Gojoe

Je ne sais pas si une grande proportion des visiteurs de ce site (en admettant qu’il y en ait) se reconnaîtra dans les lignes suivantes, mais il est fort probable que quelques uns d’entre vous sauront comprendre le phénomène qu’elles décrivent...
Lorsque l’on atteint un certain stade de dépendance à un type de cinéma, le besoin de voir des nouveaux films chaque semaine (voire, dans certaines périodes difficiles, chaque JOUR) devient presque maladif. Dans le cas du cinéma hong-kongais, ce n’est pas trop difficile : quasiment 100% des titres en VCD et/ou en DVD possèdent des sous-titres anglais, et le catalogues des œuvres disponibles ne risque pas de s’épuiser du jour au lendemain. En ce qui concerne le cinéma coréen (encore émergeant et bien loin des préoccupations actuelles, mais nous espérons bien y remédier), l’offre apparaît doucement mais régulièrement - et le phénomène est trop jeune pour que la dépendance ait vraiment eu le temps de s’installer. Mais il demeure - et je crois qu’il demeurera toujours - le problème du cinéma japonais. Pourtant, ce n’est pas faute d’ambassadeurs de tout temps reconnus et respectés : Kurosawa, Ozu, Mizoguchi, Oshima, Kitano... autant de noms qui ont toujours attiré leur lot de spectateurs en salles, et qui ont contribué à la survie du cinéma du Soleil Levant sur la scène internationale au fil des années. Nous, on est plutôt contents, parce qu’on les aime beaucoup, ces réalisateurs. Plus que ça, même. Mais qu’en est-il vraiment des Miike et des Ishii (Katsuhito & Sogo) aujourd’hui ??? Et c’est là que les choses se compliquent. Car le cinéma japonais a toujours connu une forme de vitalité, créative ou non.

Toujours est-il que, depuis quelques années - crises sociologiques incessantes obligent, le cinéma nippon est plus vivant que jamais. Et pourtant, seules les "bêtes de foire" telles que Tsukamoto (dont chaque film est, à mes yeux, un nouveau chef-d’œuvre, donc n’allez pas croire que j’essaye de le critiquer) arrivent à retenir l’attention des distributeurs, et par conséquent à sortir du ghetto des festivals parallèles. Mon but n’est pas ici de tenter d’expliquer cet état de fait (car, réellement, ça ne s’explique pas), mais juste de le rappeler à tout le monde. Dés lors, comment faire pour voir notre lot de Samehada, Fudoh, Wild Zero, Battle Royale et consorts ? Les éditeurs hong-kongais nous facilitent chaque mois un peu plus la tâche en intégrant régulièrement des titres japonais en DVDs sous-titrés anglais dans leur line-ups de sortie, mais ça ne nous suffit plus ! Alors, comme tout le monde en manque de fix, on en vient à vendre son corps pour acquérir des DVDs japonais à prix exorbitants (mais, croyez-moi, on s’habitue), guettant chaque édition sous-titrée comme autant de trésors. Mais celles-ci sont rares...
Et c’est donc maintenant, après un nombre démesuré de lignes d’intro (surtout pour un article destiné au web), que j’arrive au problème qui nous concerne. C’est tout simple : afin d’avoir une ration suffisante de nipponeries, on est obligé de faire fi de la compréhension linguistique et de se satisfaire d’une lecture plus ou moins superficielle (ça dépend du type de films) de films "à poil" - c’est-à-dire non sous-titrés. Il faut bien se résoudre à l’évidence, à défaut d’apprendre le japonais (ce que l’on essaye tous de faire), c’est le seul moyen de voir 90% de la production japonaise !
J’en entends déjà parmi vous qui crient au scandale, à l’excès, voire même à une certaine forme de folie teinté de bêtise. J’en entends aussi qui hurlent : "J’ai beau adorer le cinéma japonais, jamais je n’irais jusque là !". Et bien, croyez-moi si vous le voulez, mais je faisais moi-même partie de cette catégorie il y a encore moins longtemps que vous ne le pensez... Et puis Sogo Ishii est arrivé, accompagné de Tadanobu Asano, Daisuke Ryu - et d’une œuvre de commande unique : Gojoe.

Je ne vais pas vous parler de Sogo Ishii, car c’est moi-même un réalisateur que je connais plutôt mal, n’ayant même pas vu Le Labyrinthe des Rêves pendant son exploitation française. Et puis ce n’est pas mon but. Allons-y carrément, tout ce que que je veux, c’est vous parler d’une rencontre du cinéma et de l’émotion pure, à savoir de la naissance possible d’un véritable langage, entièrement cinématographique. Un langage dans lequel les mots, s’ils ne sont pas superflus, ne sont pas non plus indispensables. Un lieu rare où les dialogues, au même titre que le reste de la bande-son et aussi nombreux soient-ils, ne font que renforcer les mouvements du films. Tout au moins, c’est l’impression qui se dégage de la vision de Gojoe lorsqu’on l’aborde en full frontal : sans sous-titres (c’est-à-dire, de la seule façon possible aujourd’hui pour ceux qui, comme moi, l’ont raté au Festival de Bruxelles).
Bien sûr, connaître le contexte historique ainsi que certaines subtilités du synopsis peuvent aider à apprécier le film encore plus, mais tout ça ne change rien au ressenti qui s’installe au cours des 138 minutes de ce film de sabre visuellement hallucinant.
Du coup, tiens, je ne vais pas vous en dire beaucoup plus, juste assez pour tenter de vous convaincre de la validité de la démarche et vous laissez avec vos problèmes de conscience.
Benkei est un ancien tueur reconverti en moine pacifiste. A tel point d’ailleurs, qu’il a juré de ne plus jamais sortir son sabre de son fourreau. Mais, un beau jour, il se réveille avec certains stigmates qui l’incitent à affronter les démons du pont de Gojoe. Cependant, les démons s’avèrent être des hommes (bien que Shanao, leur chef, possède plus d’une caractéristique proche de la divinité), et la rechute de Benkei par conséquent non-fondée. Mais Shanao, en lutte totale contre tout type de religion, tient absolument à un duel avec l’homme de foi. Histoire d’ébranler les convictions de Benkei de façon définitive, et par la même occasion les planches du pont de Gojoe...
La grâce d’un Asano imberbe et méconnaissable au service de combats interminables au sabre (les plus beaux depuis de très longues années), la force et la colère communicatives de Daisuke Ryu au service de la Foi, l’ambiance musicale incroyable de Hiroyuki Onogwa au service de l’image, et surtout le talent de Sogo Ishii derrière la caméra... Le tout permettant de faire passer cette histoire uniquement par la force des images et des émotions qu’elles suscitent. A vous en faire vibrer la moelle épinière...
Mais je ne vous en dirais pas plus, car je sais que vous êtes en train de passer à un stade supérieur de dépendance. Peut-être que, vous aussi, vous devriez vous laisser tenter par l’expérience ? Qui sait, peut-être même au risque d’apprécier...

Akatomy | 31.05.2001 | Japon
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