Désirs volés

Premier film réalisé par Shōhei Imamura, Désirs volés contient déjà certaines préoccupations qu’il développera dans ses œuvres suivantes : son goût pour les petites gens, la sensualité...

Expulsée avant l’heure du théâtre qu’elle louait à Osaka, une troupe itinérante de seconde zone part à la campagne donner des représentations. Ces dernières y reçoivent un accueil bien plus enthousiaste qu’en ville où seules les danseuses peu habillées de la compagnie faisaient recette. Des tensions existent dans la troupe entre le jeune metteur en scène, Shinkishi qui a étudié à l’université, et les acteurs plus âgés. Il souhaiterait moderniser le répertoire et faire des répétions pour améliorer les pièces. Il est de plus amoureux de Chidori, une des filles du chef de la troupe pourtant mariée à l’acteur principal, tout en étant convoité par l’autre sœur, Chigusa.

Shōhei Imamura insuffle à son film une belle énergie, souvent collective. Il multiplie les séquence où l’écran regorge de personnages : les représentations théâtrales filmées de l’arrière de la salle, les repas de la troupe, son arrivée au village... Une vitalité que l’on retrouvera dans certains de ses films ultérieurs qui auront également comme sujet une communauté de sans-grades. Il met en scène un collectif à l’instar de la troupe de théâtre au centre de son film. Si un des personnages est plus important que les autres, ici le jeune metteur en scène, les autres protagonistes donnent chair à ce microcosme.

Désirs volés est un film sur l’idéalisme, celui de Shinkishi qui pour l’amour de l’art préfère vivre au milieu d’une troupe de « mendiants » que d’accepter la proposition d’un travail bien rémunéré à la télévision. Son idéalisme vient se heurter à la réalité du quotidien : des acteurs préférant courir la gueuse aux répétitions, des spectateurs appréciant plus des jeunes femmes en maillot de bain qu’une pièce de théâtre...

Comme souvent dans les films d’Imamura, le sexe et le désir occupent une place importante dans la vie de certains de ses personnages. L’un des acteurs âgé reste un séducteur et l’une des veuves du village succombe à son charme, notamment après une séance de massage. Son comparse de scène n’est pas en reste. Il n’y toutefois pas d’enjeu au-delà de la caractérisation des personnages.

La concupiscence fournit par ailleurs quelques scènes d’humour bas de gamme, comme celles où les trois ou quatre mauvais garçons du village cherchent coûte que coûte à mater les actrices en tenue d’Eve.

Désirs volés est de par son sujet une œuvre mineure, le cinéaste abordera par la suite des thèmes plus ambitieux avec un regard plus acerbe. Sa vision reste cependant très agréable et je suis ressorti de la séance le sourire aux lèvres, contaminé par l’énergie déployée à l’écran par les personnages. La fin du film n’est ni vraiment heureuse, ni malheureuse, la vie continue.

Désirs volés a été présenté le cadre de la 22e édition de L’Etrange Festival (2016), qui rendait hommage à Shōhei Imamura. Remerciements à Xavier Fayet et à l’équipe du festival.
Edité par Elephant Film, le film sera disponible le 15 novembre en Combo (Blu-ray+DVD).

aka 盗まれた欲情 - Nusumareta yokujō - Stolen Desire | Japon | 1958 | Un film de Shōhei Imamura | Avec Osamu Takizawa, Shinichi Yanagisawa, Yōko Minamida, Michie Kita, Hiroyuki Nagato, Kō Nishimura, Toshio Takahara, Shojiro Ogasawara
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