Give it All

Sur une plage de l’île de Shikoku, une bâtisse délabrée fait face à la mer. Trois hommes la visitent et constatent qu’après vingt ans d’abandon, le hangar à bâteaux est bon pour la destruction. Pourtant les planches ôtées des fenêtres par les intrus ont permis au soleil de venir poser un peu de lumière sur certains murs intérieurs oubliés. Sur l’un d’eux, une photo d’un groupe de jeunes filles devant un bateau ; il semble bien que ces murs aient une histoire à raconter...
1976. La jeune Etsuko Shinomura est assise sur une digue. Un bateau rentre dans le champ puis en ressort, sans perturber l’immobilité relative du plan. Puis Etsuko relève la tête, aperçoit l’embarcation. Une vision qui lui procure une impulsion soudaine de vie, l’amène à sauter du mur pour courir vers l’eau, et va changer le cours de sa morne existence.
Car Etsuko est une fille mélancolique. Arrivée semble-t-il par hasard dans le meilleur lycée de la ville de Matsuyama, l’adolescente s’ennuit, seule, délaissée par des parents qui idôlatrent sa grande soeur. Sans amis, elle ne semble même pas motivée par l’idée d’en avoir. Seule cette image du bateau déclenche chez elle une réaction, aussi Etsuko tente-t-elle de rejoindre l’équipe d’aviron de l’école. Malheureusement il n’y a pas d’équipe féminine. Etsuko ne se laisse pas abattre, et décide de réunir quatre filles supplémentaires afin de monter sa propre équipe...

En 1998, Give it All offre à la fantastique Rena Tanaka (Tokyo Marigold, Hatsukoi) son premier rôle au cinéma. Le film de Itsumichi Isomura possède une histoire très particulière : à l’origine sorti dans une unique salle indépendante au Japon, il a gravi les échelons de la reconnaissance pour obtenir près d’une quarantaine de prix, dont bon nombre pour la jeune actrice. Un succès mérité pour une oeuvre aussi simple que maîtrisée, honnête et touchante.

Give it All tourne presque intégralement autour du personnage d’Etsuko - "Etsune" pour ses coéquipières et amies. Troublante, la jeune fille ne semble jamais réussir à reproduire consciemment cette énergie que lui a procuré la vision du bateau au début du film, comme lestée par une espèce d’apathie - celle de toute une époque. En 1976, le Japon sort en effet d’une période mouvementée de manifestations estudiantines, et la nouvelle génération en place semble empreinte d’un nihilisme à toute épreuve. Pourtant l’étincelle est bien là, quelque part au fond d’Etsuko comme au fond des quatre filles qui l’accompagnent dans l’aventure.

Il en va de même pour chaque facette de la vie quotidienne de l’adolescente, ses relations avec les gens semblant être elles-aussi ralenties par une volonté d’immobilisme, paradoxale car explicitement contre-nature. L’attitude de la jeune fille est d’autant plus surprenante que la première image que l’on a d’elle est celle de ce bond énergique, de cette prise de décision soudaine d’aller de l’avant. Et pourtant, cette avancée à reculon n’est-elle pas, non seulement caractéristique d’une époque, mais aussi d’un âge de la vie ?
Livrée à elle-même, il revient à Etsuko de décider ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, de doser ses efforts et mesurer sa progression. Il en va de même pour les camarades qui l’accompagnent, notamment cette fille qui vit seule, sa mère étant décédée et son père toujours absent. Si l’envie de se battre pour quelque chose est bien là, elle est accompagnée d’une peur de mouvement, d’évolution, exprimée dans cette interrogation : "Nous avons 17 ans, et nous ne les aurons plus jamais. Qu’adviendra-t-il de nous à 20, 30 ou 40 ans ?". Entourées de gens qui refusent de les assister dans leurs décisions, se contentant pendant la majeure partie de l’histoire de les accompagner de loin, nos héroïnes parviennent, doucement mais sûrement, à rassembler toutes leurs forces pour atteindre un objectif sportif honorable : ne pas être les dernières. Un choix qui apparaît d’autant plus difficile qu’elles ne semblent avoir aucun ennemi identifiable à combattre, aucune motivation extérieure.

C’est justement là que réside tout l’intérêt de Give it All : Etsuko et ses amies apprennent par elles-mêmes la véritable siginification du sport. Une activité d’enrichissement personnel qui permet à chacun de s’impliquer à la fois pour soi et pour faire avancer les autres, sans aucune animosité ni esprit de combat - l’essentiel étant simplement de "tout donner". Une métaphore de l’adolescence et des orientations difficiles qui l’accompagnent, certes dans une période trouble, mais qui fonctionne plus que jamais aujourd’hui, dans un monde en mal de points de repères et de modèles auxquels s’identifier. Etsuko, d’apparence renfermée et apathique, porte en elle les graînes d’une compréhension étonnante de la vie, retranscrite avec beaucoup de sensibilité par Itsumichi Isomura.
Sans jamais juger ses personnages ou leurs motivations, le réalisateur nous offre un conte initiatique universel, sans violence autre que celle de la lutte contre soi, qui nous replonge dans la complexité merveilleuse du passage à l’âge adulte. Un retour en arrière bienvenu qui fait mystérieusement vibrer, sans la moindre manipulation décelable, chaque corde sensible du spectateur.

Akatomy | 24.11.2002 | Japon

Give it All est disponible en DVD japonais zone 2 NTSC, sous-titré en anglais, mais aussi en VCD HK chez Edko.
La copie de ce dernier est, pour une fois, d’excellente qualité, avec des sous-titres en anglais corrects, et une piste son stéréo très convenable.

aka Ganbatte ikimasshoi | Japon | 1998 | Un film de Itsumichi Isomura | Avec Rena Tanaka, Mami Shimizu, Wakana Aoi, Kirina Mano, Emu Hisazumi, Tomoko Nakajima, Ryoko Moriyama, Hakuryu, Yoshiki Arizono, Bengal, Daisuke Honda, Ren Osugi
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