Dragon Killer

Avant d’allez plus avant dans la description de ce film, il me faut tout d’abord vous préciser qu’il rentre dans la catégorie particulière de ces petites merveilles de nanars qui sortirent en France à partir des années 70 à la suite du phénomène Bruce Lee, dans le seul but de surfer sur le dit phénomène en le plagiant jusqu’à la totale caricature. Ceux-ci arrivaient chez nous transformés, avec des titres aussi glorieux que le très fameux J’irai verser du nioc mam sur tes tripes (petit bijou s’il en est, dont la cinémathèque nous fit miroiter la projection fut un temps. Et si jamais un représentant de cette glorieuse institution venait à lire ces lignes, j’espère qu’il sera touché par ma supplique : Pitié passez le nous, si vous l’avez !!), ou bien encore le plus obscur Pas de pitié pour les canards boiteux. Non seulement les titres en prenaient un coup mais la bande son et le montage n’étaient pas épargnés. Par la suite, avec la disparition de toutes ces merveilleuses salles obscures transformées pour la cause en véritables temples du cinéma bis d’action, où certains privilégiés (dont hélas je ne fais pas partie) ont put voir ces chefs-d’œuvre mutants du septième art, il fallut se rabattre sur la vidéo (dont nous pourrons vous recommander quelques titres assez fumeux si une rubrique spéciale venait à voir le jour sur ce site). Jusqu’à l’avènement il y a peu du DVD, on pouvait croire le phénomène moribond. Mais non ! Des forces travaillent dans l’ombre, et je tiens ici même à les remercier d’entretenir la flamme. La haute technologie est partout présente dans ce DVD, le menu laisse juste le choix entre le film et les chapitres (qui sont au nombre de sept seulement), pas de suppléments inutiles. On va droit à l’essentiel format 4/3, langue française. Enfin bref, vous m’aurez compris ce vidéogramme s’adresse uniquement aux véritables esthètes du cinéma asiatique, ceux-là même qui possèdent une hypertrophie du sens de l’humour et du bon goût.

Ce Yakusa contre triades d’Anthony Lau (en fait il s’agit de Dragon Killer de 1995, merci Kuro), comme l’affirme la jaquette, fait partie des "A la façon de John Woo". L’influence de l’œuvre du grand John est flagrante dans le scénario (si si y’en a un !!), et surtout dans les rapports entre les trois principaux personnages masculins. On peut y voir une vague tentative de mélange savant entre Une balle dans la tête et The Killer, mais qui est loin de fonctionner à 100%. Le film se rapproche dans la démarche d’exploitation du succès de John Woo, du superbe Hard Boiled 2 de Wong Jing, par ses situations plus qu’outrancières. A signaler également un superbe casting ; outre Anthony Lau (...) qui réalise, on y retrouve l’excellent Conan Lee (Tiger on Beat, L’Arme fatale 4,... ) malheureusement ici sous-exploité mais au jeu si fin, Simon Yam (Une balle dans la tête,...) un des seul qui n’en fait pas des tonnes (enfin relativement bien sûr), la charmante Cheung Man (God of Gamblers I&II,...)...

Pour ce qui est de l’histoire autant vous prévenir tout de suite, il ne s’agit pas de Yakuzas contre des mafieux chinois. Il semble en effet que la personne qui a trouvé ce titre alléchant se soit arrêtée de visionner le film après dix minutes, étant donné que passé le tout début du film il ne reste plus un "Yakuza" de vivant ! Le vrai sujet le voici, Lone (prononcer "loong"), ex-champion olympique de tir (Anthony Lau), arrive clandestinement aux Etats-Unis (elles sont bizarres ces plages de Californie, mais le film a bien été tourné en partie sur place). Il y retrouve Ma (Simon Yam), son ami d’enfance qui est responsable de l’organisation de l’immigration clandestine pour Lee Taï Cheng, le parrain de la triade locale. Lone est venu dans le but de retrouver sa fiancé Mi Yu (Cheung Man - la demi-sœur de Miou-Miou !? Bon ok j’arrête) à laquelle il avait payé le voyage et qui depuis ne lui a donné aucun signe de vie. Il va donc demander l’aide de Ma, qui lui promet de tout mettre en œuvre pour la retrouver. Mais Lone va être impliqué dans les affaires de ce dernier, ce qui lui compliquera la tâche et l’obligera à jouer du pistolet. D’abord, ils devront affronter leurs fameux collègues yakuzas (souvenez-vous ceux du titre), avec lesquels Ma se partageait le juteux marché de l’immigration clandestine. Inutile de dire que les yakuzas modernes vus par le cinéma cantonais n’ont aucun charisme. Ils ont même des Américains dans leurs rangs. Et après une bonne branlée, on n’en entendra plus parler de tout le film. Là-dessus arrive le Lieutenant Monsieur (Conan Lee, le pauvre on ne saura jamais son nom, flic comme dans Tiger on Beat mais en plus soft malheureusement), qui soupçonne à raison Ma d’avoir buté son associé japonais et de vouloir prendre la place de Lee Taï Cheng. Dès lors il n’aura de cesse de surveiller ses agissements. De son côté, Lone, devant le peu d’empressement de son ami, devient impatient de retrouver la trace de sa bien-aimée. Et il décide donc de prendre les devants. C’est alors que Ma entreprend de mettre à profit la démarche de Lone pour prendre la tête des affaires. Car il ne désire pas que Lone retrouve Mi Yu, celle-ci étant devenu sa femme. L’imbroglio est en place, la suite va être sanglante. Voilà pour ce qui est de la trame de l’histoire.

