Derrick - die Pflicht ruft !

Sein Name ist Derrick, Stephan Derrick...

Trente ans. Trente ans que Munich est la ville la plus sûre de la planète, avec un taux record de 0% de criminalité. Le secret de cette sérénité se résume en un nom : Derrick. Stephan Derrick, super-flic incorruptible à qui personne ne résiste, fait régner l’ordre et la loi sans jamais avoir eu à dégainer son arme... oui mais, les choses ne sont plus ce qu’elles étaient, et la routine quotidienne devient lassante après trois décennies de bons et loyaux services à éradiquer le crime. Mais s’il ne s’agissait que de ça... le principal problème de Derrick est à ses côtés depuis toutes ces années : Harry Klein. Klein et Derrick se détestent, et tandis que l’un prend l’autre pour un imbécile fini, l’autre ne supporte plus d’être l’éternel second... ça va mal au sein de la police bavaroise, et Derrick décide de prendre un congé bien mérité, jusqu’au jour où un boys band est décimé d’une manière pour le moins inhabituelle. Derrick qui ne supporte pas qu’une affaire reste non élucidée, décide de repartir de plus belle, assisté d’un Klein plus remonté que jamais, prêt à tout pour prouver qu’il est aussi valeureux que son supérieur... Achtung, ça va chauffer !

...Derrick... pour la plupart des téléspectateurs âgés de moins d’une centaine d’années, ce doux patronyme teuton est synonyme d’images poussiéreuses verdâtres, marrons et beiges, de non-action non-stop, de poursuites à 2km/heures, j’en passe et des meilleurs... oui mais... J’accuse ! La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire ; Derrick est grand ! Derrick, un flic pugnace qui sait manier le verbe face aux méchants, un homme qui porte l’imper comme un dieu, Derrick le père, le mari, le fils, l’amant, le gendre idéal, aussi fustigé soit-il de par le monde. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis [1]...

"Mein Name ist Derrick, Kriminalpolizei !". C’est en ces doux termes que se présente à nous Stephan Derrick, alors qu’il arrête son énième criminel de la journée, frappé par une indicible nonchalance propre à tout héros arrivé au crépuscule de sa carrière... héros magnifié et magnifique, Derrick est l’homme providentiel de toute l’Allemagne, l’homme par qui le courroux de la loi s’abat sur la criminalité, l’envoyé du dieu de la foudre, une méga-blitzkrieg à lui tout seul, la sagesse personnifiée, bref, Derrick ist der Mann !

Sorti le 1er Avril -ça ne s’invente pas !- dans les salles obscures allemandes, cet ultime épisode des aventures de l’Oberinspektor Stephan Derrick, clôt de manière inattendue vingt-quatre années -de 1974 à 1998- et 281 épisodes de bons et loyaux services télévisuels de l’inspecteur munichois le plus connu/décrié de la planète. Inattendue, puisqu’il s’agit d’un long-métrage d’animation... inattendue encore, car pour la première fois depuis l’apparition du personnage sur les ondes hertziennes de la ZDF le 20 Octobre 1974, le scénariste n’est plus Herbert Reinecker (Junge Adler, Der Kommissar), écrivain, dramaturge et scénariste incontournable de l’après-guerre, mais trois scénaristes, Ralph Christians, Marteinn Thorisson et Jürgen Wolff, trio habitué du petit écran germanique...

...le principal trait qui différencie ce die Pflicht ruft ! du reste de la série télévisée, est sans aucun doute le ton ouvertement parodique à l’égard de l’univers de l’inspecteur bavarois, couplé à une sorte de cynisme teinté d’autodérision (notons l’implication de Horst Tappert et Fritz Wepper dans le doublage)... malheureusement le scénario s’embourbe très -trop- rapidement dans une sorte de chaos qui cache sous cet aspect déstructuré, de grosses lacunes, pour que ne subsiste qu’un imbroglio scénaristique qui fait sombrer -gloups !- ce film d’animation dans l’ humour potache aux -rares- gags très lourdingues, faisant passer les ZAZ pour de fins auteurs... Aïe aïe aie ! mais revenons plutôt à Derrick ; série télévisée décriée, moquée, cible éminemment "facile", elle n’en demeure pas moins une série policière bien moins morne et terne que la plupart des gens ne l’ayant jamais réellement regardée veulent bien le dire... et pour cause ! sur 281 épisodes, pas moins de dix-sept réalisateurs (dont Horst Tappert lui-même) se sont attelés à mettre en scène les aventures du flic allemand ; autant de visions différentes, que de mises en scènes différentes -pour le pire comme pour le meilleur-, certains épisodes de la première décennie de Derrick n’ont rien à envier à bon nombres de séries, et pourraient ne pas souffrir de la comparaison avec de grands polars européens des 70’s, tel l’excellent Un Flic sur le Toit (Mannen På Taket /1976) du suédois Bo Widerberg... Mais il est vrai que depuis la seconde moitié des années 80, les épisodes de Derrick souffrent d’un aspect trop conventionnel, où Reinecker, certainement moins motivé par son héros, semble s’être lui-même adonné à une certaine facilité... die Pflicht ruft ! n’évite bien évidemment pas les clichés -nombreux-, et même si certaines scènes peuvent surprendre de par leur "audace" -Derrick dans une back-room de boîte gay SM-, le film se perd dans une sorte d’autodérision destructrice, qui au final dessert le film plus qu’elle ne l’aide à se sortir la tête hors de l’eau...

...malgré ces aspects a priori largement négatifs, die Pflicht ruft ! possède ci et là quelques bonnes idées, plus ou moins bien exploitées, et notamment le secret de l’invincibilité de Derrick, ou encore la vision que ses collègues ont de sa vie privée. Au détour d’un scénario décousu, le film égratigne sans concession le show business, la religion -le méchant du film aime écraser les nonnes car il a été élevé par la tyrannique sœur Domina-, ou encore les rouages de la bureaucratie... Natürlich, rien n’est réellement très fin, et l’on ne peut que déplorer l’aspect gros sabots du film -qui frôle souvent le mauvais goût-, qui aurait pu faire se réconcilier les anti et pro-Derrick...

Derrick - die Pflicht ruft ! a beau démarrer sur les chapeaux de roue, il s’enlise presque aussitôt dans une certaine simplicité malvenue, bâclée et inodore, à l’humour sans saveur ni subtilité... à l’arrivée donc, une véritable déception (et croyez moi, j’en suis le premier navré), mêlée à l’indicible plaisir de retrouver malgré tout le flic le plus torride de la planète dans un baroud d’honneur qui aurait tout gagné à être vraiment tonitruant... nous nageons en plein "moyen", et ça, c’est vraiment dommage... Auf wieder sehen, Stephan.

Kuro | 23.11.2004 | Hors-Asie, Animation

DVD (Allemagne) | Universal | Zone 2 - Pal | Format : 1:1:78 - 16/9 | Images : Un pressage magnifique et coloré sans la moindre imperfection ! | Son : Un 5.1 tonitruant ! | Suppléments : Making of, interviews, trailers, Derrick-Quiz...

Ce DVD possède des sous-titres anglais optionnels (qui ne rendent pas réellement hommage au film, surtout lors des jeux de mots, la plupart du temps difficilement traduisibles)

Site Officiel : http://www.derrick-derfilm.de

[1© Emile Zola

Allemagne | 2004 | Un film de Michael Schaack | Avec les voix de Horst Tappert, Fritz Wepper, Gustav Peter Wöhler, Wolfgang Stumph, Ralph Morgenstern, Nathalie Licard
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