Duel Of Fists

Sorti la même année que le Big Boss de Lo Wei avec Bruce Lee, cet autre grand succès de l’époque met en vedette le mythique couple David Chiang/Ti Lung : ou quand le Kung Fu rencontre le Muay Thai (boxe thaïlandaise).

Alors qu’il vient d’être diplômé ingénieur, le jeune Fan Ke (David Chiang) se voit confié les dernières volontés de son père sur son lit de mort. Celui-ci, qui a eu jadis un fils avec une thaïlandaise, a perdu sa trace et souhaite le retrouver. Il n’a pour seul indice qu’une photographie de l’enfant portant un tatouage sur l’épaule, et la certitude qu’il est devenu boxeur professionnel de Muay Thai. En bon respect de la piété filiale, Fan Ke se lance sur la trace de ce frère inconnu, sillonnant les faubourgs de Bangkok à la recherche des rings de boxe. Pendant ce temps, Wen-lie (Ti Lung), boxeur professionnel a maille à partir avec un promoteur de boxe véreux, qui veut l’obliger à se coucher lors d’un combat contre la terreur du coin, Cannon. Au hasard d’une rencontre dans les rings, les deux se lieront d’amitié (c’est bien du Chang Cheh !) ignorant leurs liens de sang. Fan Ke s’en apercevra néanmoins à temps pour aider son frère - qui réussit à sortir vivant de son combat contre Cannon -, et sauver un de leurs amis kidnappé en représailles par l’ignoble promoteur mafieux également expert en boxe thaï.

Sans vous en dévoiler l’issue, mais il n’est pas difficile de l’anticiper, cette histoire de fraternité raconte le combat de l’honnêteté d’un boxeur face à la corruption régnant dans le milieu des promoteurs de combat. Situé dans une époque contemporaine, même s’il comporte la plupart des caractéristiques du cinéma de Chang Cheh, cette oeuvre n’en reste pas moins inférieure à celles de ses Wu Xia Pian de la même période, et semble mal résister aux années. Si l’on apprécie son effort pour aller à l’encontre d’autres cultures (1er film de la Shaw Brothers tourné à l’étranger), signe d’ouverture que l’on retrouve dans le cinéma de Hong-Kong de l’époque, certains passages du film ressemblent plus à un prospectus touristique à l’attention du spectateur en quête d’exotisme. C’est particulièrement vrai dans la scène ou une jeune Thaïlandaise draguée en voiture sur un pont (un clin d’œil suffit à David Chiang !), emmène Fan Ke visiter les temples bouddhistes de la ville. Certes on est proche de l’insouciance de la jeunesse de l’époque, mais on tombe tout aussi vite dans le cliché carte postale. En revanche on est beaucoup plus friand des long panoramiques décrivant la frénésie de la vie populaire des banlieues pendant le SongKram [1] au générique du film. Chang Cheh a toujours privilégié les scènes en extérieurs, ce qui se vérifie une fois de plus. Néanmoins les coûts de production ne permettant pas de s’y limiter, il doit ponctuellement revenir au studio même pour certains extérieurs. La transition n’est pas très heureuse, notamment lors des scènes chez Wen-lie, l’aspect artificiel étant trop évident.

Autre point qui frise le ridicule mais n’en révèle pas moins le charme délicieusement kitch de ces années psyché : les costumes. A la vue de David Chiang affublé de grosses lunettes d’aviateur, coiffé d’un Stetson rouge et vêtu d’un pantalon blanc à "pat d’ef" lors de son retour à Hong Kong, on se dit que les accessoiristes avaient dû faire un détour par Katmandou. En revanche dés que l’on sort du romantisme "fleur bleue" des personnages pour entrer dans le ring, on retrouve le vrai Chang Cheh. En effet, le réalisme des combats de Muay Thai est l’un des atouts du film. Evitant les effets de gros plans, la caméra s’attache à montrer l’intensité des combats et l’effervescence d’un peuple autour de ses traditions, au cours de longues séquences, où les coups (même si l’amplification sonore est de mise) semblent réellement portés. Chang Cheh nous fait découvrir la boxe thaï sous tous ses aspects : rituel du début de combat, cercle des parieurs et coulisses des matchs. Lors des affrontement entre Fan Ke et les Thaï, Chang traite également Kung Fu et Muay Thai au travers de chorégraphies réussies qui, loin de les opposer, montrent que ces techniques se complètent idéalement au service d’un combat contre le crime.

Quelle que soit la valeur des combats, Chang ne parvient pas à donner à ses personnages l’épaisseur et l’intensité propre à ses Wu Xia Pian (Golden Swallow ou La Rage du Tigre). Les héros sombres et torturés laissent la place à une démonstration de combats, mettant en valeur l’habilité des héros, dont la fin heureuse signale un changement d’époque et de nouvelles préoccupations pour une jeunesse, qui n’est plus prête à se sacrifier pour ses idéaux. Reste un film qui permet d’aller à l’encontre d’une culture, et de découvrir un art qui a rarement été traité au cinéma avec autant de vérité.

Dimitri Ianni | 15.07.2004 | Hong Kong

Diffusé à Paris dans le cadre d’une rétrospective Shaw Brothers qui s’est tenue à l’UGC des Halles du 30 juin au 13 juillet 2004, Duel of Fists est disponible en DVD HK.

[1Songkram : fête qui correspond au nouvel an bouddhique, pendant laquelle les gens s’aspergent d’eau mutuellement. A lieu le 13 ou 15 avril et est très pratiquée dans la banlieue de Bangkok.

Hong Kong | 1971 | Un film de Chang Cheh | Avec David Chiang, Ti Lung, Cheng Lee, Ku Feng, Chan Sing, Cheng Miu, Wong Chung, Yeung Chi Hing, Yuen Wo Ping, Yen Shi-Kwan
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