Dante Lam

La distribution par Wild Side Video de Snipers (ex- The Sniper) en DVD et Blu-ray (sortie le 7 avril 2010) nous donne l’occasion de revenir sur une courte rencontre avec son réalisateur, Dante Lam, avec lequel nous avions eu la chance de nous entretenir lors de son passage au Festival du film asiatique de Deauville en 2009.

Sancho : Nous sommes ravis de vous rencontrer – il est très rare de recevoir des réalisateurs hongkongais en France ! J’ai vu The Sniper hier ; je dois avouer que j’ai bien aimé, certainement parce que je suis nostalgique d’un certain cinéma de Hong Kong de la fin des années 90... Ce que j’appelle des "sitcom d’action", sans que ce soit péjoratif, dans lesquels les personnages et leurs problématiques personnelles convergeaient vers une grosse scène d’action finale. Était-ce une volonté de votre part de renouer avec cette époque du cinéma de Hong Kong ?

Dante Lam : J’avais effectivement envie avec The Sniper de renouer avec le vrai cinéma, le vrai film d’action hongkongais. Je trouve qu’aujourd’hui, beaucoup de films hongkongais ont perdu leur identité. Beast Stalker, mon dernier film, est encore plus nostalgique que The Sniper : j’essaye encore plus d’y retrouver cette touche Made in Hong Kong qui faisait les vrai polars hongkongais. C’est cette nostalgie en effet, qui m’a donné envie de revenir sur le chemin du cinéma hongkongais authentique.

Pourquoi selon-vous, le cinéma HK s’est il écarté de ses caractéristiques, de son identité pendant les dix dernières années ? Et pourquoi, avec The Sniper et Beast Stalker, pensiez-vous que c’était le moment de retrouver cette identité ?

Il y a eu des raisons réelles à cette perte d’identité. Après 1997 bien entendu, Hong Kong a connu une période difficile, au cours de laquelle tout le monde était un peu perdu. Et lorsque l’on est perdu dans la vie, logiquement, on est aussi un peu perdu dans la création artistique. Pendant un temps, le cinéma hongkongais a voulu imiter les films hollywoodiens, s’approprier leur technologie et leur exagération, et cela déjà, a écarté le cinéma HK de son propre chemin. C’est encore plus compliqué aujourd’hui avec la problématique du marché chinois, que l’on est obligé de prendre en compte puisque c’est là qu’est l’argent ; il faut sortir notre travail en Chine pour gagner beaucoup plus, parfois juste pour ne pas perdre d’argent. Comment s’attaquer au marché chinois ? C’est une question qui est encore très difficile, et cette interrogation a participé à écarter encore plus le cinéma HK de sa voie.

Avant de faire The Sniper, je me suis arrêté pendant deux ans ; deux ans au cours desquels je n’ai pas tourné de films car j’étais moi-même un peu perdu. Lorsque j’ai recommencé à travailler, je savais qu’il fallait que je fasse les films que j’aime et que, quelque part, je maîtrise. J’avais donc envie de revenir aux bases du cinéma hongkongais, tout en intégrant suffisamment d’éléments commerciaux pour convaincre la production. Ils ont trouvé l’histoire très bien et, comme il y avait assez d’éléments vendeurs à leur goût, personne n’est intervenu en cours de route sur The Sniper pour influencer ma façon de travailler. Eux ne pouvaient pas savoir que j’allais revenir sur notre "ancien" chemin, ou si au contraire j’allais prendre une nouvelle direction. C’est donc un choix conscient et volontaire de ma part, mais pour la production ce n’était pas un point très important.

On a du mal à envisager que vous ayez eu cette liberté tout au long de votre filmographie, qui contient des films aussi variés que Runaway et Tiramisu d’un côté, et de l’autre Twins Effect qu’on imagine comme quelque chose de beaucoup moins personnel pour vous. Mais peut-être que je me trompe...

Comme The Sniper, chaque film est pour moi un choix conscient, le résultat d’une envie : l’envie de m’essayer à des genres différents. Chacun de mes films est mon idée, et c’est même moi qui essaye de trouver l’argent et les investisseurs pour les réaliser. Twins Effect... (Dante Lam marque une pause et rit)... c’est le seul de mes films dans lequel il n’y avait aucun thème (rit encore), mais même là c’était un choix de ma part, conscient, de destiner le film aux jeunes de 13, 14 ans. J’ai toujours, dans les films que je réalise, un but précis.

La structure de The Sniper est très intéressante, car celui que l’on pourrait supposer être son héros, le personnage d’Edison Chen, est très secondaire et n’intervient pas vraiment dans le triangle relationnel que construit le film. Puis-je me permettre de vous demander si les déboires qu’a connus le film, les mésaventures d’Edison Chen (Dante Lam rit à la mention du scandale [1]) ont impacté The Sniper et sa structure ?

Le scandale qui a touché Edison n’est intervenu qu’en post production. Le film était déjà tourné et, par conséquent, cela n’a influencé en rien la structure du film ou son idée de départ. Rien n’a été modifié, rajouté ou coupé à cause de ce scandale. Mon idée était d’emblée de garder son personnage un peu à l’écart, de lui laisser le temps de regarder les deux anciens snipers, d’apprendre à leur côté.

Akatomy | 27.03.2010 | Hong Kong, Rencontres

Interview réalisée par Akatomy en mars 2009 à l’occasion de le 11ème édition du Festival du film asiatique de Deauville.
Snipers sort le 7 avril en DVD et Blu-ray chez Wild Side Video.
Remerciements à Benjamin Gaessler et Wild Side.
Photos de Dante Lam : Kizushii.

[1Cf. "Edison Chen photo scandal" sur Wikipedia.

"Après 1997 bien entendu, Hong Kong a connu une période difficile, au cours de laquelle tout le monde était un peu perdu. Et lorsque l’on est perdu dans la vie, logiquement, on est aussi un peu perdu dans la création artistique."
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