Donnie Darko

Surnaturel toujours... Après l’excellent La Prophétie des ombres de Mark Pellington, Donnie Darko nous offre une fois de plus l’occasion de nous immerger dans un monde perturbé par des hallucinations et des prédictions funestes...

Donnie Darko (Jake Gyllenhaal) est un jeune homme plutôt perturbé. Sous suivi psychologique depuis qu’il a mis le feu à une maison abandonnée, il est victime non seulement de crises de somnanbulisme qui l’emmènent dans des endroits très éloignés de chez lui, mais aussi d’hallucinations complexes, au cours desquelles lui apparaît un étrange lapin maléfique. C’est d’ailleurs ce lapin - prénommé Frank - qui entraîne Donnie hors de chez lui pour ses escapades nocturnes.

Un soir, alors que Frank l’emmène jusque sur un terrain de golf voisin, un réacteur d’avion chute sur la maison Darko, dans la chambre du garçon : grâce à ses visions, Donnie a donc échappé à la mort. Peut-être, mais le lapin lui annonce tout de même que la fin du monde devrait avoir lieu moins de 30 jours après l’accident, et le pousse dés lors à commettre des actes de vandalisme/violence de degré variable. Acceptant la réalité de son ami flippant, Donnie tente de mettre bout à bout autant de données qui ne peuvent être que reliées : les prédictions de Frank ; les théories de jeunesse d’une vieille dame sur le voyage dans le temps ; le discours de Karyn Pomeroy (Drew Barrymore) - sa prof de littérature - sur l’ironie de certains actes de destruction ; ou encore la présence de Jim Cunnigham (Patrick Swayze) - pathétique gourou du bien-être. Là où les parents et la thérapeute de Donnie ne voient que des élucubrations, seule la petite nouvelle de sa classe, Gretchen Ross (Jena Malone) semble percevoir le bon-sens caché derrière l’attitude de l’halluciné...

Derrière ces premisces qui auraient pu être celles d’un Final Destination 2 (attention, bien loin de moi l’idée de critiquer l’excellent slasher surnaturel de James Wong) se cache un film magnifique, à la fois torturé et limpide, pessimiste et positif. Paradoxal ? Oui et non, à la mesure du monde en apparence complexe reconstitué par le jeune Richard Kelly (27 ans... gloups !) pour ce premier film qui, il faut bien l’avouer, est une réussite totale. A la fois scénariste et réalisateur du film, Kelly s’attribue donc entièrement la paternité de ce Donnie Darko hors-norme. Film fantastique, film d’horreur, délire lynchien décliné à la sauce teenager ? Donnie Darko est un peu de tous, mais surtout son propre mélange, parfaitement original et authentique.

Kelly situe l’action dans une ville du nom de Middlesex. Imaginaire ou pas, peu importe ; l’important est que celle-ci et ses habitants cristallisent une caricature de la mentalité américaine moderne et de sa légéndaire hypocrisie, faisant au final de Donnie la seule âme sensée du film. Qu’y-a-t’il de sensé à obéir aux règles d’un monde imaginé ? C’est là tout le sujet de Donnie Darko, qui se propose de faire de son héros un homme intègre, fidèle à ses intuitions et ses impulsions. Ainsi, si Donnie incarne une menace pour Middlesex/l’Amérique, c’est parce qu’il représente la Liberté (et particulièrement celle d’expression) poussée à son extrème, à savoir celle de remodeler le monde (et le temps) suivant ses propres désirs - quelques éléments fantastiques l’aidant à parvenir à ses fins (qu’elles soient le résultat d’une véritable volonté ou non)...

La réalisation de Richard Kelly, très libre dans ses cadrages et son rythme variable, est appuyée par des performances d’acteurs remarquables. En tête d’affiche, on retrouve le méconnu Jake Gyllenhaal dans le rôle de Donnie. Peut-être reconnaitrez-vous dans son regard si particulier celui du jeune héros de l’excellent October Sky de Joe Johnston (1999) ; si deux ans à peine se sont écoulés entre les deux films, Gyllenhaal semble en avoir prix dix, et son jeu si particulier, à la limite de l’ébriété, est devenu d’une intensité remarquable. Rien qu’avec son visage et ses attitudes, le jeune acteur parvient à symboliser l’équilibre fantastique qui fait presque de Donnie un "super-héros" - dans un sens très "résigné", proche de la conception ultra-puriste (et merveilleuse) du Incassable de M. Night Shyamalan (2000). Aux côtés de Gyllenhaal, Jena Malone prête ses traits à une autre fille à l’équilibre précaire. A la fois innocente et très sensuelle, Jena Malone est la contrepartie féminine, complémentaire de Gyllenhaal. Enfin, si on doit signaler deux autres prestations, bien que plus en retrait, ce sont celles de Drew Barrymore et Patrick Swayze - très bien définies (en contre emploi pour les deux), en dépit du caractère secondaire de leurs personnages.

Difficile de résumer toutes les qualités, pour la plupart évanescentes, de la première réalisation de Richard Kelly. Quoiqu’il en soit, il me suffit de vous dire que Donnie Darko est un film merveilleux, intelligent et original, qui propose un véritable dépaysement tout en soutenant un discours libéral-humain bienvenu : plus que le droit à la "différence", la nécéssité d’une certaine excentricité pour assurer le bonheur de tous. Mais si vous lisez régulièrement les pages de Sancho, c’est que vous l’aviez sans doute déjà admis...

PS : Je tiens à souligner que Donnie Darko a été produit par Drew Barrymore elle-même. Après les choix de Never Been Kissed (seul film rentable de la Fox en 1999) et Charlie’s Angels, Barrymore confirme donc un instinct cinématographique impressionnant. A suivre de près, et pour une raison autre que son adorable minois !

Akatomy | 20.06.2002 | Hors-Asie

Donnie Darko est disponible en DVD zone 1 américain : transfert anamorphique magnifique, 5.1 bien dosé, des sous-titres anglais ou espagnols au choix, et surtout pas mal de suppléments (scènes coupées, interviews, galeries de photos et de croquis,...)

Je ne saurais trop vous conseiller par ailleurs de vous rendre sur le site officiel du film (http://www.donniedarko.com/), lui aussi passionnant et déroutant...

USA | 2001 | Un film de Richard Kelly | Avec Jake Gyllenhaal, Jena Malone, Mary McDonnell, Drew Barrymore, Patrick Swayze, Holmes Osborne, Katharine Ross, Noah Wyle, Beth Grant, Maggie Gyllenhaal, Daveigh Chase, James Duval
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