Darkness Surrounds Roberta

Roberta Parenti... artiste maudite, qui a tourné le dos à son talent depuis qu’elle a été violée par deux hommes ayant mal interprété son œuvre, s’adonne à de menus larcins dans le domicile des excentriques avec lesquels elle couche pour tuer le temps. Un négoce rentable organisé avec son amie Dora Miller, prostituée pour sa part, mais qui ne sied plus à la belle tourmentée. Alors que son mari, candidat aux élections à Florence, tente de se défaire de l’étiquette de corruption qui colle à son nom, il tente de garder un œil sur cette femme aux goûts obscurs qui pourrait mal attirer l’attention sur lui. Raté : Roberta est enlevée par un mystérieux tueur en série - traqué en vain par un détective italien, Sandro, et son collègue Derek, américain profiler et aveugle - qui enlève des femmes de rang dans le berceau de la Renaissance italienne. Un tueur qui ne lui veut aucun mal, bien au contraire : il souhaite juste que Roberta renoue avec son art, le temps de faire le portrait de ses victimes...

Avec Darkness Surrounds Roberta, Cinema Image Productions, la société ultra indépendante de Joseph Zazo à qui l’on doit Machines of Love and Hate et autre Barricade, s’aventure de nouveau, après 5 Dead on the Crimson Canvas, sur le terrain aujourd’hui déserté, n’en déplaise à un Dario Argento en voie d’extinction cinématographique, du giallo. Pour faire plus authentique, la prod déménage à Florence et embauche des acteurs sur place (et ouvre donc la porte à une énonciation exotique autant qu’approximative), à l’exception de Zazo lui-même qui interprète avec un peu trop de sérieux l’aveugle Derek.

En élève appliqué du cinéma transalpin des années soixante dix, Giovanni Pianigiani s’amuse avec les motifs chers au réalisateur de Profondo Rosso : la musique du film, ritournelle entêtante, renvoie aux partitions infantilo-horrifiques de Goblin et Claudio Simonetti, les meurtres sont commis en vue subjective en accord avec l’une des obsessions premières du papa de la belle Asia... Pianigiani joue même d’une palette de couleurs qui rappelle Suspiria et autres Inferno, ainsi que de liants purement visuels, cadrant des détails architecturaux et urbains visant à incarner Florence en tant qu’entité protagoniste du film.

Seulement voilà : si Pianigiani maîtrise le vocabulaire du giallo, ses phonèmes et son imagerie, il n’en est pas de même de sa grammaire. L’assemblage des éléments sus-cités ne parvient jamais à créer sa propre logique, éminemment visuelle au point de devenir narrative dans la conception Argentienne du giallo. A l’image des derniers échecs de l’ex-génie (désolé Dario pour la charge critique, mais bon... Mother of Tears, merde !), Darkness Surrounds Roberta échoue en partie parce qu’il refuse de laisser l’image prendre le dessus sur une narration qui déborde du coup d’une verbosité, textuelle et visuelle, contre productive en matière d’ambiance.

Reste que Yassmin Pucci, la très charmante interprète de Roberta, est une belle découverte. Dans les moments les plus intéressants du film, qui renvoient très clairement au Syndrome de Stendhal, l’actrice permet de plus à Darkness Surrounds Roberta de renouer, bien que trop peu, avec l’érotisme indispensable au genre. Dommage que Giovanni Pianigiani n’ait pas été plus elliptique et éthéré dans son récit, foncièrement intéressant, d’imagerie pervertie ; qu’il n’ait pas non plus poursuivi la piste de la violence sèche qui accompagne le premier meurtre du film, car la sauvagerie sanglante manque foncièrement tout au long du dénouement surjoué de l’histoire. Quant à Eileen Daly, présence qui m’a amené à m’intéresser à cette œuvre ultra indépendante, qui parvient au moins à susciter l’intérêt en évitant le ridicule (enfin presque, parce que Zazo est parfois embarrassant), on ne peut que regretter qu’elle reste si timorée, pour une fois, devant la caméra du réalisateur, alors que son rôle de maquerelle se prêtait si bien à un peu d’exploitation gratuite.

Akatomy | 8.11.2009 | Hors-Asie

Darkness Surrounds Roberta est disponible en DVD aux USA, accompagné de sous-titres anglais pour qui peinerait à comprendre le cast italien.

USA | 2008 | Un film de Giovanni Pianigiani | Avec Yassmin Pucci, Fabrizio Croci, Leandro Guerrini, Raine Brown, Joe Zaso, Riccardo Calvanese, Alfredo Arciero, Eileen Daly, Timo Rose
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