February

Kaewta, peintre sans le sou, souffre d’une maladie cérébrale en phase terminale. Son seul espoir : une opération qui pourrait bien la laisser dans le coma pour le restant de ses jours, prévue quelques mois plus tard, en février. Fâchée avec son père qui ne sait rien de son état de santé, trompée par son petit ami et désespérée de ne voir aucune de ses expositions se solder par une vente, Kaewta décide de passer ses probables derniers mois chez son amie Muai à New York. Arrivée sur place, elle monte dans un taxi qui la kidnappe... C’est alors que nous rencontrons Jee, thaïlandais émigré de façon illégale et qui survit de la même manière, en tant que membre d’une mafia locale. Jee lui, désire plus que tout retourner dans son pays. C’est au cours d’un deal qui tourne mal, son ami et colocataire se faisant abattre sous ses yeux, que Jee renverse Kaewta. Il recueille la jeune femme frappée d’amnésie chez lui. Kaewta ne se souvient de rien et s’enferme dans son mutisme, jusqu’à ce que ses velléités artistiques refassent surface. Jee lui, s’acharne à essayer de décrocher, mais ses employeurs ne veulent rien savoir, prenant son passeport en otage...

Entre deux succès populaires, Killer Tattoo et Rahtree : Flower of the Night, Yuthlert Sippapak réalise en 2003 February, faux film de genre et mélodrame forcené, ni mainstream ni indépendant, tout aussi métissé dans sa nature que dans sa réussite : le film est en effet bourré d’autant de qualités que de défauts, qui le condamnent en dépit de son caractère original au sein de la production thaïlandaise, à rester dans l’ombre de ses semblables, bien qu’ils lui soient pour la plupart étrangers.

La réalisation du film déjà, bien que plus maîtrisée que dans la plupart des films populaires thaïlandais contemporains, est l’un de ses aspects négatifs. Utilisation inutile de jump cuts et de variations brutales dans les travellings, bande son exacerbée pour la musique et les effets, à la limite du viol auditif façon Michael Bay mais sans le jusqu’au-boutisme qui justifie les moyens, palette de couleurs trop travaillée pour adoucir le contraste déjà forcé des relations humaines... Visuellement, February n’est pas vraiment laid, mais il est maladroit (les gros plans, bien que tentés, sont rarement réussis), et pour la majeure partie en désaccord avec la retenue globale de la narration. Car - et c’est là l’un des paradoxes du film, puisque les bons côtés sont indissociables des mauvais - Sippapak fait preuve dans ses choix narratifs, d’une intelligence certaine, occultant les scènes d’action qui constituent les nœuds de l’intrigue au profit de ses seuls protagonistes. Il a d’ailleurs bien raison, car son histoire de voyou pas vraiment méchant, entraîné dans un engrenage sans issue au moment où il rencontre l’amour, a déjà été épuisée par bon nombre de ses confrères asiatiques, principalement hongkongais, et mettre l’accent sur des gunfights - que l’on devine Sippapak incapable de maîtriser - serait faire basculer son film iconoclaste dans le générique tape à l’œil.

Son esthétique de clippeur light, Yuthlert Sippapak la met donc au service de deux personnages aussi bien écrits qu’interprétés. Pilier du film, leur relation sonne juste, ni trop rapide ni facilement hésitante, bien rythmée et crédible. Lorsque Jee et Kaewta s’embrassent pour la première fois, on le ressent, et le potentiel mélodramatique du film reprend son envol sous la menace oubliée des troubles de santé de la jeune femme. De la même façon, en dépit d’un artiste new-yorkais plus que caricatural, le succès improbable de Kaewta en tant que peintre underground dans la Grande Pomme, est l’une des touches réussies de cette histoire, qui permettra d’ailleurs d’ancrer un point d’attache visuel dans le film, entre tous les personnages et surtout les identités, successivement perdues et retrouvées, de son héroïne.

On regrette donc qu’au terme d’un développement émotionnel précautionneux, presque délicat, Sippapak décide de mettre le contenu au diapason de la forme : les dernières émotions du film, bien que cohérentes dans une logique de karma grand public penché sur les larmes, sont aussi violentes et pompières que la bande son écrasante qui les accompagne, aussi bien au niveau de la musique - un renfort dantesque de violons - que de la voix off moralisatrice et simpliste du SDF pour lequel Jee s’est lié d’amitié. Là où les coréens réussissent ce genre d’exercice, forcément borderline, avec un brio qui déconcerte souvent, Sippapak tombe dans un excès démonstratif qui, s’il est moins évident que dans beaucoup de films thaïlandais, reste embarrassant. C’est dommage, car February, s’il avait su offrir à son contenu un emballage plus simple, aurait été un film de grande qualité. En l’état, c’est un tentative intéressante de se démarquer du lot ; même si l’on devine - ce n’est pas un hasard si le film se déroule aux US, et a été tourné principalement en anglais - que le projet s’adressait à l’export avant d’être pensé pour le marché local...

Diffusé dans le cadre de la sélection Continent B : All you Need is Love de la 28ème édition du Festival des 3 Continents (Nantes), February est disponible en DVD thaïlandais All Zone, sous-titré en anglais.

aka Goom pa pun - Khumphaphan | Thaïlande | 2003 | Un film de Yuthlert Sippapak | Avec Sopitnapa Dabbaransi, Shahkrit Yamnarm, Joe S. Lee, Bob Senkewicz, Vichitra Triyakul
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