Garden State

Vouloir faire un film sur les jeunes, la vie qui est la leur et les problèmes qui vont avec, est sans doute l’un des sujets les plus rabattus qui soient dans l’histoire du cinéma de ces dix dernières années. C’est bien simple, on a l’impression que tout a été fait et refait dans tous les sens. De telle façon que, lorsqu’un petit miracle comme Garden State vous tombe sur le coin de la figure, la surprise n’en est que plus agréable.

Quoi qu’on en dise, faire son premier film et se permettre dès le début de sa carrière de réalisateur de réussir son projet sans y perdre son intégrité, ça peut énerver. Zach Braff fait clairement partie de ces petits génies, ceux qui énervent les masses par le talent sans ambages qu’ils déploient, mais aussi par le fait que, de par leur sincérité, ils touchent droit au but. Leur propos et l’histoire qui l’entoure fonctionnent à merveille... aaah, ils m’énervent ! Chronique du temps qui passe et de ce que les racines veulent dire dans notre propre existence, Garden State a de quoi en laisser froid certains au premier abord. Si ce fut le cas pour vous, je vous conseille direct d’aller au réparateur de sentiments le plus proche afin de lui demander un check-up complet. Si ce film ne vous touche pas, c’est simple : soit vous avez dépassé le contrôle technique des 20 000 depuis des millénaires et on se demande comment vous tenez encore debout, soit vous êtes le plus incroyable « blasé » de la Terre. Dans les deux cas y’a un problème. Car honnêtement, ne rien ressentir face à ce petit film est impossible. Les moments de grâce sont rares et quand l’un d’eux frappe à votre porte ne tardez pas à lui ouvrir, on ne sait jamais quand il repassera.

Au travers de ce premier film, Braff nous montre un personnage qui s’interroge ni plus ni moins sur les fondations de ce qu’il est. Ce qu’il est devenu l’est autant grâce à lui-même que grâce à ceux qui l’entourent. Tout homme ou femme puise sa force dans les relations qui l’unissent à ses parents, ses amis et sa terre. Les racines terrestres, amicales et filiales, sont les bases du chaos pour le personnage principal de ce film. C’est face à ce père si distant, avec lequel il n’a jamais su communiquer, cette ville dont il n’a eu de cesse que de fuir et ses amis lui semblant terriblement étrangers que Braff dresse le portrait d’une jeunesse réaliste et attachante. Son héros est humain, profondément vrai. On adhère à ses failles, et l’identification est d’une efficacité redoutable. Ce qui est en face de nous est un miroir déformant nous renvoyant à nous même ; les troubles que ce héros ressent sont universels. Le fait de voir un réalisateur capter aussi bien dès son premier film l’essence de sa génération, est rassurant pour son avenir cinématographique. Le meilleur est à venir et l’on n’attend qu’avec impatience la suite.

Mais comment parler de Garden State sans en évoquer la pièce maîtresse, celle qui rend l’expérience encore plus magique ; je veux bien sûr parler de Natalie Portman. Garden State malgré ses différents niveaux de lecture, reste quand même une comédie sentimentalo-romantique, et qui dit comédie romantique dit qu’il faut une femme capable de faire rêver les foules. Euh je crois bien que l’on parle de Natalie Portman ; loin de son rôle de potiche de luxe dans l’Episode 3, elle éclate ici et est absolument radieuse. Pendant féminin du héros qu’incarne Zach Braff, elle est une fille à qui la vie n’a pas non plus fait de cadeaux. Malgré tout, rien ne semble la démoraliser plus que cela, elle est le rayon de soleil du spectateur ainsi que du film. Son duo avec Braff fonctionne à 2 000% et donne des ailes à un film qui se tenait déjà bien droit sur ses jambes. D’une part ses dialogues se révèlent fin et ciselés exprès pour elle, et ses scènes à la fois drôles et émouvante sans jamais verser dans l’excès. A ce titre la scène d’enterrement du hamster est un petit bijou de sensibilité, tant elle en dit long sur les deux personnages et leurs fêlures, sans en faire des caisses pour arriver à un maximum d’effets.

Dès son premier film, Braff livre une sorte d’auto-psychanalyse au travers de son personnage. Cela avait tout du pari casse-gueule et pourtant il ne se crashe jamais. Son parcours est parfait du début à la fin, rempli d’une sensibilité dont peu de films du même style peuvent se targuer ; non y’a pas à dire, c’est du travail d’orfèvre. Vivement le prochain.

Marcus Burnett | 14.06.2005 | Hors-Asie

Sorti le 20 avril dernier, Garden State est toujours en salles, n’attendez plus !!!

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