Female Convict Scorpion

Vous l’aurez sans doute déjà remarqué avec nos articles passionnés sur les Prisoner Maria, Zero Woman et autres Amazoness in White : à SdA, les films d’exploitation, nous aimons ça. D’ailleurs, nous pensons sérieusement à élargir le champ d’action de nos écrits pour pouvoir rendre hommage à de grands hommes comme Umberto Lenzi, Ruggero Deodato, et même Jess Franco...
Cependant, les films nippons sus-cités, même si nous les aimons (sincèrement) beaucoup, nous rendent inévitablement nostalgiques d’une époque où l’exploitation possédait une véritable noblesse, voire même une certaine classe. Une époque où des films comme Female Convict Scorpion pouvaient tenir le haut de l’affiche avec fierté...

Deuxième épisode d’une série de plusieurs films adaptés du manga éponyme pour adultes Joshu Sasori (dont les trois premiers épisodes ont été mis en scène par Shunya Ito), il paraît évident que le succès de Female Convict Scorpion doit beaucoup à l’incroyable charisme de l’interprète de celle que l’on appelait Sasori (’scorpion’ en japonais) - Matsu de son prénom, à savoir l’incroyable Meiko Kaiji. Celle-ci est d’ailleurs surtout connue (visiblement) pour avoir tenu le rôle principal de Shurayukihime (Lady Snowblood /1973, adaptation live en deux parties d’un manga de Kazuo Koike - l’auteur, entre autres, des Baby Cart - réputée pour faire partie des films de sabre les plus violents jamais tourné). Mais lui attribuer l’intégralité de l’intérêt du film serait passer sous silence un trop grand nombre de ses qualités.

Le scope magnifique de Shunya Ito met en scène les aventures de Matsu, une détenue loin d’être modèle au milieu d’une prison de femmes où les droits de l’hommes n’ont pas pu franchir l’enceinte. Au trou depuis un an après avoir coûté un œil au gardien en chef qui fait désormais de son cas une affaire personnelle, Matsu rejoint les rangs de ses camarades le temps d’une inspection officielle. Après une nouvelle tentative d’agression sur la personne du gardien, Matsu entraîne une punition générale qui lui vaudra le mépris de toutes les autres prisonnières, ainsi qu’un viol collectif punitif qui renforce encore son aliénation au sein du groupe d’exclus. Au cours d’un transfert en fourgon, un groupe de sept femmes dont Matsu fait partie parvient à s’échapper, non sans éliminer violemment leur escorte. Débute alors une course poursuite au cours de laquelle les femmes tenteront de regagner leur honneur sans cesse bafoué...

Commençant comme un véritable film de prison de femme, sous-genre doré du cinéma d’exploitation, Female Convict Scorpion surprend immédiatement par la beauté de sa mise en scène et de sa photographie. Se dirigeant par la suite vers un film proprement féministe et hautement critique de la place de la femme dans la société japonaise de l’après-guerre, c’est une œuvre extrêmement violente qui parvient à être pertinente en étant avant tout graphique.

Le cadrage, qui reproduit toute l’intelligence de la mise en page des mangas japonais, exploite le format cinemascope dans toute sa splendeur, avec un goût prononcé pour les diagonales. L’utilisation constante de la dissociation premier plan/arrière plan donne un caractère très vivant au film qui, dans sa composition, se rapproche presque d’une structure en couches de celluloïde. Les images sont presque toujours portées par une musique magnifique, mélange de rythmes traditionnels japonais et de musiques à l’italienne, et les gros plans muets (Matsu ne prononçant que deux phrases de toute la durée du film) font bien évidemment penser à ceux de Sergio Leone de la même époque - à cette différence près que ceux des western spaghetti étaient souvent très statiques, alors que ceux de Female Convict Scorpion possèdent un dynamisme résolument moderne pour l’époque.

A la fois contemplatif et cinétique, le film de Shunya Ito possède toutes les qualités du cinéma japonais, dont il compile d’ailleurs beaucoup d’ambiances ; notamment celle des films de fantômes des années cinquante-soixante, au cours d’une séquence chantée racontant le passé des sept héroïnes du film. La palette de couleurs utilisée se rapproche néanmoins très fortement du celle utilisée par Mario Bava, et termine de donner au film une identité qui n’est pas seulement celle d’un pays, mais avant tout celle d’un genre aujourd’hui éteint : si le point de vue social est éminemment japonais, le traitement est avant tout celui d’un film d’exploitation pur, de première classe, sans nationalité particulière.

Poseur, insolent et intelligent, Shunya Ito réalise donc avec ce film un véritable chef-d’œuvre qui va bien au-delà du côté gratuitement transgressif des œuvres d’exploitation direct-to-video d’aujourd’hui (le viol de Matsu sur sa croix possèdant tout de même un côté allègrement blasphématoire). Avec l’amour et le talent d’un véritable bisseux, maître de son art et amoureux (condition indispensable) de son inoubliable héroïne.

PS : Un grand merci à l’Etrange Festival pour les photos.

Female Convict Scorpion est disponible en DVD en zone 1 chez Image, en scope anamorphique sous-tiré anglais.
Par ailleurs, on ne remerciera jamais assez l’Etrange Festival d’avoir diffusé ce film sur grand écran...

aka Joshu Sasori Dai 41 Zakkyobou - Elle s’appelait Scorpion | Japon | 1972 | Un film de Shunya Ito | Avec Meiko Kaji, Yukie Kagawa, Kayako Shiraishi, Hiroko Isayama, Hosei Komatsu
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