Donoma

Donoma, le jour est là, on ne croyait plus trop au cinéma français et voilà enfin un film, celui du jeune cinéaste Djinn Carrénard, qui vient tout remettre en question. Deux semaines de tournage. 150 euros de budget. Des passages remarqués en festivals et une sortie nationale prévue le 23 novembre. C’est pas trop tôt ! Car l’équipe a lutté et contourné toutes les difficultés pendant pas mal de temps avant que le film ne soit distribué. Innovants dans la communication, ils ont même commencé par une tournée en France, façon groupe de musique pour convaincre les spectateurs en allant, tous ensemble, à leur rencontre. Des professionnels de la profession ont pensé que le film n’avait pas assez de potentiel, comme on dit. Les fous. La pleine salle du Rex le 5 novembre avait déjà démontré qu’ils s’en mordront les doigts. Dommage pour eux. Car l’énergie communicative de Donoma est évidente, électrisante, projetée dans cette salle immense et historique, pratiquement pleine. Soit 2700 places.

Plusieurs histoires d’aujourd’hui s’entremêlent. Dacio est amoureux de sa prof d’espagnol, Analia. Chris est une jeune photographe qui n’est pas encore tombée amoureuse, elle décide alors de prendre des risques et de rencontrer un inconnu dans le métro. Ce sera Dama, éjecté, lui, par son ex petite copine. Dernière trajectoire, celle de Salma, qui s’occupe de sa sœur malade. Salma entend des voix et porte des stigmates. Automutilation ou réalité ? Dit comme ça, bof, bof, hein ? Pas de quoi s’enthousiasmer, encore un énième film boursouflé à la française, direz-vous ? Et bien non, loin de là, ce n’est pas non plus un film d’école, ni de la sous nouvelle vague resucée, ce n’est pas formaté par le CNC, ce n’est pas un de ces films qui existe parce que le réalisateur a un réseau à rallonge ou figure dans les bonnes commissions ou se pointe à tous les débats, rencontres, ou autres tables rondes pour pontifier.

Donoma, c’est autre chose. Donoma est un film - c’est suffisamment rare maintenant pour que l’on insiste - qui respire et suinte le cinéma. J’ai pourtant eu peur au début du film : on voit deux gamins dialoguer en langage de la rue, ils semblent n’être pas tout à fait à l’aise dans leur jeu, la caméra semble peiner à faire les mises au point. Toutes choses dont doivent se gorger ses détracteurs (car il y en a, paraît-il) qui préfèrent sans doute un style plus empesé, propre, formaté, attendu. Donoma, au fil des minutes, prend tournure, s’étoffe, étonne, vibre, surprend. Du souffle ! Tiens, voilà enfin du cinéma ! Le film démonte les clichés, s’en amuse, se déplace de personnages en personnages et de lieux en lieux avec une surprenante aisance (euphémisme) pour un premier film. Certaines situations peuvent sembler peu crédibles, comme par exemple cette photographe qui s’empêche de parler avec son amant pour mimer chaque situation. Mais la plupart du temps, on sent bien que si le récit peut ne pas paraître vraiment réel (qu’importe : la réalité n’est pas réaliste), le film fait preuve d’une certaine véracité et d’une justesse vis-à-vis du monde qu’il décrit. Le spectateur peut reconnaître ce qu’il vit, son environnement, à l’écoute de ses paroles, de ses histoires et de ses situations. Aussi, malgré ses quelques défauts, Donoma est, vous l’aurez compris j’espère, un film important et encourageant. Djinn Carrénard dirige à merveille ses comédiens, les filme avec une sensibilité peu commune et nous tient en haleine presque du début jusqu’à la toute fin.

Difficile d’y croire, je sais, pour un film d’auteur de maintenant. De surcroît, français. Et bien si, c’est vrai, c’est aussi efficace dans le rythme qu’un (bon) film américain et aussi puissant qu’à une certaine époque notre cinéma d’ici, vous voyez à peu près de quelle période je veux parler. Mais Carrénard ne fait pas dans l’hommage appuyé, il est juste dans la lignée, contrairement à tout ceux qui peuvent s’imaginer en être les héritiers (la liste serait trop longue et fastidieuse). Pour tout dire, la force de l’histoire de Salma et son interrogation sur la foi m’ont même fait penser à Ordet de Dreyer, mais là peut-être que je m’emporte… L’enthousiasme. Pas larmoyant mais touchant, grave et léger à la fois, poétique sans être abscons, brillant sans être prétentieux, philosophique sans être relou, Donoma, est tout ça. Donoma, le jour est donc bien là.

Sortie en salles : le mercredi 23 novembre 2011.
Site du film et dates de la "tournée" : http://www.donoma.fr

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