Far East Film Festival 7

Existe-t-il un cinéma birman ? Telle était la question incongrue que je me posais en route vers Udine en compagnie d’un touriste birman, occurrence très rare en nos contrées. En tout cas, aucun film du Myanmar n’était présenté à Udine.

S’il fallait désigner le gagnant de ce festival, la sélection coréenne l’emporterait facilement. A contrario, les films japonais ont particulièrement déçu. Heureusement, la rétrospective consacrée à la Nikkatsu a sauvé l’honneur de l’archipel. Quant à la représentation chinoise, les spectateurs ont pu voir un éventail de la production récente, qui parvient rarement jusque dans nos salles.

Ma présence dans la partie orientale de l’Italie m’a permis de voir mon premier film philippin : Mr Suave. Cette comédie éminemment sympathique conte les déboires d’un Roméo philippin à l’oeillade et au remuement de moustache meurtrier. Malheureusement, lorsqu’il entre en contact intime avec une jeune femme, tout son corps se transforme en pierre et pas seulement la partie qu’il faudrait. Humour au premier degré, décors kitsch, jeunes demoiselles philippines affriolantes et l’image du macho philippin en prend un coup. En plus, tout finit bien avec un mariage, ou presque...

Avec Lorelei, ci-gît movie sur un sous-marin, la débandade de la sélection japonaise commençait. Shinji Higuchi, ancien responsable des effets spéciaux de plusieurs Gamera, démarre bien mal sa carrière de réalisateur. La comparaison avec le tristement célèbre Pitof s’est imposée naturellement à la petite délégation française d’Udine. A vrai dire, la comparaison s’avère peut-être méchante pour le français. En effet si le film est mauvais, il a le terrible défaut de pécher par là où il aurait dû briller : les effets spéciaux. Certaines scènes se rapprochent terriblement de séquences d’animation. Quant à la partie révisionniste du film, les américains avaient trois bombes atomiques et non deux, les japonais ne semblent pas décidé à changer. Dernière mauvaise nouvelle, ce film aurait été acheté pour l’hexagone !

Meilleur film nippon au box-office 2004, Crying Out Of Love In The Center of the World (déjà tout un programme) raconte le deuil inaccompli de Shotaro pour un amour de jeunesse. A la veille de son mariage, celui-ci voit en effet son passé resurgir en écoutant une cassette enregistrée par une ancienne petite amie décédée. Problème, ce thème aurait demander un traitement en finesse, or le réalisateur a sorti la grosse artillerie, histoire que la midinette innonde son mouchoir. Aucune grosse ficelle n’est épargnée au spectateur au cours des 138 longues minutes de ce film. Au point que cela devient presque une insulte à son intelligence.

Cette propension à la longueur s’est révélée un défaut assez commun à la sélection. Cette maladie qui touche les films américains s’étend donc aussi en Orient.

Lady Joker de Hirayama Hideyuki n’échappe pas à ce constat. Et surtout n’arrivez pas en retard, même de 5 minutes sinon il vous sera bien difficile de démêler l’écheveau du scénario au cours des 116 minutes suivantes. Pourtant, ce film aurait pu s’avérer un thriller passionnant sur la vengeance de parias de la société japonaise (coréens, bunrakim...) contre une importante société japonaise. On signalera la présence du toujours très classe, Watari Tetsuya, star de la Nikkatsu, en meneur de cette petite troupe.

En tout cas, le public a réservé un accueil chaleureux à Kamikaze Girls. Histoire invraisemblable d’une amitié entre Momoko, fashion victim vivant dans un monde inspiré du style rococo, et Ichigo, une biker ! Mécanisme classique de la comédie, la rencontre de ces deux mondes tout à fait opposés est à l’origine de nombreuses scènes burlesques. Mais ce film m’a fait penser sur le fond et la forme à ces gâteaux d’anniversaire asiatiques décorés de sucre glace aux couleurs criardes. Il faut y goûter une fois, mais attention à ne pas trop en abuser.

Dans cette sélection du soleil levant, on peut encore sauver deux films. We Shall Overcome, adaptation de Roméo et Juliette dans le contexte de l’affrontement entre les communautés coréenne et japonaise, au Japon à la fin des années 60. La réalisation et la trame de ce film sont classiques, mais on se laisse prendre au jeu. Plus intéressant, Ichigo Chip traite du problème de la création artistique à travers le destin d’une célèbre mangaka en panne d’inspiration.

La sélection hong-kongaise s’est révélée plus que convenable. On passera rapidement sur le film de Johnny To : Yesterday One More. La seule raison valable pour sa sélection à Udine était d’avoir été tourné en partie à Udine. Ce film vite torché ressemble à une démarcation de L’affaire Thomas Crown. De jeunes gens riches et désoeuvrés, joués par Andy Lau et Sammy Cheng, de distraient en volant. La première partie du film, la plus ludique, est plaisante, mais le film s’embourbe ensuite dans le romantisme et le pathos.

Beyond Our Ken en revanche tient bien la route. Ce “Films de filles” du scénariste Panh Ho-cheung raconte l’amitié qui se forge entre l’actuelle petite amie d’un pompier et la précédente. Le beau mec serait-il le chic type qu’il semble être, ou un Don Juan machiavélique ? On regrettera seulement le truc de scénariste du retournement de situation de dernière minute, qui permet de terminer sur une morale convenue.

