Evil Dead

Sign o’ the Times...

Cela fait plus ou moins 26 ans que j’ai vu Evil Dead – en VHS, sous le titre L’Opéra de la terreur – pour la première fois, et je m’en souviens comme si c’était hier. Sa caméra virtuose, vecteur d’un fantastique débridé, traversant forêt et cabane aux volumes improbables, s’employait sans relâche et dans une mesure égale, à horrifier et faire rire. Sam Raimi, bricoleur génial, y excellait dans le contrepoint au point de définir le cinéma horrifique des années quatre-vingt, dans ce grand écart permanent entre l’effroi sanguinolent et l’humour. Et au final, le souvenir d’Evil Dead, véritable théâtre de l’épouvante, est autant celui des pitreries de Bruce Campbell, Ash pour l’éternité, que celui, nettement moins souriant, d’un crayon planté dans un talon.

That was then. Les eighties sont loin désormais, Freddy Krueger s’en est allé, et la globalisation n’a pas épargné le grand et le petit écran, le second degré s’étant effacé au profit du cynisme. Quelques réalisateurs s’emploient encore à mélanger barbaque et rigolade, certes, mais la surenchère visuelle, amputée de ses exploits « de plateau » par l’explosion du numérique, autant que castrée par sa banalisation, s’est avant tout transformée, tous genres confondus et aussi bien sur le petit que sur le grand écran (une frontière de plus en passe de s’abolir), en surenchère de ton. Le cinéma d’horreur s’est investi d’une mission de reconquête de la violence graphique, au travers du « torture porn » notamment, et il l’a fait avec le nihilisme propre à son époque. La crise, ça vous dit quelque chose ?

Ce qui nous amène à Fede Alvarez, enfant de son temps, bien décidé à rejouer l’opéra de la terreur pour une génération en colère. Il n’est pas question de batifoler dans Evil Dead cru 2013 : on se rend dans la cabane dans les bois pour faire subir une désintoxication à Mia (Jane Levy). Autour d’elle, Olivia et Eric, amis de longue date, mais aussi David (flanqué de sa petite amie Natalie), frangin dont elle doutait de la présence – lui qui a si bien su rester à l’écart de la mort de leur mère internée. Ça, c’est pour l’ambiance. J’oubliais : au sous-sol de cette cellule d’isolement rustique, ces jeunes gens trouvent un sordide autel de sorcellerie bardé de chat crevés, les vestiges d’un bûcher (que la séquence d’ouverture nous permet de reconnaître), et un drôle d’ouvrage cerclé de fil barbelé. Pendant que Mia profite des bienfaits du manque – agressivité, nausées, hallucinations - , Eric feuillète le sordide bouquin, décrypte quelque incantation, et invoque les forces du mal. You’re all going to die tonight.

Cette nouvelle version d’Evil Dead, réinterprétation jusqu’au-boutiste produite par Raimi et Campbell en personne, se vit, pour le spectateur de l’original, comme une révision d’un pitch de Stephen King par la plume de Jack Ketchum : dans la douleur. En donnant un sens à l’isolement appliqué de ses protagonistes, en faisant d’eux des adultes, qui plus est "responsables", Fede Alvarez détruit tout second degré. En détruisant d’emblée son héroïne, avant même d’en faire une terrifiante « deadite » capable de s’entailler la langue au cutter plein-écran, il met l’innocence et l’illusion aux abonnés absents. Mia, autodestructrice, rêve d’emblée implicitement de détruire en sus ce groupe de protagonistes, alors vous imaginez lorsque la possession la rend réellement antagoniste ? Le réalisateur incarne en plus en Eric l’un des poisons de notre temps (moi aussi, je le criblerais bien de clous !) : l’analyste passif, commentateur omniprésent de notre condamnation, bien employé à vérifier, érudition superficielle à l’appui, que tout va de mal en pis. Evil Dead, cru 2013, lui donne forcément raison.

Et force est de reconnaître que cette mission de destruction, Fede Alvarez la remplit haut la main. Non seulement sa révision est portée par une certaine cohérence, dans le sordide et la dynamique de groupe, mais elle est bien filmée (sans jamais pour autant s’aventurer dans le délire visuel et spatial de Raimi), bénéficie d’effets splendides et d’un très bel éclairage. Le réalisateur repackage intelligemment les passages clés et visuels incontournables du film de Raimi, et parvient même à recréer, au moins une fois, cette singulière émotion romantico-morbide qui animait en son temps Bruce Campbell. Le reste n’est « que » débauche hardcore, au point tout de même de mériter à mon sens quelques applaudissements en bout de course, tant la conclusion achève de consolider la brutalité bestiale de l’édifice. Sans la moindre filiation, le débat serait clos : Evil Dead 2013 est fantastique. En l’état, il reste très bon, certes, mais tout même... why so serious ?

Akatomy | 13.02.2014 | Hors-Asie

Disponible partout !

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