Exodus

L’exode des idées n’est pas vraiment total à Hong Kong.

L’Inspecteur Tsim est bloqué par sa hiérarchie dans son avancement depuis quelques années, pour avoir dénoncé le passe temps favori des policiers la nuit. Nus à l’exception d’un caleçon, masques et tubas fichés sur la tête, un marteau dans le main droite et un bottin dans l’autre, les gardiens de la paix assaillent de coups les suspects pour les faire avouer. Maintenant relégué aux tâches les plus ingrates et mis au banc du commissariat par ses collègues, Tsim prend la déposition d’un homme accusé de voyeurisme. Arrêté dans des toilettes publics pour avoir filmé des jeunes femmes, l’obsédé se défend de telles accusations et prêche une toute autre histoire : ces surveillances ont pour but de prouver qu’il existe une conspiration féminine visant à éradiquer de la surface de la Terre tous les hommes.

Tsim ne prend pas au sérieux ce type d’affabulations, mais quand il est rappelé dans la nuit pour enregistrer une nouvelle déposition du même personnage, elle est rigoureusement différente. Intrigué par un tel revirement, Tsim ouvre sa propre enquête et découvre que le voyeur a reçu une seule visite depuis le premier interrogatoire : sa supérieure Fong.

Pourquoi à votre avis vont-elles toujours aux toilettes ensemble et pourquoi mettent-elles autant de temps ?

Curieuse ambiance que cet Exodus. Egal à lui-même Pang Ho-Cheung, muni de son esprit de conspirateur, a souhaité nous livrer une histoire singulière. Son point de départ qui peut faire penser à une blague de potaches un soir de beuverie entre potes, me fait directement penser à un épisode de Mariés deux enfants, dans lequel Al Bundy est persuadé que les chaussettes dépareillées qu’on l’oblige à porter est un signal de l’attaque imminente des femmes. Comme vous voyez le sujet porte largement à rire. Pourtant la réalité est tout autre pour l’homme-voyeur qui archive des heures et des heures de vidéos. Harcelé, acculé, obligé de se terrer en abandonnant sa famille, Kwan est le témoin clé de Tsim. Et c’est une fois contaminé par la multitude de manchettes de journaux relatant des meurtres dont les victimes sont uniquement masculines, que Tsim pousse l’enquête jusqu’au point de non retour, mettant ainsi sa carrière, son couple, sa vie en danger.

Exodus va plus loin dans les revendications que notre bon Battle Royale 2. Il ne s’agit pas ici d’une poignée d’adolescents qui souhaitent éliminer les adultes, mais d’une conspiration mondiale exclusivement féminine visant à se débarrasser du fléau mâle, responsable de tous les maux des siècles passés. Il faut dire que l’ami Pang sait bien s’y prendre le bougre. Déjà, dans son Men Suddenly in Black, il partait d’un groupe d’amis et d’amies pour dépeindre tout un pan des relations hommes/femmes. Ici ces relations sont poussées à leur paroxysme, lequel, sous ses dehors iconoclastes, constitue un sujet bien plus universel qu’il n’y paraît.

A des années lumières de ses deux dernières œuvres, AV et Isabella qui parlaient d’amis prêts à tout pour assouvir leur désir, Exodus lui ressert le faisceau sur un homme seul contre tous, pardon toutes. Le désir des uns s’est fait remplacer par la volonté de connaître la vérité, la simple et juste vérité. La conspiration des femmes est-elle une réalité ? Et si c’est le cas, jusqu’à quel point la femme de Tsim est-elle impliquée ?

C’est ce vieux briscard de Simon Yam qui prête ses traits d’homme de plus en plus bronzé, au personnage de Tsim. Devenu incontournable depuis deux décennies, le beau Simon continue son bonhomme de chemin dans une carrière atypique jalonnée de derniers rôles incroyables : SPL, PTU, et Election. Exodus ne faillit pas à la règle car son impassibilité, mêlée à sa nonchalance naturelle, font de lui l’acteur idéal pour ce rôle de flic enfermé dans un ghetto de travail et d’affection.

Exodus est plus qu’un plaisir à voir, c’est une nouvelle religion... moi j’ai déjà mon matériel de plongée.

Exodus a été diffusé au cours de la dixième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2008), en compétition officielle, et aurait mérité bien plus d’attention qu’il n’en a eu.

aka Ceot oi kap gei | Hong Kong | 2007 | Un film de Edmond Pang Ho-Cheung | Avec Simon Yam Tat-Wah, Annie Liu, Nick Cheung Ka-Fai, Irene Wan Pik-Ha, Candy Yu On-On, Jim C
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