Dark in the White Light

Parmi les quelques films sélectionnés en compétition de la 37ème édition du Festival des 3 Continents que nous avons pu voir, Dark in the White Light faisait figure d’exception, en tant que seule œuvre sombre et violente, criant l’inexorabilité de la mort avec une vigueur malsaine et froide, à même de vider la grande salle du Katorza, comme au goutte à goutte, de bout en bout du métrage.

On appréciera que cette œuvre soit le fruit de l’obsession artistique du réalisateur Vimukthi Jayasundara, visiblement habitué des 3 Continents, en parfaite opposition avec le film qu’il est venu présenter. Souriant, voire hilare, le jeune homme s’est refusé à justifier ou expliquer son travail à la charmante hôtesse du festival nantais, à l’issue de la projection, laissant ses questions sans réponses précises, préférant nous imposer le contraste saisissant que sa bonhommie et sa légèreté dessinent face à la rémanence de l’image d’une femme, violée dans une voiture, le visage écrasé, à chaque coup de boutoir de son agresseur hors champ, contre la vitre d’une portière.

Il s’agit certainement de l’image la plus dure, la plus crue, de ce film dans lequel se croisent un moine, un docteur violeur et son assistant-chauffeur, complice tacite de ses exactions, et autre trafiquant d’organes. Conte philosophique slash fait divers, Dark in the White Light est une danse funeste avec la figure de la mort, spirituelle ou faucheuse maladive. Si la religion veut nous rassurer sur la mort, la médecine est censée nous en éloigner, la tenir un temps à l’écart. Le docteur qui impose sa violence au film constitue un trait d’union à la fois contradictoire et cohérent avec son mouvement d’ensemble, affirmant, plus que tout autre personnage, l’inexorabilité de notre trépas.

Et cela est d’autant plus vrai que les portes-paroles de Vimukthi Jayasundara sont plus morts que vivants. On pourrait affirmer sans peine que les figures de Dark in the White Light, dans leur obsession pour l’obscurité, ne parviennent même plus à être des fantômes, si ce n’est des ombres, trous noirs dans la lumière du vivant. Le trouble du film tenant à la juxtaposition, permanente, du religieux et du médical, fut-il meurtrier, qui égrènent tous deux un discours non sollicité sur la mort, nous infligent sans cesse la conscience de sa réalité.

Dark in the White Light affirme que nous sommes tous mortels, ce que l’on savait déjà, mais il le fait avec l’aplomb d’un théoricien frigide, dans un tableau où la faiblesse, l’abus, la douleur, la culpabilité, l’emportent sur le spirituel, non sans un certain cynisme. Bien que le film, doté d’une réalisation impeccable, exerce une certaine fascination, il n’est pas étonnant qu’il n’ait pas été du goût de tout le monde, l’inexorable y flirtant, en apparence au moins, avec le nihilisme.

Dark in the White Light a été présenté au cours du 37e Festival des 3 Continents (2015), dans le cadre de la Compétition Officielle.

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