Ce film est une petite perle pour tous ceux qui apprécient la beauté que peut avoir, grâce au cinéma asiatique et au cinéma cantonais en particulier, la mise en scène outrancière. Si comme votre serviteur vous n’envisagez guère de limites au mauvais goût (ok, ça dépend des jours et de ce qu’on vient de manger) et que vous aimez vous rassasier d’humour noir vous allez vous êtes satisfaits. Voici une petite liste non exhaustive de quelques ingrédients qui donnent toute leur saveur au cinéma d’action cantonais (mais rassurez vous, il ne s’agit quand même pas d’un catégorie 3. Ca reste une terrible histoire d’amouuuuuuur !!) : femme enceinte molestée (voire plus si affinités), animal massacré, innocents massacrés également (aucune différence avec les animaux, si ça gêne y’a qu’à tirer dans le tas) - sauf que là ça dénonce un peu car à un moment c’est des Américains qui tirent sans scrupules sur des boat people ; une larme de viol, un zeste de gore, une poursuite en vélo... On peut juste déplorer le fait que pour une fois il n’y ait pas d’enfants au mauvais endroit, au mauvais moment, au cour de l’histoire. Bien que je m’interroge... une fausse couche ça compte ? Somme toute, ça ne manque pas de tendresse. Si vous ajoutez à cela une musique qui ressemble à une pseudo-parodie de celle du Flic de Beverly Hills (néanmoins Conan Lee est loin d’être Axel Foley)... Mais c’est sans compter avec la nouvelle vie qu’insuffle le doublage en français à cette œuvre. Les doubleurs du film ont fait un travail herculéen. Vous avez déjà essayé de doubler une foule qui gueule quand vous n’êtes que trois ? Vous entendrez aussi cinq mariachis chanter comme une seule femme ! Sans oublier l’harmonica de Lone qui sonne comme un Bontempi... Résultat : la bande sonore en prend un tel coup que pendant certains passages, l’ambiance, les bruitages sont inexistants et seuls des dialogues, plus qu’inspirés, véritables miels pour notre ouïe, s’accaparent notre attention pour nous laisser totalement pantois devant tant de poésie. C’est presque du Victor Hugo, aussi je ne peux résister à vous en citer quelques extraits. Même hors de son contexte ça reste tout simplement beau.

"- On va faire la fête à cet enculé de Japonais, vous avez pas oublié patron?
- Toi t'as pas oublié de te laver les mains?
- J'ai la queue propre!
"
"Avance! Raclure de commissariat, t'es une injure à ta profession. J'vais t'apprendre à traiter les otages."

Pour ce qui est de la réalisation, rien d’extravagant, tout juste un petit ralenti par ci, et un cadrage à la noix à se mettre sous la dent. Les gunfights restent à la mode wooesque. Quant au jeu d’acteur, Anthony Lau fait la gueule pendant tout le film (d’accord il a des raisons, mais ça n’empêche pas de changer d’expression de temps en temps) cependant à la fin il crève l’écran. Conan Lee est magnifique. Hélas on ne peut que déplorer qu’il soit si peu employé. Et Simon Yam campe parfaitement son rôle, rien à dire. La pauvre Cheung Man par contre n’a pas un rôle très étoffé.

Une fois de plus, tout ceci ne serait rien sans, non pas une mais deux cerises sur le gâteau. Tout d’abord le face à face burné (et je pèse vraiment mes mots) entre Anthony Lau et Conan Lee, d’une part. Et surtout le final hallucinant, ce n’est rien de dire que c’est la rage qui anime les protagonistes de l’histoire.

Honte sur moi, j’ai presque failli oublier de dire à quel point ce film est instructif. En effet, vous apprendrez que la brosse à dents est en fait la meilleure amie de l’Homme, et que c’est le seul bagage indispensable pour tout périple. Vous verrez aussi comment on fait chanter une tasse en porcelaine comme un verre en cristal. Vous apprendrez également à couper court avec les prises de tête de vos amis.

Bon si actuellement vous avez la main qui tremble sur la souris, et la bave qui dégouline sur votre clavier, une seule solution : vous procurer au plus vite ce DVD indispensable. Pour ce faire, allez consulter les sites de vente discounts sur le net, ou bien fouiller les solderies. Prix recommandé 8 € grand maximum. Ce serait dommage de s’en priver non ?

Kaelu San | 3.02.2002 | Hong Kong

Vous l’aurez compris, ici on parle du DVD français du film ! Le reste ne semble plus important, du coup...

aka Kuang qing sha shou - Yakuza contre triades | Hong Kong | 1995 | Un film de Anthony Lau | Avec Cheung Man, Anthony Lau, Conan Lee, Simon Yam
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