Doppelgänger

Kurosawa sous acide + (Yakusho x 2) = Doppelgänger.

Ingénieur surdoué, Michio Hayasaki travaille dans le domaine de la recherche médicale au sein d’un laboratoire privé. Constamment mis sous pression par ses employeurs, il tente sans relâche de concevoir un fauteuil intelligent qui soit une sorte de prolongement du corps du patient. Mais petit à petit le stress prend le dessus, et Hayasaki hanté par la nécessité de réussir, perd ses repères avant de s’enfermer dans un état de crise de nerfs avancé. Un soir, épuisé par des jours et des nuits d’acharnement, il tombe nez à nez avec son double, son doppelgänger, qui selon les dires prédit la mort imminente de toute personne le rencontrant...

Eclectique, c’est assurément l’adjectif qui définisse le mieux Kiyoshi Kurosawa, réalisateur touche à tout trop vite cantonné en nos contrées occidentales au genre horrifique, notamment grâce/à cause de films aussi brillants que Cure ou Kairo... mais pour qui tente de s’immiscer dans sa filmographie, la carrière de Kurosawa devient alors un étrange objet de curiosité, à la fois cohérent et interloquant. La place que chacun de ses films occupe chronologiquement au sein de son œuvre, a son importance par rapport au suivant. Assez typique du cinéma nippon et encore plus de la vague des réalisateurs nés durant la décennie 55/65 - Miike en tête ! -, la filmographie de Kurosawa est une sinusoïde qui fluctue entre le direct to video, le film de commande et le film plus "personnel"... de Kandagawa Inan Senso à Akarui Mirai, en passant par Yakuza Takushî 893 TAX, Door III [1] ou Ningen Kokaku, Kurosawa semble prendre un malin plaisir à se (dé)construire une œuvre qui ne va jamais là où on pourrait l’attendre...

...tourné en 2002, ce Doppelgänger se voit pourtant estampillé "cuvée 2003", certainement à cause de l’actualité trop importante du metteur en scène, qui semble ne plus savoir s’arrêter de tourner ! Le doppelgänger [2] donc, terme germanique attribué à la psychanalyse signifie - traduit bêtement - "double marcheur", autrement dit, un double. Double = Duel. Hayasaki se retrouve face à son pire ennemi : lui-même. D’abord effrayé, il va se détourner de son double, faisant comme s’il n’était "pas là", comme s’il ne l’entendait pas. Puis, il va tenter de l’éloigner de lui, jouant à une sorte de cache-cache psychotique avec lui-même... mais ce double Hayasaki revient à la charge, encore et encore, toujours plus violent et cynique... un double qui ose franchir les tabous qu’Hayasaki ne peut affronter seul, allant jusqu’au meurtre...

...si lors des premières images de son film Kurosawa choisit de plonger le spectateur dans un univers délibérément lourd et sombre, il se joue très rapidement des conventions en transformant Doppelgänger en un road-movie à mi-chemin entre la farce, le vaudeville et le thriller ( !). Dans sa forme, ce trente-septième fruit d’images et de sons mûri de l’imaginaire d’un metteur en scène très joueur, se rapproche d’une série de six films commandés entre 1995 et 1996 : Katte ni Shiyagare ! - six oeuvres totalement cultes à voir absolument, avec Shô Aikawa et Koyo Maeda. Imaginez un Charisma "burlesque", une comédie schizophrénique dont les héros sont pris au piège de leur folie ; une folie qui devient l’élément salvateur d’Hayasaki, puisque c’est grâce à elle qu’il va oser faire ce qu’il n’a alors qu’imaginé, pour ne pas dire fantasmé et enfoui au plus profond de son être pour devenir ainsi (et peut-être enfin) véritablement... adulte.

Véritable film de Genre (mais d’un nouveau "genre"), Doppelgänger permet à Kurosawa de s’amuser avec des thèmes qui lui sont chers, notamment la coexistence du réel et de l’irréel créant ainsi la confusion dans les esprits. Mais le ton plus léger qu’il offre à son film, lui fait accéder à un nouveau jeu qui concerne l’aspect purement formel de sa mise scène. Split-screens, champs/contre-champs délicats, Kurosawa s’amuse avec sa caméra, se créant un univers visuel à la fois proche et éloigné du "sien".

Qui de mieux que son acteur fétiche Kôji Yakusho (Kamikaze Taxi), pour incarner ce double rôle aux allures de Jekyll & Hyde ? D’ailleurs, on pourrait légitimement se poser la question de ce que serait Doppelgänger sans Yakusho, qui peut laisser éclater - avec plus ou moins de finesse - toute sa verve de comédien infiniment talentueux... A ses côtés l’on retrouve la charmante Hiromi Nagasaku, grande habituée du petit écran nippon, l’excellent Yûsuke Santamaria (OD1 & 2), Akira Emoto (Revolver) en ex-collègue un tantinet lourdingue, Dankan (3-4x10gatsu) ou encore Hitomi Sato, jeune actrice prometteuse véritablement découverte dans Bounce Ko-Gals de Masato Harada.

Certainement très déroutant pour la majorité, Doppelgänger est un film d’une richesse inouïe, aux allures d’expérimentation formelle pour Kurosawa qui parvient à y mélanger les genres sans jamais se fourvoyer. Du thriller à la farce schizophrénique (le doppelgänger qui assassine un autre doppelgänger est un moment plutôt... édifiant !), pour se terminer sur un aspect plus philosophique, Doppelgänger est un pavé dans la marre en forme de pied de nez qui ne laissera personne indifférent...

DVD - prévu pour le 23/04/2004 | NTSC - Zone 2 | Toshiba - Amuse Pictures | Format : 1:1:85 - 16/9 | Ce DVD contiendra des sous-titres anglais optionnels.

L’excellente - et très déroutante ! - musique est disponible en CD [réf. TOCT-25159].

Bonus :
- Site Officiel : http://www.doppel.jp/
- Site Officiel de Kôji Yakusho : http://yakusho.nifty.com/

[1Je me dois d’ailleurs de marquer mon désaccord - partiel - avec la critique d’Aka6T :)

[2C’est en 1796 que Johann Paul Friedrich Richter (1763-1825) invente le terme de doppelgänger pour parler de double ou de phénomène de double dans son roman Siebenkäs.

aka Dopperugengaa - Dopperugengâ - Doppelganger | Japon | 2002 | Un film de Kiyoshi Kurosawa | Avec Kôji Yakusho, Hiromi Nagasaku, Yûsuke Santamaria, Akira Emoto, Dankan, Masahiro Toda, Hitomi Sato, Eisuke Suzuki
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