Evil Never Sleeps

Je suis sûr que vous me croirez aisément si je vous dis que j’ai très largement vu mon lot de mauvais films. Mais alors vraiment des très mauvais, des navets inavouables, des daubes dantesques, des centaines de mètres de pellicule inregardable... et ce principalement dans le domaine du gore (Ozone), du film d’horreur ou des films de SF / fantasy ultra-cheapos (Battle Queen 2020). Ou alors du film d’espion lilliputien philippin (For Your Height Only). Sans même aborder les boulards allemands dans la paille avec des couettes, on est d’accords. Et les mauvais films, ça peut être très chiant. Mais parfois...

Parfois, on est heureux. Alors on prend une grande bouffée d’oxygène et on descend au fond, tout au fond, tel un Jacques Mayol des abimes visuelles les plus obscures. Et là, c’est rigolo mais c’est un peu comme "c’est tellement froid que ça brûle" - l’azote liquide par exemple - et ça devient tellement mauvais que ça devient en fait génial. Maintenant que le ton est donné, vous allez comprendre pourquoi une aberration telle que ce Evil Never Sleeps mérite sa place dans les pages souvent bisseuses, finalement, de Sancho goes Mondo. Car ce film avec Heather Graham (pré-célébrité) est un peu un bidon d’azote liquide, dans le genre...

Heather Graham incarne Olive, la petite amie de Popeye. Ah non c’est pas ça, je reprends... Olive, donc, une jeune femme plutôt jolie (ça, vous le saviez, puisque c’est Heather Graham), mais un tantinet perturbée depuis que son mari a tué son amant avant de se coller une balle dans la tête - le tout sous ses yeux de femme infidèle. Olive vit seule, elle n’a pas vraiment d’amis à l’exception de la charmante Pearl (Lisa Zane, la sœur de Billy), et ses relations avec les hommes se limitent à des séances de cunnilingus sur les parkings de bars sordides. Une fille comme il faut, quoi !

C’est pas tout ça, mais la jeune femme rentre un jour chez elle dans son appartement bien vide (moyens limités de production obligent) pour trouver le peu de choses qu’elle possède sens-dessus-dessous, et se prendre une patate d’un étrange agresseur. Olive expliquera à son amie Pearl qu’à ce moment là, elle a eu l’impression de connaître cet homme, mais aussi de comprendre pourquoi il était là, de saisir le but ultime de sa vie et j’en passe et que pouf ! tout est subitement parti. La police ne peut pas faire grand chose pour notre "héroïne" : le vilain n’a rien dérobé et il n’y a même pas eu effraction étant donné que les fenêtres de l’appartement étaient ouvertes... Pas de chance pour Olive, l’homme décide de la persécuter, et il revient lui coller une rouste beaucoup plus sévère qui la conduit à l’hôpital. Un flic, qui se prend d’affection pour elle, tente de l’aider mais en vain. En plus il essaye d’avouer sa flamme mais se fait méchamment éconduire. Et si tout se passait en fait dans la tête pas claire et coupable d’Olive, et qu’elle s’infligeait elle-même des blessures redoutables ?

Et oui, ça c’est du Film avec un grand F. James Merendino nous a concocté un petit thriller moralisateur absolument minable mais du coup redoutable. Heather Graham joue mal - presque plus mal que Sharon Stone dans Une Blonde en cavale, c’est dire - sauf dans les scènes de cul ridicules du film (surtout celle où elle s’assit tendrement sur le visage d’un gentil canadien - ou encore dans le fameux baiser échangé avec Lisa Zane - voir photos)... Un signe du destin, peut-être ? Les dialogues sont fascinants ("Ça fait quoi d’être Canadien ? Ça doit être bizarre, non ?" ; "Tout ce que je veux, c’est un coup de bite alors t’emballe pas !", et j’en passe !), et la réalisation, sans queue ni tête, est presque expérimentale. On retrouve même quelques plans à la Darren Aronofsky, si si si ! Mais on ne peut pas non plus attendre grand chose d’un homme qui a commencé sa carrière avec un épisode de la série des Witchcraft (le 4, avec Julie Strain, ce qui n’est pas si mal mais bon...).

La soirée organisée par Pearl pour agrémenter la vie sociale limitée de son amie Olive est un moment d’anthologie, avec son lot de soit-disant artistes illuminés dans lesquels vient apparaître une Carrie-Anne Moss défoncée, incapable d’aligner deux mots de façon convaincante. Mais le plus beau dans Evil Never Sleeps, c’est son final, retournement incroyable presque onirique, et pour le coup fantastique. Surtout cette séquence de rêve pendant laquelle Olive se prend une beigne de Jesus lui-même ! Sans parler du pétage de plombs dans la rue, qui nous montre Olive en train d’insulter tous les hommes qu’elles croise, avec un vocabulaire à faire palir le Charles Bronson de la VF de La loi de Murphy...

Bref, Evil Never Sleeps c’est du grand art, une tentative de thriller limite évangélique absolument extrême. Et le plus incroyable dans tout ça, c’est de retrouver non seulement Carrie-Anne Moss mais aussi Balthazar Getty (Lost Highway) et même Richard Lynch (cet homme a joué dans Barbarians, que diable !) dans des caméos ! Terrified est l’un des autres titres de ce Evil Never Sleeps - autrement plus approprié, il est vrai... Une perle à la valeur inestimable, je vous l’assure !!!

Akatomy | 21.08.2002 | Hors-Asie

Si vous y tenez vraiment, Evil Never Sleeps est disponible en DVD en zone 1 (pas vu - faut pas pousser quand même !), ainsi qu’en zone 2 UK plein cadre super laid. Mais vu que ce dernier doit se monnayer autour des 20 balles, on va pas faire la fine bouche, non ?

aka Terrified - Tough Guy | USA | 1995 | Un film de James Merendino | Avec Heather Graham, Lisa Zane, Paul Herman, Rustam Branaman,Kane Picoy, Jason Cairns, Max Perlich, Balthazar Getty, Don Calfa, Richard Lynch, Tom Bresnahan, Sal Land, Carrie-Anne Moss, Danny Kuchuck
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