Detective Story

Mon voisin Raita.

Un obscur peintre du nom de Yuki Aoyama qui semble broyer des organes pour en extraire la matière première de ses œuvres ; un jeune stalker obnubilé par les intimités qu’il dérobe à l’aide de caméras espions ; une jeune femme immobile au cœur d’une exposition de toiles morbides ; et enfin l’emménagement d’un homme dans un appartement miteux, qui découvre que son voisin porte le même prénom que lui, Raita... tels sont les points de départ de Detective Story, vrai-faux polar, horrifique et incongru, réalisé en vidéo par Takashi Miike, quelque part entre Sukiyaki Western Django et Crows Zero.

Le héros du film, au choix, est donc Raita Kazama, détective privé aux abords taciturnes, ou Raita Takashima, salaryman féru de déménagements et œuvrant comme hacker au sein d’une société anonyme ; à moins que ce soit l’étrange entité contradictoire que forme leur collaboration d’infortune. Car lorsqu’il découvre l’homonymie de son voisin, Kazama s’impose très largement dans le quotidien de l’informaticien, qui se retrouve entraîné dans une enquête qui fait rapidement du détective son principal suspect. Un soir que Kazama s’incruste, une nuit durant et bouteille à la main, chez son infortuné voisin, il choisit d’ignorer la détresse d’une cliente potentielle qui est retrouvée morte le lendemain, délestée de ses poumons. Deux autres victimes surgissent, l’une privée de ses reins et l’autre de son foie. Et toutes deux semblent reliées à Kazama, mais aussi, par leurs goûts artistiques, à Yuki Aoyama.

Soyez prévenus : même au sein de la filmographie de Miike, Detective Story est une œuvre pour le moins déroutante. Sur une trame d’investigation on ne peut plus floue, Miike trimballe une galerie de personnages surréalistes dans les méandres de l’inaction et d’indices insaisissables, navigue entre l’humour pince sans rire et l’horreur low key. Le tout dans une mise en scène dénuée de tout apparat ; si l’on excepte, de façon ponctuelle, les soubresauts expérimentaux chers au réalisateur et les quelques ponctuations free jazz de l’accompagnement de Koji Endo.

Siège de cette ambiance instable, l’entité protagoniste duale formée par les deux Raita et leurs interprètes, Kazuya Nakayama et Claude Maki. Le premier, que l’on a déjà croisé dans l’excès le plus abouti de Miike sous les traits d’Izo Okada, incarne un ancien flic minable, détective tout aussi incompétent, gosse dans un corps d’adulte à la dégaine improbable, qui porte d’horribles chemises à fleurs et réfléchit longuement, avant de quitter son domicile, au choix du briquet tempête qui doit compléter son attirail. Stupide mais pas trop, le détective semble constamment absent, même lorsqu’il interroge des témoins à la recherche d’indices, et incarne une figure insolite que Miike aime à placer sous la protection d’un parapluie, en plan moyen fixe, tel un travestissement de la petite Satsuki dans Mon voisin Totoro. Parasite insupportable mais aussi touchant, sa marginalité déteint sur la narration fluctuante du métrage, l’entraîne du rire mécanique à l’effroi implicite en passant par l’incompréhension. Kazama est un personnage dont l’identité semble morcelée et dépeinte de façon incomplète ; ce qui explique certainement pourquoi le film lui-même paraît parfois faire partie d’un univers plus large qui nous échappe ; à l’image d’un intermède, hommage ou parodique, façon Silence des agneaux, confrontant le détective à un tueur masqué qu’il avait autrefois arrêté.

Face à lui, le trop rare Claude Maki (A Scene at the Sea, Orokamono - Kizudarake no Tenshi) joue à merveille la gêne et la timidité d’un homme qui ne parvient à se défaire d’un insupportable greffon. Takashima est un personnage sans motivation, qui se laisse porter par l’errance pseudo-logique de Kazama. Son visage, qui porte merveilleusement l’embarras, est un complément très naturellement drôle à l’excès de Kazuya Nakayama.

Autour de ce duo comique, quelque peu déplacé dans le sordide qui traverse Detective Story, gravitent deux femmes fantastiques : Harumi Inoue, homologue féminin de Kazama et surtout l’enthousiaste Akiko Kikuchi, capable de s’uriner dessus, en public, avec le même sourire que lorsqu’elle parle des toiles du maître Aoyama, dans l’une des séquences qui rappellent, sans le moindre doute, l’empreinte de Miike sur quelque scénario que ce soit. Mais le style, adoré ou détesté, du réalisateur se retrouve surtout dans ses effets de mise en scène, notamment les coupures du montage au cours de dialogues, qui voient les protagonistes changer de position comme en stop motion pendant que les échanges eux, courent à vitesse normale.

Inutile de préciser que Detective Story incarne une porte d’entrée un peu extrême sur l’univers de Takashi Miike. Pourtant, même dans son final un peu longuet et théâtral, qui détruit l’innocence d’une petite fille, il porte la filiation de Dead or Alive, dans une résistance hors norme de Kazama à la violence. Tous ses doigts sectionnés, projeté d’un balcon, une jambe brisée et l’autre transpercée par un énorme bout de bois, Kazama avance encore, imperturbable. Rien d’étonnant dès lors, à ce que les doigts du détective repoussent comme par magie dans la dernière image non sensique du film : les incarnations qui peuplent le cinéma de Miike et ses excès, surtout lorsqu’elles sont dotées d’une âme d’enfant, partagent souvent, parmi d’autres incongruités, cette singulière et sympathique résilience.

Akatomy | 20.12.2009 | Japon

Detective Story est disponible en DVD japonais, sans sous-titres, mais aussi en DVD zone 1 US sous-titré anglais chez Media Blasters, via leur label Tokyo Shock. Copie convenable et pas le moindre supplément, si l’on excepte des trailers issus du catalogue de l’éditeur.

aka Tantei monogatari - 捕物帳 | Japon | 2007 | Un film de Takashi Miike | Avec Kazuya Nakayama, Kurôdo Maki (Claude Maki), Tomoharu Hasegawa, Akiko Kikuchi, Harumi Inoue, Kai Atô, Hiroyuki Watanabe, Asae Ônishi, Kentarô Nakakura, Tomoya Shiroishi
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