Drugstore Girl

Keiko Obayashi, aspirante pharmacienne, rentre chez son petit ami pour le trouver dans le bain... avec une autre demoiselle ! Trahie et blessée, Keiko monte dans le premier train venu, pleure et s’endort. Lorsqu’elle se réveille deux heures plus tard, elle est arrivée en gare de Masao. Son errance l’amène devant Hustle Drug, un immense drugstore qui s’apprête à ouvrir ses portes. Alors qu’elle décide spontanément d’y obtenir un job à temps partiel, une bande de cinq quinquagénaires menée par Nabe-yan, peste contre l’ouverture du supermarché. Eux-même gérants de convenience stores minables sur Bamboo Raod à quelques enjambées de là - à l’exception de Geronimo, SDF qui fait partie des meubles de la communauté - ils voient forcément d’un mauvais œil cette concurrence nouvelle. Ils planifient un boycott, vont même jusqu’à préparer lors d’une soirée de beuverie, une attaque aux fumigènes au moment de l’ouverture du Hustle Drug. Ivres morts, nos cinq utopistes oublient de se réveiller ; à l’exception de Numata, qui se retrouve seul dans le magasin, son fumigène à la main, hésitant. C’est alors qu’il croise Keiko. Pour le « vieil » homme, c’est le coup de foudre instantané ; un « amour » improbable qui va se propager à ses compères tire-au-flanc. Tous les moyens deviennent bons pour trainer autour de la jeune fille, avec qui ils rêvent de sortir !!! Jusqu’au jour où ils découvrent que leur égerie s’adonne à un étrange sport - le lacrosse -, et décident de monter leur propre équipe pour se rapprocher de Keiko. La jeune Obayashi accepte alors de devenir leur coach...

Scénarisé par Kankuro Kudo, auteur de Go et Ping Pong, Drugstore Girl est une étrange comédie, qui ne semble obéir à aucune règle cinématographique classique. Depuis son début précipité, qui se raccroche à une pénurie de papier-toilette pour justifier l’entrée de l’héroïne au Hustle Drug, à son final sportif ultra-léger teinté de Shaolin Soccer version quinquas, le film de Katsuhide Motoki (qui fut le producteur du Gonin de Takashi Ishii) butine à droite à gauche, avec pour seul point d’ancrage le charme merveilleux de son actrice principale, la sublime Rena Tanaka (Give it all, Hatsukoi, Tokyo Marigold). Alors que l’on pourrait croire au départ que le film s’attarderait sur une lutte entre le commerce de masse et le soutient de l’artisanat, sujet sensible de la crise économique japonaise, ainsi que sur la place d’une société vieillissante, Drugstore Girl fait fi des conventions morales - les motivations amoureuses des cinq losers menés par Akira Emoto ne sont jamais traitées comme potentiellement tordues - pour pencher plutôt du côté du dépassement de soi, aussi light soit-il.

Si l’inconsistence de Drugstore Girl est, d’une façon évidente, un défaut cinématographique, elle constitue paradoxalement la force motrice d’un film qui se suit comme il se raconte : avec légèreté, au gré d’un sourire ou d’une envie. Il est évident que la présence de Rena Tanaka joue pour beaucoup dans l’intérêt que vous pouvez (ou non) porter au film de Katsuhide Motoki ; il en va de même d’ailleurs pour tous les personnages du film. Car comme toujours avec les scénarios de Kankuro Kudo, la part belle est faite aux personnages atypiques, du fabuleux grincheux mielleux incarné par Akira Emoto au leader indien impayable que constitue celui que l’on surnomme Geronimo. Il s’agit simplement ici d’accepter de vivre un moment avec ces petites gens, plutôt sympathiques il faut bien le reconnaître.

Le sport peu connu du film, le lacrosse, n’est pas non plus exploité comme on pourrait le penser, étant donné que nos « héros » sont - et resteront - foncièrement nuls à ce jeu. A tel point d’ailleurs, que le match final fait figure d’anticlimax ; dans le cadre d’un film de sport tout du moins. Car son côté très positif - un seul point marqué par nos catastrophes ambulantes justifie l’euphorie de tous, y compris l’attérée équipe adverse - en dit long sur l’optimisme du scénariste. Si l’on est bien loin de l’incroyable réussite, sportive et surtout affective - que constitue le chef-d’œuvre qu’est Ping Pong de Fumihiko Sori, Drugstore Girl reste une comédie sympathique, comme seul l’Asie sait en produire. Dispensable certes, elle a au moins le mérite d’aborder une palette large de sujets à défaut de les traiter ; et puis une centaine de minutes en compagnie de Rena Tanaka, ça ne se refuse pas !

Akatomy | 31.03.2005 | Japon

Drugstore Girl est disponible en DVD zone 2 NTSC au Japon chez Geneon, copie anamorphique et sous-titres anglais optionnels.

Japon | 2004 | Un film de Katsuhide Motoki | Avec Rena Tanaka (Reina Tanaka), Akira Emoto, Yuji Miyake, Yoshiko Mita, Yu Tokui, Shinoi Eisuke, Rokuhira Naomasa, Masato Ibu, Kie Negishi, Naoki Sugiura, Kimiko Amari, Yumiko Fujita, Yoshiyoshi Arakawa
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