Gangster VIP

Seuls sont les indomptés.

Gangster VIP est le premier film d’une série de six basée sur la vie d’un véritable yakuza, Fujita Goro. Film de Yakuza, mais dans une veine noire et on ne peut s’empêcher de le rapprocher du Cimetière de la morale de Fukasaku. Même si ce dernier est plus nihiliste, changement de décennie peut être.

Autre point commun de ces deux films, l’acteur principal : Watari Tetsuya. Sans doute plus connu pour sa participation à un autre chef-d’oeuvre du film de Yakuza, Le Vagabond de Tokyo, la réussite de ce film doit beaucoup à son charisme. Watari Tetsuya est toujours actif. En 2004, il joue le rôle du patriarche qui regroupe des intouchables japonais pour se venger d’un grand groupe industriel dans Lady Joker.

Comme souvent pour les films de la Nikkatsu, le générique, auquel un soin particulier est apporté - montage soigné, plans très graphiques... - sert de tremplin au film en condensant l’histoire du personnage principal. Pas de temps perdu, le spectateur est tout de suite projeté dans l’action. Nous retrouvons Goro encore adolescent vivant avec sa mère et son frère (sa soeur ?). Deux êtres chers que la dure vie qui était la sienne va rapidement lui prendre. Le lien le plus fraternel qu’il connaîtra par la suite sera forgé avec un “frère” dans une maison de redressement. Ensuite leurs chemins se sépareront. Ce “frère” est affilié à un gang concurrent et il devra l’affronter afin de protéger son oyabun, au risque de le tuer. Schéma traditionnel dans le cinéma japonais, Goro est tiraillé entre son obligation envers son clan et ses sentiments personnels.

Quand il sort de prison, son gang est affaibli et l’ami qu’il a failli tuer a été abandonné par le sien malgré les sacrifices qu’il a fait pour lui. Ce manque de principes révolte Goro. Lors de son séjour en prison, les moeurs des yakuzas ont bien changé ; ses méthodes et son sens de l’honneur ne sont plus au goût du jour. On retrouve ainsi l’un des thèmes chers à Sam Peckinpah : celui de l’impossible adaptation de certaines personnes aux nouvelles règles lors d’un changement d’ère.

Gangster VIP se rapproche du Cimetière de la morale par la noirceur du destin de ses héros. Mais si le héros de Fukasaku fascine par la folie et la rage blanche qui l’habitent, le destin de celui de Masuda nous affecte d’autant plus que le bonheur semble à portée de main. A l’image de La Horde Sauvage, où Pike et ses hommes ne se résignent pas à laisser Angel dans les mains du Général Mapache, même s’ils savent que cela signifie pour eux une mort certaine, Goro non plus ne laissera pas tomber ses amis. Il se sacrifiera pour rester fidèle à ses principes.

Même si ceux-ci sont typiquement japonais, au final ils conduisent le personnage joué par Watari à se comporter comme un héros de la tragédie classique occidentale. Confronté à une force qui le dépasse - le destin (ici sous la forme d’une pègre qu’il est seulement possible de quitter les pied devants) - il n’hésite pas à lui faire face même si la mort est au bout du chemin.

Le film de Masuda Toshio prend une dimension tragique supplémentaire car à l’image de la vision bouddhiste de l’existence, où la vie et la mort se succèdent dans un cycle infini (le samsara), ses personnages sont condamnés à subir toujours le même sort. A la relation entre Goro et son “frère” répond celle du jeune yakuza qu’il a pris sous son aile, et dont le frère de sang appartient au gang opposé. Comme une succession de vagues, ils viennent s’écraser sur une digue qu’ils ne parviennent pas à briser.

Dans Nikkatsu Action, il y a le mot action et ce film n’en manque pas. Masuda Toshio a contocté quelques scènes bien ficelées. En particulier celle où, après être venu seul au siège du gang adverse sauver un de ses "frères", Goro se voit contraint d’affronter une dizaine de sicaires armé d’une seule arme blanche. Moment d’anthologie, il se déchaîne comme un beau diable dans un décor de maisons en construction envahi par l’eau et la boue.

Gangster VIP a été présenté dans le cadre de la rétrospective "The World of Nikkatsu Action : No borders, No limits" lors du 7ème Far East Film Festival d’Udine.

aka Burai Yori Daikanbaku | Japon | 1968 | Un film de Masuda Toshio | Avec Watari Tetsuya, Matsubara Chieko, Kawachi Tamachio
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