Dao Lu

Le chemin emprunté par Zheng Yan au cours de sa vie a épousé les vicissitudes de l’histoire chinoise. Écolier dans les années 20, il a été impressionné par le patriotisme d’un de ses instituteurs. Sa formation intellectuelle est aussi marquée par la lecture de Et l’Acier fut trempé [1], un classique de la littérature soviétique très populaire en Chine. Il puise son inspiration dans le personnage principal de ce roman, un héros idéalisé de la révolution de 1917.

Zheng Yan adhère au PC en 1941, au moment où les Japonais envahissent les concessions internationales de Shanghai. Il va infiltrer le régime collaborationniste et gagner la confiance des japonais, ce qui lui permettra d’accéder à des informations confidentielles. Après la capitulation du Japon en 1945, Zheng Yan participera aux combats contre les troupes du généralissime Chang Kai-chek, qui aboutiront à la naissance de la République populaire de Chine en 1949. Il semble être titulaire d’un grade assez élevé, peut-être commissaire politique.

Le réalisateur Xu Xin laisse son témoin s’exprimer et ne le coupe qu’en de rares occasions. Le moyen sans doute d’obtenir de sa part des souvenirs les plus naturels possible. Xu Xin rythme cependant son documentaire en intercalant photos, affiches ou bandes d’actualités illustrant certains épisodes de la vie de Zheng Yan. Au détour d’un de ces épisodes, le vieil homme explique que les images de la prise de la capitale du pays à l’époque, Nankin, à laquelle il a participé, sont celles d’une reconstitution destinée à la propagande.

Son témoignage résonne fortement car l’image qui ressort de ce documentaire est celle d’un homme droit et simple, qui s’est mis au service de la révolution pour aider son pays et de son peuple. Ses souvenirs sont d’autant plus intéressants que Zheng Yan a vécu de l’intérieur toutes les grandes ruptures de la société chinoise. Il a participé au combat du parti communiste contre les envahisseurs japonais, puis contre les nationalistes de Chang Kai-chek, mais aussi aux luttes qui ont déchiré le parti puis le pays après la prise de pouvoir de Mao Zedong en 1949.

Il a ainsi été accusé en 1955 d’être un « réactionnaire » avant d’être innocenté. Cette répression contre les « droitiers » du parti, au centre des deux derniers films de Wang Bing – Le fossé et Wengming – est encore un sujet tabou en Chine. Cet épisode n’ébranlera pas sa foi dans le communisme malgré ses conséquences dramatiques pour sa famille, à la différence de la Révolution culturelle. « Qui aurait pu penser que j’aurais tort en aidant la révolution », constate-t-il.

Mais l’homme à l’écran n’est pas désabusé et n’a pas abandonné ses idéaux de jeunesse. « Il ne faut pas d’abord penser à soi, mais aux autres », telle pourrait être sa devise. Au crépuscule de sa vie, Zheng Yan reste un homme curieux et revient aux sources de la civilisation chinoise en lisant les Annalectes de Confucius et les œuvres de son continuateur, Mencius.

Kizushii | 8.10.2012 | Chine

Dao Lu a été présenté au Festival du réel 2012 en compétition internationale.

[1Ce livre a été réédité à la rentrée 2012 par les éditions Le temps des cerises.

aka Pathway - 道路 | Chine | 2011 | Un film de Cash Xu Xin | avec Zheng Yan
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