Fun, bar et karaoké

L’introduction au cinéma thaïlandais proposée fin septembre par la cinémathèque a permis de découvrir le chaînon manquant de la filmographie de Pen-Ek Ratanaruang, son premier film, Fun, bar et karaoké, ou dans la traduction du titre original, "Rêves étranges et karaoké". Même s’il a reçu le Prix spécial du jury au Festival des Trois Continents en 1997, le réalisateur thaïlandais considère ce film comme raté. Pourtant, si la réalisation peut sembler un peu lourde par rapport à ses dernières oeuvres, Pen-Ek Ratanaruang juge bien sévèrement son travail.

Il nous invite à suivre le destin croisé de trois personnages. La jeune femme, Pu, exerce deux travails. Le matin, elle met son père au lit après qu’il soit revenu passablement éméché d’une nuite passée à chanter au karaoké, à boire et à fricoter avec des hôtesses de bar. Ensuite, elle peut aller travailler en tant qu’assistante sur des films publicitaires. Mais les nuits de son père ne sont pas les seules à être agitées. De manière récurrente, sa mère décédée apparaît dans les rêves de Pu, ce qui l’inquiète suffisamment pour qu’elle aille consulter l’augure locale. Le troisième héros qui répond au nom de Noi (un nom fétiche semble-t-il pour Pen-Ek) est un gros bras/tueur au service du mafieux Toeng. Son rêve est de partir à New-York et il apprend donc l’anglais tout en comptant l’argent que ses méfaits lui ont rapporté.

Au passage, Pen-Ek Ratanaruang nous livre une vision sombre de la Thaïlande, loin de la carte postale exotique. La crise économique des années 90 est évoquée par bride, le père s’inquiétant de la chute de son portefeuille boursier. Quant à l’autre figure d’autorité du film, il s’agit du mafieux Toeng...

A l’occasion de cette première réalisation, Pen-Ek Ratanaruang trace des sillons qu’il creusera dans ses films ultérieurs. Ce film s’inscrit dans la veine du film noir, mais le réalisateur affiche aussi son goût pour le mélange des genres. Fun, bar et karaoké contient en effet une dimension fantastique et même romantique. De la même manière, les trajectoires des personnages sont privilégiées au dépend du récit proprement dit. Le réalisateur a d’ailleurs puisé dans certains aspects de son histoire personnelle pour alimenter leur « background ». Noi rêve ainsi de s’expatrier à New-York où Pen-ek Ratanaruang a fait ses études, tandis que Pu travaille dans la publicité, où le réalisateur a fait ses premières armes avant de s’attaquer à ce long-métrage. Cette influence se ressent dans le travail de l’image qui est sans doute le point faible du film. Ces caractéristiques mais également son goût pour l’humour noir (Pu se voit recommander de se passer 51 oeufs sur le visage afin de son sauver son père de la mort. Malheureusement, l’augure s’est trompé et elle aurait dû utiliser 52 oeufs...) l’ont classé parmi les réalisateurs inspirés par Tarantino.

Mais le réalisateur se distingue en explorant une thématique qui lui est chère, celle d’un individu partagé entre deux cultures. Pu, jeune femme d’un milieu aisé, travaille dans le domaine de la publicité, symbole s’il en est de la modernité. Mais cela ne l’empêche pas de partager les anciennes superstitions de ses compatriotes. Cette césure est encore plus évidente pour Noi, métisse mi-thaïlandais, mi-européen, qui, lui, semble avoir choisi la modernité que représente New-York.

aka Fan ba karaoke | Thaïlande | 1997 | Un film de Pen-Ek Ratanaruang | Avec Ray Macdonald, Paibuljkiat Kheokao, Fay Assawase, Champagne X.
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