Death Note

De par le monde, des crises cardiaques soudaines viennent à bout de criminels en tous genres - assassins, preneurs d’otages, violeurs, hommes politiques véreux -, à la sortie de tribunaux qui n’ont su les condamner, mais aussi dans la sécurité supposée de cellules de prison. Pour les autorités japonaises, la cause virale est peu probable, et un certain L, mystérieux soutien des forces de l’ordre sur toute la surface du globe, affirme qu’il s’agit de crimes, qui plus est l’œuvre d’un homme seul. Et L dit vrai : car le meurtrier, que la population surnomme Kira (retranscription japonaise de « killer ») et hésite à qualifier de Dieu de la justice ou de tueur en série, n’est autre qu’un jeune homme du nom de Light Yagami. Etudiant en droit, Light trouve un jour un Death Note que Ryuk, un Dieu de la mort (Shinigami), a laissé choir sur Terre. S’il suffit d’inscrire dans ses pages le nom de quelqu’un dont on connaît le visage pour le tuer d’une simple crise cardiaque, le carnet permet des exécutions bien plus riches, dont même Ryuk ignore l’étendue des possibilités. Bien que jouissant d’une intelligence hors-norme, Light abuse des informations secrètes de la police qu’il pirate quotidiennement, ce qui met L et le FBI sur la piste d’un proche des enquêteurs. Et Light n’est autre que le fils du chef de la cellule Kira ; ce qui explique qu’il se retrouve pisté par l’agent Raye. Pour Light, le Death Note passe alors d’instrument de justice à outil de protection personnelle, et les morts d’innocents se multiplient dans le but de protéger son identité criminelle...

Difficile de passer à côté du phénomène Death Note... A l’origine une série de manga signée Takeshi Obata et Tsugumi Ôba [1], la confrontation de Light Yagami et L a été déclinée en films, livres, série animée [2] et même jeux vidéo. Le manga s’étant vendu à des dizaines de millions d’exemplaires au Japon, la version grand écran était une évidence ; son succès l’était aussi, a priori, surtout si le réalisateur retenu se contentait de coller au découpage passionnant de l’œuvre d’origine pour donner vie au papier... Ce qui n’est pas ce que Shusuke Kaneko - Mister Gamera lui-même - a décidé de faire. Plutôt qu’une simple transposition, Death Note, le film, est donc une véritable adaptation, presque risquée. Ce qui ne l’a pas empêché de s’emparer du Box Office nippon, et de mettre une petite claque, bienvenue, au Da Vinci Code. Des gens de goût, les japonais.

Death Note le manga, est une œuvre iconoclaste, au rapport singulier avec le fantastique qui lui donne son essence. C’est Ryuk qui ouvre le premier livre, expliquant à ses « collègues » de l’outre-monde qu’il a égaré son Death Note ; Light trouve l’objet et s’attache immédiatement à vérifier son efficacité. Le cœur du manga se construit rapidement autour du duel, d’abord à distance, puis d’intimité, entre Kira et L. Les morts constituent un sujet mais pas une matière : là où beaucoup d’auteurs se seraient délectés d’utiliser chaque chapitre du récit comme un nouvel espace de mise à mort à la pointe de la plume, Obata et Ôba s’intéressent avant tout aux motivations de Light, aux capacités de réflexions de L, et à la partie d’échecs que les deux ados se livrent, intérieurement et extérieurement. Death Note est avant tout un récit intériorisé, qui joue sur l’opposition permanente entre l’être et le paraître, aussi bien pour Light que pour l’étrange L. Le premier s’affirme rapidement comme un mégalomane dangereux ; le second comme un enfant surdoué et téméraire ; et l’on se plaît à regarder ces deux humanités s’affronter sur un terrain inhabituel pour un manga adolescent.

