Flying with One Wing

Ah ! Les mystères du cinéma sri-lankais ! On ne se lasse pas de découvrir ces raretés. Vous souvenez-vous du Domaine, l’adaptation, par Lester James Peries, du classique de Tchekhov, La Cerisaie, sur les écrans français l’été dernier ? En ce début d’année, c’est Asoka Handagama qui voit l’un de ses films distribués par Heliotrope Films. Edifiant : une véritable leçon de cinéma, mais en creux.

C’est un désastre. Pas sur le plan des intentions, puisque le sujet du film est profond : il s’agit d’une réflexion sur la condition de la femme à Sri-Lanka, société patriarcale et machiste. Pour se sortir de ce carcan social, une jeune femme a décidé de se travestir en homme pour occuper une place plus honorable que celles qui sont habituellement dévolues aux femmes. Elle/il est même marié(e) à une jolie épouse, et travaille dans le garage local. A l’occasion d’un malaise, elle/il est emmené(e) à l’hôpital, où le médecin de garde découvre son secret. Libidineux, il la harcèle, la fait revenir à l’hôpital à de nombreuses reprises, prétextant de nouveaux examens, et en profite à chaque fois pour la toucher, sachant qu’elle ne peut rien dire. Elle/il est également poursuivi(e) des avances de l’un de ses collègues, homosexuel. Mais le pire est à venir : son secret est également découvert sur son lieu de travail. Tout le village est bientôt au courant, et la haine se déchaîne, la maison de la pauvre jeune femme est taguée à tout va, puis assiégée. Mais son épouse lui redit tout son amour. Elle a toujours tout su, bien sûr...

On peut donc faire plus gai, mais ce n’est pas là que le bât blesse. Même en faisant preuve d’indulgence eu égard au manque cruel de moyens dont disposent les cinéastes sri-lankais, il est quasiment impossible de considérer Flying with One Wing comme un film à part entière. Non seulement le scénario est bancal (la répétition des scènes à l’hôpital, ainsi que le quasi-running gag de la secrétaire du directeur du garage, toujours sous le bureau, finissent par être d’un ennui indicible), mais la réalisation est sans originalité (ce n’est pas un défaut en soi - en tout cas, il n’est pas propre au film), la direction d’acteurs est soit défaillante, soit inexistante, soit fausse, et l’image est sale. Pas grand-chose à sauver, malheureusement. Si Lester James Peries avait l’air d’être resté scotché dans les années cinquante, au moins faisait-il preuve d’une connaissance certaine des règles du cinéma, ce que l’on peut se demander au sujet d’Asoka Handagama. Ce « manque de professionnalisme » vire au grotesque dans la scène finale, ce qui ne contribue pas à laisser une bonne impression, c’est le moins que l’on puisse dire.

Je ne pensais pas devoir dire un jour : « qu’on nous rende Lester James Peries » ! Et pourtant... ce jour est venu.

Lester D. Shapp | 2.02.2004 | Sri Lanka

Date de sortie de Flying with one wing sur les écrans français : le 4 février 2004.

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