Divergence

Polar et Mélo sont dans un bateau. Polar tombe à l’eau. Qu’est-ce qu’il reste ?

Suen (Aaron Kwok) est un flic taciturne, obsédé par la disparition de Fong, sa promise, dix ans auparavant. Obnubilé par l’image de celle-ci, qu’il superpose à celle de toutes les femmes qu’il croise aussi bien qu’aux photos des magazines, il reporte maladroitement sa colère dans son travail. Lors du transfert d’un témoin à charge dans une vaste affaire de détournement d’argent, ledit témoin est exécuté par un sniper. L’assassin, Coke (Daniel Wu), éliminant chacun des accompagnateurs, laisse cependant volontairement la vie sauve à Suen. Persuadé que le businessman qu’il cherche à coincer est responsable de l’exécution de son témoin, Suen délaisse les protocoles et tente une descente musclée dans ses bureaux ; il se heurte alors à son avocat, l’impassible To. To est un drôle de personnage : habitué de la défense de cas hasardeux dont il connaît pourtant la culpabilité, il semble pourtant éprouver nombre de remords face à son activité. Toujours dans le but de mener son affaire à bien, Suen file régulièrement To, jusqu’au jour où il aperçoit à ses côtés une femme qui ressemble trait pour trait à son amie disparue. La traque prend alors des allures de chemin de croix, tandis que Suen tente de résoudre une affaire de meurtres en série, commis au fil métallique sur plusieurs personnalités nocturnes peu recommandables, assisté contre son gré par un Coke décidemment bien désireux de lui venir en aide. Se pourrait-il que toutes ces trajectoires humaines, doivent au bout du compte converger vers la résolution du mystère qui plombe la vie de notre héros ?

Dernier en film en date de Benny Chan, en ce moment sur les écrans français avec son New Police Story, Divergence est un film paradoxal, à la foix complexe et simpliste, plombé par des ambitions narratives à la croisée du polar tendance actionner et du mélodrame. Dans une démarche réminiscente de la naïveté souvent touchante des films de Renny Harlin, Benny Chan tente de s’intéresser de façon équitable à trois personnages, gravitant autour de la quête de Suen de façon plus ou moins accidentelle. Le paradoxe de Divergence est d’autant plus étonnant qu’il est résumé dans son titre, puisque son histoire s’intéresse à une convergence improbable née d’un chaos émotionnel, qui transforme le personnage de Suen en être humain plus mort que vivant. Cette collision, supposée fortuite, apparaît rapidement comme forcée par les désillusions du héros. Le temps de sa mise mise en place cependant, Divergence est en majeure partie un film passionnant : ses personnages sont denses et bien écrits, et les diverses trames se superposent dans la promesse d’une résolution gratifiante - aussi bien pour Suen que pour le spectateur.

Pourquoi alors Divergence s’essoufle-t-il, croulant sous le poids de sa propre complexité ? La première ombre au tableau provient des scènes mélodramatiques du film, qui contrastent par trop avec le ton sec et désespéré du reste du métrage. Chacune de ces scènes intervient malheureusement au cours d’un moment fort - visuellement et émotionnellement - du film, que ce soit au terme du premier affrontement entre Suen et Coke ou à l’occasion de la merveilleuse tentative de suicide automobile du héros, et se pare d’atouts tellements niais et pompeux que Divergence s’en trouve passablement ébranlé. Aaron Kwok notamment, toujours parfait en personnage borderline, est presque ridicule dans ses prestations larmoyantes, trop soulignées par une musique déclinée à la truelle. Un trop plein de mélodrame en totale opposition avec la précision subtile de la réalisation de Benny Chan dans le reste du métrage, ainsi que dans son esquisse de la plupart des protagonistes de cette histoire improbable, parmi lesquels pour une fois, Ekin Cheng s’impose avec une économie de moyens remarquable.

L’autre problème de Divergence tient donc dans la multiplicité de sa narration, qui ne parvient jamais à trancher entre trame principale et secondaire, ni à rendre justice à l’esquisse prometteuse de ses protagonistes. Difficile de décider au bout du compte, si Divergence aurait du s’affranchir de ses aspect mélos pour mieux expliciter ses multiples histoires, ou simplement s’autoriser une plus longue durée de résolution ; toujours est-il qu’au terme du film, les différentes trames ne parviennent aucunement à converger (et notamment celle, pourtant potentiellement passionnante, de l’avocat interprété par Ekin Cheng intervient comme un cheveux dans la soupe) et qu’elles desservent l’objectif narratif premier du film - à savoir la quête existentielle de Suen.

Traversé de moments exemplaires autant que d’instants pathétiques, Divergence illustre malheureusement trop bien son titre en servant une multitude d’intérêts quasi-contradictoires. On le regrettera d’autant plus qu’un film excellent se dissimule dans son ombre, quelque part entre la mort éveillée d’Aaron Kwok, l’excuse de Daniel Wu et cet ultime fulgurance expliquant la disparition de Fong, brièvement interprétée par la toujours magnifique Angelica Lee.

Akatomy | 10.07.2005 | Hong Kong

Divergence est disponible en DVD HK dans une double édition joliment packagée, et devrait même connaître les honneurs d’une sortie dans l’héxagone.

Hong Kong | 2005 | Un film de Benny Chan Muk-Sing | Avec Aaron Kwok Fu-Sing, Ekin Cheng Yee-Kin, Daniel Wu, Gallen Law Ka-Leung, Angelica Lee Sum-Kit, Ning Jing, Eric Tsang Chi-Wai, Jan Lam Hoi-Fung, Yu Rong-Guang, Lau Siu-Ming, Lam Suet, Sam Lee Chan-Sam, Tony Ho Wah-Chiu, Chloe Chiu Shuet-Fei
Solo, Solitude
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
Erotic Agent
Her Name is Cat 2 : Journey to Death
Le petit jouet
Golden Swallow
Kamikaze Girls
Les Loups
Dead Ball
Inochi
Kyoko
Tokyo G.P.
Slave of the Sword
Le portrait de Petite Cosette
The Losers’ Club
Bungee Jumping of Their Own
Nightmare Detective
Le couvent de la bête sacrée
Joint Security Area
The Bunker
Black Kiss
Cow
Cow
252 : Signal of Life
A Touch of Sin
Entretien avec James Lee - autour de The Beautiful Washing Machine
Borei-Kaibyoyashiki