Face

Hyun-min est l’un des plus précieux membres de la division de police scientifique de Séoul. Spécialiste de la reconstitution faciale, il assiste les détectives dans l’identification complexe de certaines victimes ; certaines, comme celles d’une affaire de meurtres en série en cours. Un quatrième corps a été découvert dans une rivière ; dissous à l’aide d’un composant utilisé en milieu hospitalier, il ne reste de la victime que des os. Hyun-min hérite de ce crâne, auquel il refuse de rendre un visage, et par conséquent un nom : sa fille, bêta-allergique et cardiaque, ne cesse de subir des complications suite à une greffe du cœur, et Hyun-min veut démissioner pour s’occuper d’elle. La jeune Seon-myung est assignée à l’assistance de Hyun-min, et tente de le convaincre de mener cette affaire à bien. Le scientifique bourru refuse, jusqu’à ce que de redoutables apparitions le persuadent de changer d’avis. Commence alors un délicat processus de reconstitution, dont Hyun-min devient peu à peu persuadé qu’il a un lien avec l’état de santé de sa fille, Jin...

« Les films d’horreur jusqu’à présent n’ont été qu’un échauffement... »

Le moins que l’on puisse dire c’est que, en sortant le film Face affublé d’une telle « tagline » marketing, Studio Canal tente le tout pour le tout... Face serait donc plus flippant, plus beau, plus fort que tous ses prédécesseurs ? A moins que le distributeur tente simplement comme beaucoup d’autres, de rentrer dans ses frais, prématurément dépensés à la vision d’une simple bande-teaser alors que le film n’était même pas encore tourné... Tentons d’en avoir le cœur net dans les paragraphes qui suivent, si vous le voulez bien.

Admettons donc que les films d’horreur antérieurs à cette réalisation de Yoo Sang-gon n’aient constitué que de simples mises en bouches ; il y a fort à parier dans ce cas, que les scénaristes comme le réalisateur auraient puisé dans ces prédécesseurs les ingrédients qui constituent la base d’une narration horrifique efficace. A première vue effectivement, cela semblerait être le cas : le personnage principal Hyun-min (incarné par l’étrange héros de Bichunmoo) est un homme au bord de l’abîme, victime d’une fêlure. Sa femme est décédée, emmenant avec elle le sourire de sa fille qui, cardiaque et victime d’une incompatibilté rare, a subi une opération délicate de transplantation du cœur. Jusque là tout va bien. Non content de nous être présenté fragilisé, Hyun-min exerce de plus un métier fascinant, à caractère limitrophe. Sa technique de reconstitution de visages tient en effet autant de la science que du fantastique, et, dans la pratique, du film d’horreur à l’envers. A savoir que, dans un effet gore à rebrousse poil, Hyun-min reconstitue les différentes couches d’un visage, plutôt que de les arracher, de mettre des chairs à nu. D’une certaine façon, Hyun-min est donc un protagoniste idéal pour un film d’horreur, à la fois victime idéale et héros parfait, dans la relation ambiguë et ambivalente qu’il entretient avec les ressorts graphiques du genre. Sa simple table de travail d’ailleurs, est le lieu horrifique par excellence, puisque l’on s’attend à chaque instant, à ce que le visage peaufiné par Hyun-min se mette en mouvement, que son regard nous suive au travers de l’écran - un moyen idéal de mélanger le champ et le hors-champ, et donc de créer un lieu de l’horreur.

La notion de lieu de l’horreur malheureusement, montre justement les limites des recherches effectuées par l’équipe génitrice de Face. Il ne fait aucun doute que des films d’horreurs, cette équipe en a vu et revu ; il est moins certains qu’elle en ait compris le fonctionnement. Face incarne parfaitement cette incapacité contemporaine - née de la dérive des vagues Sixième sens et Ring - à concilier le champ et le hors-champ en leur conférant une réalité scénaristique. Ainsi les apparitions de Face, fonctionnant sur un sursaut mécanique, ne sont-elles destinées qu’au spectateur. Le hors-champ tel que conçu par Yoo Sang-gon, ne menace jamais directement les protagonistes du film, puisque ceux-ci ne le perçoivent pas ; il est tout entier offert au spectateur, qui se fiche bien d’avoir la certitude de ce qui s’y trouve si la chose en question n’a aucune incidence sur la survie des différents personnages. La maîtrise de ces apparitions devenues symptomatiques du cinéma d’épouvante asiatique, est une chose délicate ; on croirait presque ici à une compilation-parodique d’un usage maladroit, plutôt qu’à l’ironie merveilleuse du cache-cache improbable du Loft de Kurosawa, qui singe justement ces fantômes non-sensiques avec brio et nonchalance. Les fantômes de Face eux, dans leur relation avec le spectateur, sont prétentieux autant qu’inutiles : pourquoi tenter de nous faire peur à nous, lorsque c’est le héros du film qu’il faut essayer de convaincre ?

Le réalisateur d’ailleurs, choisit rapidement de délaisser cette voie délicate, suite à une scène dans la grande tradition Sadako (désarticulée, insistante), au profit d’un fantastique plus subtil et nuancé, lorgnant sans vergogne du côté de sieur Shyamalan. Cette fois, le hors-champ visuel est délaissé, comme dans le Sixième sens, au profit d’un hors-champ narratif, que l’on ne peut entrevoir que dans les dernières révélations du film. Celles-ci sont bien entendu cousues de fil blanc et, en plus de rivaliser avec le Knight Moves de Carl Schenkel pour le côté « je sors un personnage de mon chapeau », insistent sur des aspects sans importance, omettant finalement d’expliciter le lien qui unit Jin, Seon-myung et Hyun-min. Ingurgitée mais non assimilée, la technique fait ici figure d’artifice total. La preuve étant d’ailleurs que Yoo Sang-gon ne s’embarasse pas de scènes difficiles à justifier, les relations de la belle Seon-myung avec les personnages autres que Hyun-min étant inexistantes, réduites à un fugace face à face avec une mère silencieuse.

Il ne reste au final que peu de choses à sauver de cet amalgame, sans intérêt ni suspense, des concepts horrifiques des dix dernières années : la peur picturale y est sabordée car trop complexe (le jeu de miroir inutile qui plombe la Sadako-like), la peur hors-champ absente car constamment explicitée, la peur suspense inexistante car l’enjeu qui aurait dû être celui de Face (la reconstitution du visage de la victime, les risques d’interprétation liés à l’implication émotionnelle dans cette tâche) efface, en creux, sa trame policière maladroite, qui s’amuse d’abord à pointer du doigt un coupable évident avant d’en inventer un autre, inconsistent. Si les films d’horreur jusqu’à présent n’ont été qu’un échauffement, c’est donc certainement pour dynamiter et non pour apprécier l’édifice Face, dont la dernière erreur est le choix peu charismatique de son héros masculin. Reste le très joli sourire de Song Yoon-ha, ainsi que la musique qui accompagne le générique. Mais c’est vraiment pour appliquer la méthode Sancho - toujours mentionner les points positifs d’un film - que je choisis d’accorder in extremis ces dérisoires bons points à ce très mauvais Face.

Akatomy | 29.04.2006 | Corée du Sud

Edité par Studio Canal aux côtés d’un autre titre coréen, Into the Mirror, et de l’excellent, et pourtant décrié, Koma avec Angelica Lee et Karena Lam. Copie nickelle, rien à redire pour la bande-son non plus, bande-annonce pour seul supplément.

Corée du Sud | 2004 | Un film de Yoo Sang-gon | Avec Shin Hyun-june, Song Yoon-ah, Kim Seung-wook, Ahn Seok-hwan
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