Fujian Blue

Amerika, Dragon et leurs amis sont des criminels contextuels. Vivant dans la région de Fujian où le commerce des émigrés est la principale activité, ils profitent de la réalité sociale pour se faire un peu d’argent, en faisant chanter des femmes adultères, dont les conjoints sont partis clandestinement à l’étranger pour envoyer leurs économies au pays. Lorsqu’ Amerika découvre que sa propre mère est l’une de ces libertines, il décide de la faire chanter à son tour ; certainement l’affaire la plus juteuse de ce gang pas vraiment inoffensif. Les jeunes décident alors d’amener leur pactole en planque chez Dragon, qui s’est terré dans l’île familial après avoir poignardé un homme dans la rue. Lequel Dragon convoite d’utiliser cet argent pour partir pour l’Angleterre, et gagner de quoi éponger les dettes de sa mère...

Premier film du tout jeune Robin Weng, lui même issu de ce point chaud asiatique en matière d’émigration illégale, Fujian Blue est un film pluriel, portrait d’une réalité sociale inscrite sur les murs de la ville - « l’émigration clandestine est un cul de sac » - initialement déguisé en tableau criminel. Intelligemment redéfini en cours de route, cet opera prima est en effet divisé en trois parties. La première s’intéresse aux méfaits du gang, la seconde à la réalité de la vie de la famille de Dragon, la troisième – en noir et blanc, la plus courte – au constat presque documentaire de la justesse des avertissements gouvernementaux contre le commerce de l’homme. De fiction criminelle, Fujian Blue devient un drame social avant de s’affirmer comme un docu-fiction ; de multiples visages avec lesquels Robin Weng jongle avec talent, sans qu’aucune des parties ne nuise à l’autre, qu’une transition paraisse artificielle.

La première partie du film, pure fiction criminelle, est particulièrement intéressante. Le tableau des méfaits d’Amerika et sa bande est rythmé et empli d’ironie, et n’oublie jamais de profiter de l’environnement pour annoncer les évolutions futures de la narration. La caméra des héros, qui se substitue ou complète régulièrement celle du réalisateur, capte la réalité de ce lieu qui « effraie le monde entier », et dresse implicitement le portrait d’un personnage extérieur au groupe et pourtant indissociable : la réalité sociale et géopolitique de Fujian. Aussi lorsque l’on abandonne les exactions de ces petites frappes pour suivre l’errance de Dragon, on possède sans qu’elles aient été explicitées toutes les bases nécessaires à la compréhension de sa situation familiale, lui même s’apprêtant à devenir une victime de ce système qu’il exploitait. Un cercle vicieux d’endettement qui fait de l’émigration clandestine une espèce de virus doté d’une vie propre, à même de se propager à toute la région qui ne tardera pas, comme le précisent les héros, à être dépeuplée.

La réussite de Fujian Blue réside en ce que la fiction et la réalité s’y accordent parfaitement ; jamais le discours social ne l’emporte sur les personnages, le message sur ses multiples vecteurs. En matière de cinéma tour à tour implicitement et explicitement politique, c’est un modèle d’équilibre qui, s’il ne constitue pas une expérience cinématographique viscérale, représente une espèce d’idéal socio-narratif ; et ce d’autant plus dans le climat d’oppression culturel propre à la Chine, discrètement mis à mal par des extraits radios clamant le retour de la culture chinoise à une richesse digne de celle qui avait lieu du temps de ses plus grandes dynasties. Pourtant les héros du film scandent l’hymne de Titanic en mer, ou reprennent des succès occidentaux remaniés à la sauce chinoise au karaoke... Devant l’ouverture problématique et ambigüe de cette région du monde, qui est autant un cul de sac que les activités qui la caractérisent, la déclaration prend donc une teinte toute particulière : celle du bleu trompeur de Fujian.

Fujian Blue a été diffusé au cours de la dixième édition du Festival du film asiatique de Deauville (2008), en compétition officielle.

aka Jin bi hui huang | Chine | 2007 | Un film de Robin Weng | Avec Luo Jin, Zhu Xiaopeng, Zhuang Jian Jie, Wang Yinan, Gao Qing
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