Dracula, pages tirées du journal d’une vierge

Le prince des vampires en tutu ?!?

A priori, le nouveau film de Guy Maddin est réservé à un public ultra confidentiel. Il s’agit de Dracula, certes - et d’après Bram Stocker - mais le côté film muet en noir et blanc, adaptation d’un ballet... sur de la musique de Gustav Malher... D’un point de vue marketing, on voit mal...

Ou plutôt, c’est tout vu. L’adaptation d’une adaptation en ballet de Dracula, pour quoi faire ? Sur des symphonies de Malher, c’est pas un peu maso ? En plus, en noir et blanc, il y a déjà eu Nosferatu de Murnau et le Dracula de Browning avec Bela Lugosi ; ce n’est pas la peine d’en rajouter ! Quand Herzog a refait Nosferatu, est-ce qu’il l’a fait en noir et blanc, lui ? Et puis Guy Maddin, qui c’est celui-là ?

Le nom de Guy Maddin, c’est celui qu’on entend au travers d’un filtre, quand on prête attention. La quarantaine, Guy Maddin est un réalisateur canadien résidant à Winnipeg, Manitoba, à qui on a un peu vite fait porter le bonnet d’âne de l’artiste "Underground", "Expérimental", "Arty" ou "Maudit". Le public français a pourtant eu la chance de découvrir ses trois premiers longs métrages sur grand écran lors d’une rétrospective organisée en 1996. Pour certains, les titres Tales From The Gimli Hospital (1988), Archangel (1990) et surtout Careful (1992) ne sont donc pas inconnus. Et s’ils sont parvenus à s’en procurer une copie vidéo ou à saisir l’occasion d’un festival, quelques privilégiés auront peut-être vu son quatrième long métrage, Twilight of the Ice Nymphs (1997), qui n’a connu qu’une exploitation limitée en Amérique du Nord.

Son style est unique. Les influences de Maddin semblent confinées aux années 20 et 30 du vingtième siècle, les cinémas russe et allemand en particulier ; le réalisateur a une préférence manifeste pour le noir et blanc, les postures et les expressions théâtrales, et la déco rétro. Ses films ont l’allure de rescapés vieillis et striés, la lumière qui s’en échappe paraît opaque et saturée, et les sons tout droits sortis d’un vieux gramophone. Chez Maddin, pas de mouvements de caméras grandiloquents ni d’effets spéciaux ostentatoires, mais un montage serré et des plans chargés d’une ambiance fantastique et étrange.

Il y a quelque chose d’inavouable et d’inquiet dans le monde de Maddin, mais aussi de convulsivement caustique et provocateur. Ses histoires alambiquées sont rehaussées d’un humour noir à l’encre de Chine, et animées d’une poésie onirique et fantasque. Loin de se contenter de couvrir ses films d’un vernis suranné chic et toc, Maddin en laisse apparentes les craquelures, qui sont autant de fêlures et de névroses. L’auteur de Careful est tout sauf un simulateur pontifiant et ennuyeux ; sans pour autant le porter sur un piédestal, on ne peut que reconnaître son talent singulier et la force d’évocation de son imaginaire.

D’autant plus qu’avec Dracula, pages tirées du journal d’une vierge, Maddin est à son meilleur. A la base pourtant, le film est une commande, que le réalisateur avait accepté de tourner pour la télévision, alors qu’il confesse n’aimer ni les films dansés ni le Dracula de Stocker ou ses adaptations. Il n’empêche : le réalisateur s’approprie entièrement le sujet, et joue un numéro de funambule délicat entre la musique et le ballet d’une part, sa vision de l’œuvre et son style d’autre part.

Contraintes liées à la nature d’une commande, la danse et la musique semblent tout naturellement trouver leur place dans l’univers du réalisateur. Sensuels et physiques, les danseurs de la troupe de Winnipeg s’imposent comme une évidence, apportant une touche d’expressivité et d’élégance à ce qui avait jusqu’alors pu sembler outré ou maniéré. Là où la danse filmée apparaît le plus souvent statique, immobile de ces plans larges qui gardent soigneusement ses acteurs à distance, Maddin filme au plus près ses personnages, multipliant les plans pour saisir un geste, un regard ou une expression.

On peut douter que le cinéaste soit un amateur de films de HK, mais il est permis de faire le rapprochement. Après tout, les combats et les gunfights des films de l’ancienne colonie ne sont-ils sont pas des chorégraphies à part entière ? Au point que le nom des chorégraphes en est devenu un argument de vente ? Comme eux en tout cas, Maddin multiplie les angles de vue et les plans, joue des distances et laisse la surimpression des images furtives charger d’émotions une chorégraphie qui n’aurait pu sembler qu’une vaine intellectualisation.

Dans Dracula, pages tirées du journal d’une vierge, cette chorégraphie est au contraire profondément érotique. Plutôt qu’un monstre, le comte lui-même est un félin puissant et sensuel, qui attire irrésistiblement à lui les femmes anglaises. Quand à ces ladies, elles trouvent en cet étranger mystérieux et racé ce qu’elles ont vainement cherché auprès de la bonne société WASP. Possédées par le vampire, elles semblent libérées du carcan social et moral que leur a imposé une société puritaine et patriarcale. Et si la présence du comte se fait en permanence sentir, elles occupent le plus souvent la scène et sont le véritable enjeu de l’histoire.

En explorant la veine morale et politique du mythe de Dracula, Maddin livre en fin de compte non seulement l’une des plus belles et originales des adaptations du roman de Stocker, mais sans doute aussi l’une des plus passionnantes. Et ce qui devait à l’origine n’être qu’un exercice de style se révèle l’un de ses meilleurs films.

Hialmar | 11.01.2004 | Hors-Asie

Dracula, pages tirées du journal d’une vierge est sorti sur les écrans français le 31 Décembre 2003.

Site officiel :
http://www.zeitgeistfilms.com/current/dracula/dracula.html

aka Dracula : Pages from a Virgin’s Diary | Canada | 2002 | Un film de Guy Maddin | Avec Wei-Qiang Zhang, Tara Birtwhistle, Dave Moroni, CindyMarie Small, Johnny A. Wright, Stephane Leonard, Matthew Johnson, Keir Knight, Brent Neale, Stephanie Ballard
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