Hidden Heroes, si je dis comédie hong kongaise, est ce que j’ai tout dit ? Un peu de science fiction, mais pas trop, des situations burlesques et le filme se termine dans les waters...Une comédie hong kongaise de temps en temps ne peut pas faire de mal aux neurones !

Love Battlefield : un bon pitch est-il suffisant pour faire un bon film ? Ici non. Ka-yui et sa petite amie Ching se préparent à voyager en Europe, mais ils se disputent avant de partir pour l’aéroport. Après quelques hésitations, Ka-yui se décide à se rabibocher avec son amie, malheureusement, il se fait kidnapper par un violent gang de la Chine Continentale. Ching et la police partent à sa recherche... Le scénario est abracadabrantesque, et heureusement l’abus de ralenti ne nuit ni à la santé du réalisaeur, ni à celle spectateur.

Une nouvelle fois, la Corée a montré le dynamisme de sa production par des films variés et de bonne qualité. Ma préférence est allée à Flying Boys. La réalisatrice, Byun Young-joo, a mis en scène des personnages en trois dimensions, ce qui manquait à bon nombre de films présentés ici. La cinéaste arrive en outre à faire passer une vraie énergie à travers son film. Flying Boys est le portrait d’une jeune fille et d’un jeune homme lors d’une année cruciale pour les jeunes coréens, celle du passage de l’examen qui leur permettra de rentrer à l’université. Byun Young-joo nous livre un beau récit sur le passage à l’age adulte.

S’il s’agissait du deuxième film de fiction de la réalisatrice, le réalisateur de Road, Bae Chang-Ho est lui un vétéran de l’industrie du film coréen. Sa réalisation est aussi solide que le personnage dont il raconte le triste sort. Nous suivons ce Sysiphe moderne, qui lesté de son enclume et de son passé, parcourt la campagne coréenne pour exercer son métier de ferronnier ambulant. Pas de flonflon, une réalisation très classique, ce qui a fait du bien dans ce festival.

Autre film et autre style avec Green Chair, chronique réaliste sur la relation torride entre une femme d’âge mûr et un adolescent, quelques jours avant sa majorité. On ne pourra pas reprocher à ce film, de ne pas être centré ses personnages. Quant aux scènes osées, Green Chair montre une nouvelle fois le savoir-faire des coréens pour leur donner un accent de vérité. La Critique française devrait apprécier, moi ce film m’a laissé froid.

Nouveau changement de direction avec le dernier film présenté lors du festival : Some. Récemment sorti en DVD en France, il s’agit d’un film d’action et de suspens. Machine de guerre calibrée pour contrer Hollywood sur son terrain : poursuite de voitures et Tae Kwon Doe, ce film constitue un bon divertissement.

La Thaïlande était représentée par des films de genres, avec notamment Zee Oui, incursion dans le film de tueurs en série. D’un côté, pas de surprise, une photographie léchée et de jolies (un peu trop même) poupées. De l’autre, le réalisateur arrive à présenter des crimes ignobles sans exhibition et à ne pas rendre totalement antipathique un tueur d’enfants ! Nida Sudasna Ayudhaya a également la bonne idée de replacer l’histoire dans le contexte de la seconde guerre mondial en Asie et des atrocités qui ont été commises par les japonais.

Thanit Jitnukul, plus connu pour avoir mis en scène Bang Rajan, nous livre Art of the Devil, un film d’horreur sur fond de magie noire, qui abuse de la grosse musique et des gros effets. Mais bon finalement sous cet assaut répété, je finis par succomber.

La Chine était venue en force, avec des films de styles différents, abordant des sujets variés.

Premier film du célèbre chef opérateur Gu Changwei, qui a tourné avec les principaux réalisateurs de la cinquième génération, Peacok est mon film préféré de la sélection chinoise. Chronique de la Chine des années 70, nous suivons le destin de trois adolescents d’une même famille. Leurs évolutions divergentes évoquent les transformations subies par la société chinoise au cours de cette période. Peacock a fait passer un peu de souffle au cours d’un festival qui en a manqué.

Suffocation, premier psycho killer chinois, mérite bien son titre tant il étouffe le spectateur par trop de mise en scène. Les fans du cinéma expressionniste et des gros plans apprécieront.

Last Level, s’est avéré moins décevant que Suffocation, mais il lui manquait une étincelle. Même étroitement surveillée, l’utilisation de la toile explose également en Chine, et les premiers cas d’accrocs à Internet font leur apparition. Notre héros va lui squatter pendant 60 jours et 60 nuits un cybercafé pour atteindre l’ultime niveau d’un jeu.

Des films qui s’inscrivent dans une tradition chinoise plus classique, comme White Guardenia ont également été présentés. Plus contemplatif que le reste de la sélection de l’empire du milieu, ce film est centré sur la femme d’un médecin de campagne qui voit son passé de célèbre chanteuse d’opéra venir perturber sa vie paisible.

Autre film sur une femme réalisée par une autre femme, Letter from an Unknown Woman de la jeune/jolie/actrice/réalisatrice/Productrice, Xu Jinglei. Celle-ci s’est fort bien entourée, Marc Lee Ping-Bin à la photo et Jiang Wen en tant qu’acteur principal, excusez du peu, pour cette adaptation du roman de Stefan Zweig. Cependant, au-delà de ses qualités techniques, ce film manquait un peu d’âme.

Du 22 au 29 avril 2005, Udine.
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
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Lady Snowblood - Love Song of Vengeance
Kiyoshi Kurosawa
Raped By An Angel 4 : The Raper’s Union
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Feast