Dead End Run

Depuis le choc Electric Dragon 80 000 V, on était sans nouvelles de Sogo Ishii. Le voici donc de retour avec un film qui pousse plus loin les frontières entre le film de fiction et le film expérimental. Certes, Sogo Ishii, qui traîne une réputation de réalisateur punk notamment de fait de ses premières réalisations, nous a déjà dévoilé la pluralité de son talent mais il semble qu’à force de vouloir en faire toujours plus, il se soit cette fois fourvoyé dans une impasse. Sogo Ishii affirme avoir voulu créer un nouveau type de divertissement cinématographique, une approche révolutionnaire du cinéma. La tentative est louable mais à mon sens il échoue sur de nombreux points et finit par faire de Dead End Run une simple démonstration technique. Néanmoins, Dead End Run est une expérience presque physique qui vaut d’être vécue, en salle ou avec un excellent équipement.

Car pour être exact, Dead End Run n’est pas un véritable film de fiction. Il est en fait constitué de trois sketches et si les deux premiers ont des points communs, le troisième vient définitivement brouiller les pistes et fait voler en éclat la fragile apparence de cohérence établie par les deux premiers. Au final, Dead End Run fait plus figure de compilation de trois courts métrages indépendants qu’autre chose.

Les trois courts métrages, puisqu’il faut bien les nommer ainsi, respectivement intitulés Last Song, Shadows et Fly, sont construits sur le même principe, qui est celui qui donne le titre au film. Ils débutent par un écran noir et l’on perçoit les sons d’une bagarre violente. On suit ensuite un homme traqué, respectivement Yusuke Iseya (le réalisateur du plaisant Kakuto), Masatoshi Nagase (Maiku Hama, Chloé, Electric Dragon 80 000 V) puis Tadanobu Asano (Ichi the Killer, Electric Dragon 80 000 V, Zatoichi) qui trouvent refuge dans une impasse (la même pour Last Song et Shadows, le toit d’un immeuble pour Fly). Surviennent alors le(s) poursuivants(s).

Très similaires, Last Song et Shadows se déroulent dans la même impasse et de nuit. L’homme traqué sait qu’il va bientôt mourir. Sogo Ishii utilise des techniques similaires : caméra folle et musique puissante lors de la poursuite, création d’une ambiance de stress par l’amplification des sons (bruits de craquement d’os par exemple) ajoutés a posteriori, zoom sur des détails apparemment anodins, image granuleuse, importance des textures et des couleurs. En dépit de ces points communs (ainsi que : poursuivant identique, appel au fantastique, habits similaires des deux hommes traqués, lieu strictement identique), les liens entre les deux courts sont finalement très superficiels voire anecdotiques.

Et le spectateur est encore plus décontenancé à la vision du troisième court (Fly). Cette fois l’action se déroule en plein jour, les poursuivant sont vite identifiés et différents des deux courts précédents et le lieu est cette fois un toit (par opposition à l’impasse entre des immeubles). Bref, Fly semble avoir été réalisé contre Last Song et Shadows. Il ne se dégage donc aucune cohérence de Dead End Run, autre que technique. Ainsi le troisième volet, très léger, ne semble exister que pour prouver la validité, dans un cadre stylistique différent, de la technique employée.

Pour pleinement apprécier Dead End Run, il est nécessaire d’adopter une grille de lecture un peu différente que pour un film de fiction, approche par ailleurs confirmée par les dires de Sogo Ishii lui-même. A savoir, une tentative expérimentale où les techniques mises en œuvres au niveau de l’image (le film est tourné en 16mm avant d’être manipulé numériquement, après transfert et projection sur un grand écran afin de modifier des détails et de retravailler les couleurs en fonction du résultat projeté) et du son (le film est en 16.3ch, technique spécialement mise au point pour Dead End Run, et donc le rendu en salle passe par une technique spéciale de compression) priment sur le contenu.

Le résultat est donc plus proche du film promotionnel mettant en avant les techniques utilisées que du film de fiction. En autorisant nos sens à se laisser envahir par ce déluge graphique et sonore, la séance de cinéma se transforme en une plongée parfois éprouvante dans un univers étrange, façonné de main de maître par un Sogo Ishii cherchant sans cesse à se renouveler, à explorer de nouveaux territoires artistiques.

Mais en naviguant ainsi entre deux eaux (mi-expérimental, mi-fiction), Sogo Ishii donne l’impression d’avoir réalisé trois clips musicaux incohérents que même la présence des très (trop) "cool" Masatoshi Nagase et Tadanobu Asano (qui semblent être là uniquement pour dévoiler leurs tenues de couturiers japonais célèbres) ne permet pas totalement de sauver de l’ennui. Et c’est un fort sentiment de frustration qui nous saisit à la sortie de la salle.

Zeni | 31.10.2003 | Japon, Etrange Festival 2004

Dead End Run est sorti sur les écrans japonais le 18 octobre 2003.

Site officiel : http://www.deadendrun.com/

La BO du film signée Onogawa Hiroyuki est disponible en CD (ref. PICE-1001).

Japon | 2003 | Un film de Sogo Ishii | Avec Tadanobu Asano, Masatoshi Nagase, Yusuke Iseya
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