Dark Water

Akatomy : Il y a des "équipes" comme ça qui font rêver. Mamoru Oshii, Kenji Kawai, Kazunori Itô par exemple (respectivement réalisateur, compositeur et scénariste de Patlabor 1 & 2, Ghost in the Shell et Avalon). Il y en d’autres, par contre, qui provoquent des nuits blanches. Comme celle formée par Hideo Nakata, Koji Suzuki et... Kenji Kawai. Pour ceux qui auraient vécu au fond d’un trou - d’un puits peut-être - au cours des dernières années, rappelons que ce trio est responsable des deux premiers épisodes de la série Ring, et des mouvements épouvantablements désarticulés d’une certaine Sadako. Ca y est, vous resituez, ce regard plein écran qui vous a empêché de dormir pendant plusieurs semaines ? Tant mieux. Ca vous aidera à vous mettre en condition pour appréhender leur nouveau film, Dark Water. Autant vous prévenir tout de suite : si la terreur coulait déjà à grosses gouttes dans Ring, c’est ici par torrents qu’elle vous heurte...

Kuro : ..."équipes qui font rêver"...plutôt cauchemarder en fait ! Nakata et Suzuki, plus qu’en forme sur ce projet, nous transportent dans les tréfonds de nos peurs enfantines. Si les Ring pouvaient plus ou moins toucher un large public, il est clair - comme de l’eau de roche - que ce dernier avatar concocté par nos deux malades devrait sans grande difficulté vous faire trembler et provoquer en vous un malaise certain... peut-être pas une peur au sens où on l’entend, mais plutôt une sorte de crainte rétroactive, une projection dans le passé, en repensant à la chose la plus horrible qui soit pour un enfant, être séparé de sa mère, ou pire, abandonné...

Akatomy : Effectivement, Dark Water est avant tout un film sur la famille. Parlons un peu de l’histoire, justement...
Yoshimi Matsuraba (Hitomi Kuroki) est en instance de divorce, et mène un combat difficile contre son mari pour obtenir la garde de sa petite fille Ikuko, agée de six ans. Dans le cadre de cette nouvelle vie, la famille "diminuée" s’installe dans un immeuble proche de la nouvelle école de la petite. Un bâtiment lugubre, presque monochrome, envahi par l’humidité. Il faut dire aussi que la pluie n’arrête pas de tomber, depuis un bon moment déjà. Mais est-ce assez pour expliquer ces auréoles qui suintent au plafond, s’aggrandissant de jour en jour ? Yoshimi, à la recherche d’un nouveau travail alors qu’elle a cessé son activité à la naissance de sa fille, est à bout de nerfs. Des apparitions troublantes, un mystère sur une petite fille disparue deux ans plus tôt, ou le sac d’un enfant qui ne cesse de revenir entre les mains de la petite Ikuko : il n’en faut pas plus (et il nous en faudrait certainement beaucoup moins !) pour que la peur s’installe dans son quotidien de plus en plus humide...

Kuro : L’humidité omniprésente, la moiteur glaciale dégagée par les murs de cet immeuble, tout est fait pour mettre le spectateur dans une position inconfortable. La tension monte sans jamais redescendre, et même si certains faits parraissent évidents - ou inévitables -, l’apprehension que l’on a de les découvrir ne fait que grandir au fur et à mesure que Nakata nous emprisonne dans sa mise en scène d’une efficacité diabolique. Lorsque l’étrange s’imisce dans le quotidien, c’est là qu’il fait peur ; Nakata et Suzuki appliquent donc la recette, et pas à demi mot !

Akatomy : Il est vrai que Dark Water n’est pas surprenant à proprement parler, et c’est là l’un des nombreux points commun que le film partage avec Ring. La peur ne nait pas de quelque chose d’inconnu, mais de quelque chose que l’on attend, que l’on redoute de voir, et qui risque fort de nous être imposé, avec insistance. Ainsi, de la même manière que l’eau sale de l’immeuble prend une place de plus en plus importante dans cette petite cellule familiale, l’appréhension de la compréhension prend le dessus sur le besoin de compréhension lui-même : on sait que l’on avance vers quelque chose d’horrible, qui implique cette petite fille en imperméable jaune que Yoshimi aperçoit toujours furtivement, dans l’entrebaillement de la porte de l’appartement au-dessus du leur...

