Girls’ Night Out

Avant même les premières écumes de la "nouvelle vague coréenne", L’île et Fantasmes, la première mise en scène d’Im Sang-soo, Girls’ Night Out, a eu les honneurs d’une distribution dans les salles de l’Hexagone. Elle a même eu le droit à un titre dans la langue de Molière : « Le dîner des demoiselles », avant qu’il ne passe à la trappe.

Dès les premières images, Im Sang-soo cueille à froid le spectateur. Une charmante jeune femme explique à ses deux meilleures amies, accompagnées pour l’une d’entres elles par son ami, ses pratiques masturbatoires et le bien-être qu’elles lui procurent. Im Sang-soo filme sans complexe cette discussion sans tabou, dans le même esprit que les scènes de sexe, bien loin de l’esprit d’Hollywood.

Cette ouverture définit fort bien ce cinéaste qui n’hésite pas à s’attaquer frontalement à certains tabous de la société coréenne. Si ceux entourant le sexe, et plus largement la relation homme-femme, ont eu ses faveurs, « l’animal » s’est désormais attaqué à la politique. Critique sur son pays, le réalisateur n’est pas pour autant sentencieux et l’humour dont il fait souvent preuve renforce l’attrait de ses films.

Girls’ Night Out raconte la vie sentimentale et sexuelle de trois jeunes coréennes. Ho-Jung est une « executive woman », qui a réussi sa vie professionnelle et vit comme elle l’entend sa vie sexuelle. Yeon partage l’appartement de son amie et travaille comme serveuse dans un restaurant. Pour elle, la jouissance ne semble pouvoir se trouver que dans le mariage. La dernière, Soon, travaille dans un laboratoire et vit seule. Toujours vierge, elle libère ses frustrations en partant faire des excursions en montagne.

En présentant ces trois jeunes femmes insatisfaites occupant des situations différentes dans la société coréenne, Im Sang-soo montre que celle-ci ne leur accorde pas la place qui leur est due. La société coréenne est horrible, déclare Ho-jung après avoir été condamnée pour adultère et avoir croupi en prison ! Elle souhaite s’exiler en France pour ne rentrer en Corée que lorsque le pays sera libéré ! (Im Sang-soo aurait-il lui décidé de rester sur place et "résister" grâce à ses films ?)

Le mâle coréen n’est pas présenté à son avantage alors qu’il bénéficie de règles taillées sur mesure. Le compagnon de Yeon veut bien faire l’amour avec elle, mais quant à s’engager, pas question. Le collègue de travail de Soon lui fait des propositions, mais quand elle les acceptent il se dégonfle.

Comme toujours avec Im Sang-soo, si le style n’est pas sa préoccupation première, il n’oublie pourtant pas de nous offrir de belles séquences. Comme cette idée de filmer en surplomb la scène où Soon et Yeon réconfortent leur amie dans un lit. Cette image, reprise pour l’une des affiches du film, m’a trotté dans la tête pendant bien longtemps avant de pouvoir découvrir le film.

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