Diary

Mi-Pang, mi-Twins : mi-réussi ou mi-raté ?

Winnie Leung vit dans un petit appartement où elle passe son temps à confectionner des marionnettes ou écrire dans son journal intime. Ces activités, elles les fait seule, dans l’attente sans cesse contrariée de son petit ami Seth, qui trouve toujours un moyen de repousser son retour chez elle. Un jour, alors qu’elle est assise seule face à une table dressée pour deux, Winnie comprend que Seth n’est plus là, qu’il l’a quittée. Commence alors pour elle une période d’instabilité inquiétante, où la paranoïa cotoie des prémisces de schyzophrénie. Sans interaction humaine, Winnie perd le fil de son quotidien, incarné de milles angoisses hallucinées. Jusqu’au jour où elle croise le chemin de Ray, qui ressemble trait pour trait à l’être perdu. Une relation commence entre les deux jeunes adultes, entre écoute et attentisme, dans une juxtaposition dérangeante plus qu’un véritable partage. Et, surtout, dans l’ombre de Seth, dont le souvenir continue d’aliéner Winnie...

Singulier projet que ce Diary de la moitié des frères Pang, celle responsable de l’excellent Ab-Normal Beauty ; intimiste à l’extrême, d’une froideur d’autant plus déconcertante - appuyée par une palette désaturée irréelle qui rappelle certains visuels de Re-Cycle - que l’on sait que Charlene Choi, moitié des Twins, est d’ordinaire une adorable girl next door, souriante et puérile... L’interprête de Winnie trouve ici un rôle solitaire, véritable composition de folie née de la perte de communication avec autrui, vecteur de la destruction du liant entre la réalité et la représentation, qu’incarnent à merveille les courtes entrées de son journal intime, simili-haiku involotairement mensongers qui construisent une mémoire autre.

Au cours de sa première moitié, Diary est à bien des égards fascinant, presque remarquable. Expérimental dans son montage arythmique et régulièrement brisé, c’est un moment de cinéma exigeant car complètement libre quoique retenu, en opposition totale avec le carcan de solitude qui transpire de la personnalité de son héroïne. Les cadrages sont magnifiques, excentrés façon Cheang Pou-soi ; ces décalages de l’image, vers la droite et le haut, tronquant alors presque les visages des protagonistes, participent respectivement de l’aliénation et de l’inertie pesante de l’ensemble. Charlene Choi est excellente, inquiétante, presque femme dans son portrait d’un être morcelé. Dommage que cela ne dure pas.

Car au terme d’une heure de film, Diary décide de s’expliciter. Alors que le doute est remarquablement construit dans l’esprit du spectateur, quant à la nature des relations entre Winnie et Ray, et la mort de Seth, Oxide Pang choisit de briser l’univers des possibles en remontant le cours de l’histoire, pour exposer la contradiction entre les mots et les événements, entre le récit que Winnie fait de sa vie et ce qui s’y passe réellement. Premier twist inutile, tant il ne fait que souligner ce que le film suggérait jusque là si habilement, qui sera suivi d’un second, définitivement destructeur : sa nature affirmée d’objectif narratif invalidant complètement l’exercice de style encensé plus haut.

Quelle moitié du film est l’erreur de l’autre ? Au vu de la conscience technique et narrative qu’affirme Diary, il semblerait bien malheureusement, que l’expérience première soit un substrat presque involontaire de la structure en double gigogne. Au vu de la réussite iconoclaste de cette première moitié et parce qu’à Sancho, nous sommes foncièrement optimistes, nous retiendrons du film la proposition inverse, une erreur de direction et non une manipulation éhontée. Tout en sachant pertinemment que le film est mi-raté : mais le pouvoir de la mémoire influencée, ici par les mots, nous permettra peut-être de nous convaincre, avec le temps, qu’il est mi-réussi.

Akatomy | 7.02.2008 | Hong Kong

Diary est disponible en DVD et VCD chez Universe. Le VCD se prête assez mal au travail visuel du film, trop sombre pour être restitué avec finesse via un tel niveau de compression.

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