Firaaq

Au sein de la production indienne qui parvient jusqu’à nous, Firaaq est une exception à plus d’un titre. Durant à peine 1h40, le film privilégie les silences lourds de sous-entendus aux chants et danses qui ont fait la renommée de Bollywood. Ultra-réaliste, solidement ancré dans l’actualité, il délaisse volontairement les décors extravagants et les couleurs étincelantes. Enfin, Firaaq est écrit et réalisé par une femme. C’est certainement le plus remarquable et ça fait une sacrée différence…

Suite aux émeutes qui ont déchiré les communautés hindoue et musulmane dans le Gujarat en 2002, la tension, un mois après, est encore palpable. Chez chacun, qu’il soit opportuniste, idéaliste, motivé par la vengeance ou par la culpabilité, le conflit a laissé des traces. Les repères ont changé et les voisins cordiaux d’hier sont les ennemis d’aujourd’hui…

Sans être directement tiré d’une histoire vraie, Firaaq s’inspire pourtant de nombreuses situations réelles récoltées par Nandita Das dans les jours qui ont suivi les évènements de 2002. Le réalisme du film, présent à travers les décors, les acteurs et le traitement de l’image, en est sa principale force. Sans fioritures, la réalisatrice revient sur le drame en adoptant un angle original. Le traumatisme dérivé du conflit religieux est dépeint sur le plan émotionnel, sans aucune brutalité autre que suggérée à l’écran. Dépouillé de toute violence graphique qui aurait pu choquer de manière superficielle, le film gagne en force et touche le spectateur au plus profond de soi. L’absence de toute image des émeutes ainsi que la localisation du film un mois après le drame et sur une courte période (24 heures), permet la montée progressive d’une tension qui pointe sur une nuit que l’on pressent explosive. Le vieux truc fonctionne toujours, moins on en montre et plus c’est efficace. Firaaq a également le mérite de rappeler que ce type de violence de masse ne cesse pas en même temps que les combats. Tel un volcan, « ça » dort, en fumant, jusqu’au prochain réveil, imprévisible.

Le conflit identitaire à l’origine du drame est parfaitement mis en valeur par la structure chorale du scénario, un peu à l’image du Collision de Paul Haggis. Les personnages et leurs histoires s’entremêlent, au début difficilement identifiables, apparemment intégrés, puis les clans se forment (au travers de signes physiques et symboles distinctifs), les individualités naissent au fur et à mesure que chacune des trames dévoile ses personnages clés. L’œil du spectateur se focalise alors sur les motivations individuelles, rebelles, plutôt que sur la cohérence d’un ensemble. Pourtant, chaque histoire est parfaitement structurée et liée aux autres pour former un tout. Cette connexion narrative entre les protagonistes, hindous ou musulmans, est le reflet d’un souhait de vie commune apaisée. Un souhait de paix d’abord porté par les femmes, Nandita Das en tête.

Malgré la tendresse qu’elle semble porter à tous ses personnages sans exception, il est évident qu’elle traite les femmes avec une attention toute particulière. Beaucoup plus sensibles et intelligentes, elles sont les véritables moteurs de chacune des saynètes. Seules lueurs dans ces temps sombres, elles représentent indéniablement, par leur humanité, le salut de l’Inde moderne. Nandita Das (Four Women), actrice renommée passée derrière la caméra, en est le premier exemple. Son casting, féminin comme masculin, est excellent et la mise en scène, sobre, met en valeur leurs performances. Cette homogénéité évite l’émergence d’un ou plusieurs protagonistes par rapport aux autres. Les masses ne souffrent ni héros ni méchant identifiés.

Si le film est un pamphlet passionné et passionnant contre l’intolérance et pour la paix, le final, à double sens, est glaçant à plus d’un titre. D’une part, force est de reconnaître qu’au-delà du problème indien, le drame évoqué ici trouve de nombreux échos de par le monde. D’autre part, le parti pris de la réalisatrice de clore son film sur le regard d’un enfant est un message d’espoir et surtout une question inquiétante posée : cet enfant, dont la famille a été décimée devant ses yeux, qui a subi chaque jour les brimades de ses « compatriotes », cet enfant, quel type d’homme va-t-il devenir ?

Sélectionné en compétition officielle lors de la 11ème édition du Festival du film asiatique de Deauville (2009, Firaaq y a été présenté en ouverture.

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