Desire to Kill

Min-ho, désespéré par le meurtre de sa femme, ne cesse d’attenter à ses jours. Partiellement paralysé dans son lit d’hôpital, il se réveille un matin pour découvrir à ses côtés le nouvel occupant de sa chambre. Il reconnaît en Sang-up, qui s’avère lui aussi paralysé et qui plus est amnésique, l’assassin de sa femme, et se met en tête de reprendre des forces pour le tuer avant qu’il ne retrouve la mémoire…

Difficile de cataloguer ce premier long-métrage emballé par le duo Owen Cho / Kim Sang-hwa. Entre le sordide et l’humour noir, les réalisateurs composent une farce féroce, jouent avec les fragments de mémoires brisées, le handicap et le cloisonnement pour dresser le tableau d’élans de vie d’un cynisme rare, puisque puisés dans la haine meurtrière. Et si, dans la révélation progressive de son puzzle de traumatismes, de causalités et de parentés, nombre de spectateurs y voient planer l’ombre d’un certain film de Park Chan-wook que nous ne citerons point, par désir d’abroger son statut de mètre-étalon du twister revanchard, Desire to Kill est une œuvre qui s’affirme plus par personnalité propre que par filiation ou comparaison.

Presque entièrement situé dans une chambre d’hôpital et opposant deux hommes entravés dans leur liberté de mouvement, Desire to Kill ne saurait abuser d’effets de mise en scène. A l’aise dans le confinement de son unité de lieu, le film observe ses patients au grand angle ou en gros plan, emprunte leurs points de vue limités. Il joue posément de motifs de répétition, de cadrage et d’action, qui s’appuient notamment pour ces derniers avec habileté sur la mémoire volatile de Sang-up. Si à plusieurs reprises l’amnésique prend conscience des agressions maladroites de son voisin de chambre – un livre lancé au visage, un coup de fronde homemade (un savon fourré dans un bas dérobé dans la poche d’une infirmière) et autre électrocution opportune -, voire même le reconnaît, il repart sans cesse à zéro le matin suivant, fort d’un « bonjour » benêt et enthousiaste. Cho et Kim font ainsi naître non seulement l’humour dans le pathétique, mais aussi le suspense de l’incertitude : et si cette fois, Sang-up était vraiment guéri ?

Le suspense de Desire to Kill ne tient pas à la seule complétude mentale de son souffre-douleur. Dopés par le traitement expérimental d’une mystérieuse doctoresse de l’ombre, administré par la charmante infirmière Ha (Seo Hyo-rim), Min-ho et Sang-up livrent le combat indirect du rétablissement physique, que les réalisateurs n’hésitent pas à dépeindre à l’aide de montages chers aux films de sport (et à Team America) ; chaque capacité de mouvement supplémentaire devenant une opportunité meurtrière. Pour porter l’ensemble, le film se pare d’un certain onirisme, l’état mental de ses protagonistes déteignant sur la réalité incertaine de certaines séquences, ainsi que d’un twist un peu trop annoncé, mais qui a le mérite de parfaire la noirceur et le cynisme de l’édifice, en plus de faire évoluer intelligemment l’antagonisme central.

Certes, Desire to Kill progresse vers une violence remarquable, brille par l’ingéniosité de ses tentatives de meurtres handicapées (bien que régulièrement improbables), son humour déplacé et sa méchanceté alambiquée. Cependant, il trouve sa plus grande force dans sa capacité à transformer ce désir de tuer en désir de vivre, à capter l’exaltation d’un Min-ho, fantastique Cheon Ho-jin, qui a réussi tant bien que mal à jouer un mauvais tour meurtrier à Sang-up, avec un simple gratte-dos ou une catapulte improvisée. Soit, c’est la mort qui porte ces élans de vies ; mais ils n’en sont pas moins emplis d’une fascinante humanité.

Akatomy | 14.11.2012 | Corée du Sud

Desire to Kill est disponible en DVD UK chez Terracotta Distribution, sous-titré anglais.

aka Enemy at the Dead End – Joogigo Sipeun - 죽이고 싶은 | Corée du Sud | 2010 | Un film de Owen Cho & Kim Sang-hwa | Avec Cheon Ho-jin, Yu Hae-jin, Seo Hyo-rim, Kim Seo-hyung, Ra Mi-ran, Ahn Eun-jung, Lee Jeong-heon
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