Doing Time

A la recherche du bonheur retrouvé...

Kazuichi Hanawa, mangaka célèbre, fût emprisonné trois ans pour possession illégale d’armes à feu. De cette expérience, il tira un manga, qui raconte de manière intelligente et quasi-poétique la vie dans le système carcéral...

Pour son quinzième film, Yoichi Sai [1] décide donc d’adapter le manga éponyme de Kazuichi Hanawa, dessiné par ce dernier durant ses trois années d’incarcération dans une prison d’Hokkaidô... Sai, en adéquation complète avec ses opinions politiques et sociales, se retrouve parfaitement dans cet habile pamphlet contre le système carcéral nippon, dépeint avec talent par Hanawa.

Brimades et humiliations...

Difficile, dans le contexte des prisons japonaises, de rester un "homme". Les prisonniers doivent demander la permission pour tout ; du simple fait de s’essuyer le front, à ramasser sa gomme, ou même pour aller aux toilettes... leur moindre mouvement doit faire l’objet d’un accord préalable du gardien. Les humiliations sont légion, et les interdits nombreux. Un jour, Hanawa et ses quatre co-détenus entendent du bruit dans le couloir ; ce sont les gardiens qui viennent chercher l’un des prisonniers de la cellule d’en face. Il est emmené en quartier d’isolement. Son crime : avoir fait des mots-croisés sur un magazine qui ne lui appartenait pas... Oublier sa fierté et toute part d’humanité, c’est le quotidien de ces hommes.

Réapprendre à "vivre"...

...mais qui peut empêcher de penser ? La seule "arme" de nos prisonniers est de voir le "bon côté" des choses, de chercher le moindre petit bonheur, partout où il peut se cacher...

"(...) il est toujours difficile d’être heureux ; c’est un combat contre beaucoup d’événements et contre beaucoup d’hommes ; il se peut que l’on y soit vaincu ; (...) il est impossible que l’on soit heureux si l’on ne veut pas l’être ; il faut donc vouloir son bonheur et le faire. Ce que l’on n’a point assez dit, c’est que c’est un devoir aussi envers les autres que d’être heureux." [2]

...partir à la recherche du bonheur, c’est ce que Hanawa va tenter, grâce à de toutes petites choses qui, dans le contexte pénitencier, prennent une dimension humaine très forte lorsque l’on prend la peine d’y songer... "Nous avons commis un crime, mais nous sommes nourris tous les jours... c’est fou qu’ils pensent à nous chaque jour...". Ce type d’élucubration grinçante et bourrée d’un cynisme à peine dissimulé, ponctue le film de Sai...

"La rigidité spartiate de la vie en prison peut engendrer une sorte de "sérénité" dans le renoncement à toute initiative et le réapprentissage des vertus de l’ordre." [3]

...cette "sérénité", nos personnages l’ont acquise, malgré eux pour la plupart. Ils se complaisent dans cet état végétatif d’assistés... Mais Hanawa, reste conscient de tout ce qui l’entoure, même s’il se force parfois à être comme les autres, et à entrer dans une sorte de spirale sans fin où ce quotidien devient presque "agréable". Penser à des choses aussi futiles que "ne pas oublier de regarder les tétons d’untel pendant le bain, car il paraît qu’ils sont minuscules" permet de survivre, sans trop penser au reste, dans cette nouvelle vie.

Pas dupe, Hanawa se pose une question - qu’il pose en même temps au spectateur ; "Comment vivrais-je cet emprisonnement si j’étais condamné à perpétuité ?... Je ne sais pas..."...il connaît pourtant la réponse... mais elle fait peur. Les petites choses auxquelles les prisonniers se raccrochent sont pléthores (et heureusement) ; mais ce qui les lie tous est sans aucun doute la nourriture... les moments de pur bonheur du film ont un rapport avec leurs repas, autant de raccourcis olfactifs vers un temps meilleur (passé ou futur), une sorte de Madeleine de Proust, tel cet instant où Hanawa, en mangeant du pain, trouve qu’il est "encore meilleur que celui qu’il mangeait dans sa jeunesse", pourtant succulent... Une émotion, rare et sans artifice, parcours alors cet homme qui s’interroge sur cet étrange effet, si agréable...

...avec ses personnages hauts en couleurs ("Sorejâ san" / Monsieur "Bon Alors", le lèche-cul, le maniaque,...) et son humour omniprésent, le film de Yoichi Sai traite autant du bonheur que de la condition de vie dans les prisons japonaises...

C’est Tsutomu Yamazaki qui donne une interprétation pleine d’humour et de finesse à Hanawa ; grand acteur nippon, on a pu le voir chez Akira Kurosawa (Kagemusha /1980), Juzo Itami (Tampopo /1985), Takashi Miike (Tengoku Kara Kita Otokotachi /2000) ou encore chez Yoshimitsu Morita (Mohouhan /2002)... A ses côtés, autant d’acteurs talentueux tels Teruyuki Kagawa (Les Démons à ma Porte, KT), l’incommensurable Tomorowo Taguchi (Tetsuo, Dangan Rannâ... parmi une filmo de plus de 135 films !), Yutaka Matsushige (Eureka, Satorare), l’un des quelques demi-dieux officiant au pays du soleil levant, j’ai nommé Ren Ôsugi (Hana-bi, Futei no Kisetsu...)... sans oublier des cameos exceptionnels du type Yôsuke Kubozuka (Go, Ping Pong) ou encore Kippei Shiina (Gonin, Shinjuku Kuroshakai : China Mafia Sensô)... sans compter une apparition aussi brève que télévisuelle de Yoichi Sai himself, ou un clin d’œil à son pote Kitano...

Critique intelligente, dont l’arme principale est une certaine vision poétique des choses, Keimusho no Naka nous prouve que la beauté, même imperceptible, se trouve partout autour de nous, et que le bonheur se cultive... Bref, un film sur la Vie et tous ses petits plaisirs, aussi fugaces soient-ils...

Rien pour le moment...

En revanche, le CD de la musique du film est disponible (réf. BVCC-37402).

Site Officiel: http://www.keimusho-no-naka.com

[1Cf. articles Jukkai no Mosukîto et Maakusu no Yama.

[2Alain, extrait de Propos (1923).

[3Propos de Kazuichi Hanawa, publiés dans Le Monde du 6 février 2003.

aka In Prison - Keimusho no Naka | Japon | 2002 | Un film de Yoichi Sai | Avec Tsutomu Yamazaki, Teruyuki Kagawa, Tomorowo Taguchi, Yutaka Matsushige, Toshifumi Muramatsu, Ayumu Saito, Ren Ôsugi, Yôzaburô Itô, Yôsuke Kubozuka, Kippei Shiina
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