Flic

Que ce soit KSS qui ait produit ce film est certainement la chose la plus surprenante. Car Flic, projet de trois heures de Masahiro Kobayashi, ne tombe certainement pas dans les cordes de ce que cette compagnie a l’habitude de produire. KSS est plus réputée pour ses films mêlant horreur, violence et érotisme, que pour ce type de film que l’on peut aisément qualifier de film d’auteur.

Ce n’est du moins pas le film lui-même qui s’avère très surprenant. Masahiro Kobayashi ne s’éloigne pas de son style habituel, et les amateurs de ce réalisateur reconnaitront aisément la patte caractéristique de ce dernier.

Grand amateur de cinéma français, Kobayashi donne à son film un titre français, clin d’oeil à Flic Story (Jacques Deray, 1975) avec Alain Delon, référence qui reviendra au cours du film. Mais peut-être plus que le cinéma français, c’est vers le cinéma taïwanais, Hou-Hsiao Hsien en particulier ou encore Tsai Ming-Liang, qu’il faudra se tourner pour trouver les mêmes successions de plans-séquences, de longues scènes muettes et cette lenteur si particulière, en même temps qu’un goût pour la répétition. Le cinéma taïwanais étant lui-même souvent influencé par le cinéma français, on se dira que la boucle est bouclée.

Flic est un film de trois heures, divisé en quatre parties : prologue, chapitre un, chapitre deux et enfin épilogue. Si l’on exclut les prologue et épilogue, relativement courts au regard des chapitres, le film est principalement divisé en deux parties, à la fois très similaires et en même temps différentes.

Murata est un flic brisé par le meurtre de sa femme. Son collègue, Namekawa, le pousse à reprendre le travail afin qu’il oublie ce douloureux événement. Lorsque qu’une étudiante d’Hokkaidou est assassinée dans un love hotel à Shibuya, Tokyo, Namekawa décide qu’il serait certainement bénéfique à Murata de l’accompagner poursuivre cette enquête sur place. Les deux hommes arrivent dans une petite ville de l’île septentrionale mais Murata, hanté par les souvenirs de sa femme et pas loin de l’alcoolisme, commence à perdre pied.

Beaucoup de ce qui a pu être dit à propos des précédents films de Kobayashi, trouve également sa place ici. On pense notamment au récent La Coiffeuse, même si ici le film se caractérise par l’absence presque totale de femmes. Comme Kobayashi en a l’habitude, l’action se déroule à Hokkaidou, dans des décors vides qui écrasent des personnages masculins brisés, qui semblent attendre une opportunité pour tout recommencer à zéro. Cela est rendu par l’immensité des lieux extérieurs, le vide des lieux intérieurs et l’absence presque totale de gros plans. Il faut ainsi attendre le chapitre deux pour pouvoir enfin voir pleinement le visage de Namekawa.

Très rapidement, Kobayashi insère des souvenirs de Murata, dans le déroulement du film. Peu à peu, Murata commence à mélanger les personnes, apercevant une personne en place d’une autre ou imaginant sa présence là où il n’y a personne. Ces échanges de personnes sont amenés par des travellings identiques et répétés, où seul le sujet est changé. L’utilisation de cette technique, ajoutée aux flash-backs, tend à rendre flou la barrière entre rêve et réalité, tout en représentant très parfaitement la confusion mentale dont Murata est l’objet. Cet état d’esprit ainsi que les lieux rappellent l’ambiance singulière du film de Christopher Nolan, Insomnia, et son personnage principal qui commence à perdre pied.

L’ensemble baigne dans une atmosphère de désespoir où l’espoir n’est cependant pas totalement exclu. Comme souvent chez Kobayashi, les personnages sont arrivés à un point où la seule véritable alternative semble être le suicide. Une partie de leur vie semble s’être achevée, et il ne leur reste comme alternative que le suicide ou un nouveau départ. N’ayant plus l’énergie d’un nouveau départ, ces hommes se voient souvent proposés une nouvelle vie, souvent une sorte de parenthèse, de goutte d’espoir avant la mort. Ainsi dans Koroshi, l’homme devient un tueur, dans La Coiffeuse il kidnappe une femme ; ici, il est mené à Hokkaidou (autrement dit, le bout du monde) par un collègue. Cette fuite en avant forcée ou décidée, et en dépit de sa conclusion souvent tragique, représente aussi un cri d’espoir, une envie de vivre, le refus de la mort comme solution (de facilité, il va de soi).

Flic est donc un film qu’il faut prendre le temps d’apprécier. Lent, long et souvent répétitif, il n’est néanmoins pas dénué d’une très grande sensibilité ; et pour qui prend la peine de se laisser porter par ce rythme singulier, l’expérience en vaut vraiment la peine. On soulignera enfin l’excellente interprétation de Murata par l’acteur Teruyuki Kagawa.

Zeni | 5.05.2005 | Japon

Flic est disponible en DVD japonais, sans sous-titres.

Site officiel du film :
- http://movie.softgarage.com/flic/

aka Furikku | Japon | 2004 | Un film de Masahiro Kobayashi | Avec Teruyuki Kagawa, Seiichi Tanabe, Nene Ootsuka
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