pour lui. Il a l’esprit occupé par des choses bien plus importantes...

Quelle a été la réaction de Pyuupiru lorsqu’il a vu le film ?

La seule chose qui lui a déplu, c’était la barbe lorsqu’il était plus jeune, il ne voulait pas qu’on le voit avec la barbe (rires), mais en même temps, il s’est dit que cela pouvait le rendre mignon. Je pense que Pyuupiru est une personne joyeuse en général.

De futurs projets ?

Je collecte des éléments pour trois futurs documentaires, l’un toujours sur Pyuupiru, l’autre sur un combattant d’arts martiaux, et le dernier sur un maître du bondage. J’ai aussi un projet de film de fiction. Je l’ai écrit avec Kôsuke Mukai, qui a travaillé avec Nobuhiro Yamashita et sur Oh ! My Buddha (2009).

L’interview a été réalisée lors du festival de Francfort Nippon Connection 2010.
Photos du réalisateur : ©Sébastien Bondetti.
Photo de Pyuupiru : DR.

[1site officiel de l’artiste : http://www.pyuupiru.com/

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