Death Note, le film, modifie quelque peu ce rapport prétexte au fantastique, en choisissant une structure - du moins au départ - plus classique. Kaneko joue la carte des morts pré-génériques, mettant d’emblée l’accent sur le phénomène plutôt que sur la motivation de Kira. Ryuk n’entre en jeu que plus tard, au cours du long flash back que constitue le récit principal. Le réalisateur instaure ainsi un climat familier pour qui connaît le manga, tout en distillant les touches d’une réécriture en devenir. Première et essentielle incartade au matériau de base, l’apparition de Shiori (sublime Yu Kashii), petite amie de Light qui passe ici au premier plan alors qu’elle n’était qu’une conquête anecdotique et opportuniste dans le manga. L’impact de la jeune femme sur le récit est pluriel : tout d’abord, elle donne à Light un caractère affectif absent des livres. Mais son rôle est avant tout de permettre à Kaneko de ne rien jouer ou presque en off, d’amener l’intériorisation du manga à s’exprimer à voix haute, au cours de discussions sur la nature de la justice et les actes de Kira, entre Light et elle. En offrant un trait affectif à Light, Kaneko crée de plus un levier absent de la version papier, qui va permettre de réécrire l’histoire de la fiancée de Raye.

C’est au cours de cette réécriture, qui s’éloigne du manga pour proposer une version différente de la première rencontre entre les deux cerveaux juvéniles antagonistes, que Kaneko précise la raison d’être de son adaptation : ce qui l’intéresse, c’est la déshumanisation progressive de Light, du justicier au manipulateur égoïste. Kaneko ne veut pas simplement faire le portrait d’un assassin opportuniste, conscient et brillant, ni même donner trop de place au « Battle of Wits » qui unit/oppose Light et L ; ce qu’il veut, c’est regarder naître un véritable assassin, et c’est à cela que lui sert Shiori. Ainsi, le réalisateur ancre intelligemment son film dans l’univers de Death Note tout en en proposant aux fans une lecture différente, à la fois démarquée et fidèle, moins explicite quant au machiavélisme de Light, mais non moins pertinente et fascinante.

Au rayon casting, le choix de Tatsuya Fujiwara d’abord étonnant, pour incarner Light/Kira, s’affirme comme juste. L’acteur fait moins élitiste que son équivalent de papier, et offre un terrain de doute plus crédible, alors que le Light du manga est sans équivoque (ce qui fait aussi l’intérêt de son duel avec L). Ken’ichi Matsuyama reproduit fidèlement les attitudes de L, mais apparaît moins juvénile, n’incarne pas la même naïveté. Ici simple observateur, son rôle est plus secondaire que dans le manga. Le père de Light est l’un des points faibles du film, son incarnation trop terne par rapport à la colère permanente de son équivalent dessiné. Les femmes du film enfin, constituent son point fort : Yu Kashii est comme toujours magnifique, et Asaka Seto incarne une Naomi convaincante. Ryuk, réalisé en images de synthèse, est une représentation fidèle de ce « familier » hors du commun, simple spectateur de la destruction qu’entraîne le Death Note. Enfin, l’ensemble est souligné par la bande-son efficace et discrète de Kenji Kawai, adaptée au rythme volontairement lent du film, qui s’attache à détailler un nombre minimum d’actions pour maximiser l’impact de cet opus en forme de mise en place. Globalement, cette première version live de Death Note est donc une franche réussite, suffisament démarquée du manga pour constituer une variation d’intérêt, et suffisamment fidèle pour satisfaire les fans. La suite prochaînement, avec Death Note : The Last Name...

Akatomy | 19.05.2007 | Japon

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Death Note a bénéficié d’un grand nombre d’éditions DVD en Asie. Je vous conseille dans le lot, le coffret HK, comprenant les deux films sous-titré anglais plus un DVD bonus avec le documentaire intitulé "Dead or Alive", techniquement irréprochable ou presque, et au prix plus abordable que tous les coffrets sortis au Japon, certes magnifiques mais sans sous-titres.

[1La série, terminée au Japon, comporte 12 volumes au total. Le manga paraît en France aux éditions Kana depuis le mois de janvier 2007 ; trois tomes sont disponibles à ce jour, avec le quatrième prévu pour mois de juin.

[2Courtesy of Madhouse, diffusée depuis octobre 2006 au Japon.

aka Desu nôto | Japon | 2006 | Un film de Shusuke Kaneko | Avec Tatsuya Fujiwara, Ken’ichi Matsuyama, Asaka Seto, Yu Kashii, Shunji Fujimura, Takeshi Kaga, Shigeki Hisikawa
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