Kuro : Oui, et cette peur monte en nous, nous asphixie presque, tant nous percevons - savons - que l’horrible est inévitable. Nakata et Suzuki nous tourmentent, mais ne nous manipulent pas, car finalement tout est clair... dans une certaine mesure ! Les similitudes avec Ring sont vraiment là, c’est indéniable ; l’eau, l’enfermement, le besoin de trouver une sorte de rédemption et ce, à travers le regard de l’autre... Tu disais tout à l’heure que Dark Water était "avant tout un film sur la famille", et je partage complètement ton idée. Néanmoins comment percevoir le personnage de la petite fille à l’imperméable ? Est-ce une chimère créée par Yoshimi ? Celle-ci entraîne-t-elle sa fille dans sa folie ?... Difficile de réellement savoir quelle part a le fantastique dans cette histoire à mon avis...

Akatomy : Il est vrai que beaucoup d’éléments laissent penser que le fantastique nait de la propre peur de Yoshimi, d’une projection de son enfance - constamment délaissée par sa mère - qui se matérialise en ce personnage de fille disparue, qui est à la fois une image d’elle-même et de ce que sa fille risque de devenir si elle ne se ressaisit pas.
C’est en cela que Dark Water est un film d’horreur à la fois égoïste et généreux. Egoiste en ce sens où quelque part, Yoshimi fait plus attention à elle-même qu’à sa fille ; généreux parce qu’elle agit de la sorte uniquement dans le but de protéger Ikuko. Et c’est de là que naît toute l’horrible beauté de Dark Water : c’est une forme d’amour filiale qui pousse l’horreur à prendre une place si importante, condamnatrice et rédemptrice à la fois. On repense alors à ce geste à la fin du livre Ring, où le héros serre le crâne de Sadako contre sa poitrine. Un attachement aux choses passées qui empêche la vie dans le présent, et transforme des sentiments positifs en éléments négatifs. Une perversion du plus beau des sentiments - celui d’une mère pour sa fille - charriée par une eau trouble, souillée par une peur matérialisée.

Kuro : ...voilà, c’est carrément ça, tu as trouvé les mots qui exprimaient ma pensée... à une heure du mat’ ! Est-il nécessaire de dire que la musique de Kawai, couplée à la mise en scène de Nakata atteignent leur paroxisme dans la séquence finale, d’une beauté formelle rarement égalée, mais surtout véritablement terrifiante...

Akatomy : Plus encore que Ring, Dark Water est donc un film magnifique et effrayant traitant d’une douleur projetée, qui résonnera longtemps dans votre esprit. Et vous ne percevrez sans doute plus jamais l’eau de la même façon. Alors pensez à surveiller les tâches d’humidité qui se forment sur votre plafond... ou dans votre esprit !

Kuro : Penses-tu, pour terminer, que le terme chef-d’oeuvre soit approprié pour qualifier ce magnifique film qu’est Dark Water ?

Akatomy : Et bien voilà qui est dit !

DVD
Widesight
NTSC - Zone 3 (HK)
Format : 1:1:78 - 16/9
Images : Hormis quelques plans où la compression est plutôt hasardeuse, l’ensemble est plus que correct.
Son : Au choix 5.1 EX ou DTS, surpuissant, énorme, bref, la perfection !

Suppléments : Nada ! La vache, ça fait flipper ! Même pas un trailer !

DVD
Kadokawa
NTSC - Zone 2 (Japon - pas vu)
Ce DVD ne comporte pas le moindre sous-titre, en revanche Interviews, Making of & co. sont au programme.

aka Honogurai mizu no soko kara | Japon | 2002 | Un film de Hideo Nakata | Avec Hitomi Kuroki, Shigemitsu Ogi, Yu Tokui, Fumiyo Kohinata, Asami Mizukawa
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