Gantz

Kei se tient sur le quai du métro, récitant des formules toutes faites à l’intention de recruteurs potentiels, lorsqu’il croit reconnaitre à quelques pas de lui Kato, un ami d’enfance. Alors qu’un homme s’effondre sur les voies, Kato descend à sa rescousse, demande désespérément de l’aide lorsqu’il reconnaît à son tour Kei, qui ne bronche pas. Lorsqu’enfin ce dernier se décide à venir en aide à Kato, à bout de force sur les voies après avoir porté le malheureux hors de danger, il est trop tard ; Kei bascule et tous deux se font heurter de plein fouet par la rame qui entre en gare.

Kei et Kato reprennent pourtant connaissance dans un étrange deux pièces, occupé par une poignée de récents défunts, aussi perplexes qu’eux, et une singulière boule, noir et mate. Celle-ci ne tarde pas à leur adresser quelque message sur leur funeste condition, sa surface un écran hésitant, et dévoiler son contenu inattendu : des armes fantaisistes, ainsi que des valises, attribuées nominativement aux décédés, qui contiennent des tenues qu’ils sont invités à enfiler. Et au cœur de la sphère, un homme câblé, respire, inconscient, nu. Cette entité-sphère s’appellerait Gantz, et elle impose aux êtres en transit des missions chronométrées, qui les téléporte de part et d’autres de Tokyo affronter des entités extraterrestres plus ou moins farfelues, homme-poireau et statues animées. S’ils échouent, c’en est fini de l’entre-deux ; tandis que s’ils réussissent, ils reprennent leur vie, conviés à renouveler l’expérience au bon vouloir de Gantz, et ainsi cumuler, en fonction de leur intervention, de très utiles points d’expérience…

Bien que j’imagine désormais la lecture de la trentaine de tomes du manga à succès de Hiroya Oku comme très agréable, il faut bien avouer que découvrir sa première adaptation cinématographique sans rien connaître de son univers est du meilleur effet. Rythmé de façon volontairement langoureuse dès lors qu’il ne s’agit pas de faire exploser telle ou telle victime à l’écran, de façon à susciter l’interrogation du spectateur, Gantz, sous la direction de Shinsuke Sato (que l’on a peu vu derrière la caméra depuis son Shurayuki Hime avec Yumiko Shaku), est un manifeste surprenant, faux-film mais véritable introduction qui livre ses règles au compte-goutte, instaure une fantaisie minimaliste pour mieux nous assommer de ses fulgurances violentes, entre sérieux et humour, instables.

Difficile en effet de caractériser la tonalité de Gantz. La menace d’un extraterrestre poireau fait rire, puis suscite la gêne lorsque l’entité s’avère être une espèce d’enfant difforme, protecteur de son légume fétiche, dont on ne peut reconnaître la menace tant qu’il ne verse pas le sang de l’un des récents défunts. Son exécution possède un caractère amoral saisissant, puisque liée à l’enfance, et suscite l’apparition d’un adversaire de la même espèce, adulte et plus explicitement redoutable pour sa part. La scène qui s’en suit, véritable bain de sang, éloigne toute notion d’humour de la confrontation ; pourtant les mécanismes imaginés par Hiroya Oku garantissent un certain relief. Ainsi l’impulsion générée par les armes fournies par la sphère, livre-t-elle une explosion décalée dans le temps, de plusieurs secondes. Saisissant la première fois, ce décalage devient par la suite un délicieux outil de mise en scène, micro-anticipation sans cesse satisfaite, dans le gore ou la destruction spectaculaire, qui garantit à lui seule une pérennité de l’équilibre étonnant du film, entre poids et légèreté, plein d’étrangeté.

L’ingéniosité des mécaniques de Gantz tient par ailleurs dans l’empreinte de ce jeu faussement post-mortem sur la réalité, puisque les dégâts occasionnés par les affrontements sont bien réels, le théâtre d’opérations aucunement virtuel. Les pouvoirs conférés par les tenues offertes par la sphère ont de plus une portabilité hors des missions, et permettent d’esquisser la redéfinition de Kei, protecteur des innocents lorsqu’il était jeune, en véritable super-héros. Ces incursions débridées, pour divertissantes qu’elles soient, ne seront donc pas sans conséquences ; du moins peut-on l’imaginer car ce premier film ne les donne pas réellement à voir, la narration, comme les déflagrations, sujette à un certain report.

C’est là le reproche que l’on peut faire à Gantz. A force de mettre en place son univers intrigant et ses nombreuses dualités, le film ne raconte presque rien, si ce n’est l’avènement de Kei, et délaisse passablement ses protagonistes (Tomorowo Taguchi, notamment). Pour se donner une contenance, il se repose sur une fin ouverte et une mention « à suivre », reportant, on l’espère, la narration au second opus, Gantz : Perfect Answer, réalisé dans la foulée. La vision de celui-ci déterminera la pertinence des principes déployés par ce prologue, qui a au moins le mérite de faire la part belle à leur originalité, tout en étant diablement divertissant, à défaut d’être réellement consistant. Un véritable potentiel, somme toute.

Akatomy | 5.04.2012 | Japon

Gantz est sorti en DVD / Blu-ray chez Wild Side en septembre dernier.
Remerciements de mise à Benjamin Gaessler et Wild Side, en dépit du retard de cet article !

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