Endless Night

L’idée de départ était pourtant intéressante. Une jeune femme témoigne devant la caméra, de multiples traumatismes sexuelles de son enfance, constitutifs d’une personnalité abusée. A chaque étape décisive de son récit, la narration s’interrompt pour laisser la parole à des gens, hommes et femmes, jeunes et vieux, qui livrent leur idée sur ce qui a pu se passer ensuite, réfléchissent au pourquoi de l’abus sexuel, tentent de justifier les évènements. Le principe est plein de promesses ; on se plait à imaginer un récit policier jouant de cette narration par hypothèses. Mais dans le cadre d’une fiction sur le viol, l’exercice est forcément délicat puisqu’il repose intégralement sur la crédibilité, la justesse de l’ensemble.

Il apparaît dès les premiers témoignages, qu’Endless Night navigue dans une réalité improbable, de témoignages scénarisés. Hommes et femmes s’expriment librement sur la question de l’abus sexuel, sur les pratiques amoureuses, en regardant la caméra en face, sans jamais paraître gênés, sans hésiter ou se contredire. S’il est inévitable qu’un tel sujet soit traité à grand renforts de clichés – puisque ceux-ci sont le substrat des attentes des spectateurs – Endless Night aurait gagné à travailler l’improvisation. Car ici, du discours de figures odieuses qui déclarent que le viol est le propre de l’homme et qu’ils aimeraient bien, eux aussi, profiter sexuellement de cette jeune femme, aux plus nobles défenseurs de l’intimité féminine, tous paraissent construits autour de profils peu enclins au réalisme, trop affirmés pour être humains. Vous connaissez beaucoup de gens qui, approchés de but en blanc, vous parlent de fellation simplement, en vous regardant dans les yeux ? Qui vous avouent que oui, ils toucheraient bien une enfant de quatre ans si les conditions étaient propices, les retombées légales et sociales évitables (no comment) ?

Manichéen à l’extrême, même s’il pense s’affranchir du tout venant en la matière en étant régulièrement détestable, Endless Night se trompe sur toute la ligne. Bien entendu, le film est construit sur ce constat évident qu’une opinion ne dit rien de son sujet, mais tout de la personne qui l’émet, et Endless Night ne dresse donc jamais vraiment le portrait de sa victime, si ce n’est de ses différents interlocuteurs et de son réalisateur, au final lui-même bourreau. Mais s’il sonne si faux, c’est parce qu’il n’a rien d’humain. Pas assez contradictoire, pas assez flou...

D’un autre côté, Pan Jialin livre involontairement un film d’exploitation extrémiste. Au travers de sa dernière phrase, twist odieux qui laisse entendre que le réalisateur abuse lui aussi de cette jeune femme trop offerte, on pourrait presque penser que c’était là l’intention du metteur en scène : sous couvert d’un faux documentaire, réaliser une espèce de Category III intellectuel en pleine Chine pop’. Si c’était le cas, ce serait presque brillant. En l’état, c’est juste ennuyeux et douteux, à tel point qu’on oublie de profiter de la singularité de ce projet, mis en musique par Hans Zimmer. Quand on connaît le style du bonhomme, particulièrement grandiloquent et peu enclin à la demi-teinte, on doute encore un peu plus de la pertinence de cet exercice novateur, mais parfaitement vain. Notez tout de même que je n’ai pas remarqué cette musique, trop occupé que j’étais à détecter une once de véracité... Reste que Guan Na, femme objet détruite, est sincèrement charmante à défaut d’être touchante, elle même peu tangible en tant qu’être humain.

Endless Night a été diffusé au cours de la dixième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2008), dans la sélection Panorama.

aka Ye wei yang | Chine | 2007 | Un film de Pan Jianlin | Avec Guan Na, Bao Tong, Ye Lang, Yao Hui, Han Jie, Zhang Dun, Tang Na, Wu Shiyou
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