Gokudô no Onnatachi - Akai Satsui

Tragédie nippone...

Yuuzô, chef tout puissant du Takasu-gumi, est assassiné. Son fils, Toshiyuki, est en voyage de noce avec son épouse Yuki lorsqu’il apprend la triste nouvelle. Le jeune homme, dont la vie était loin de l’univers corrompu de son père, décide malgré tout de lui succéder à la tête du clan, persuadé par Tadokoro, bras droit du défunt, et par respect pour Mizuhara, yakuza dévoué aujourd’hui derrière les barreaux, qui sauva le jeune homme ; l’honneur de la "famille" doit être sauf. Alors que le fraîchement promu parrain du clan se promène avec sa femme, il est assassiné sauvagement, en pleine rue. L’homme qui se cache derrière ces meurtres est l’un des cadres du clan : Nemoto. Après une longue convalescence, Yuki, persuadée de connaître l’identité du traître, se fait embaucher dans le "club privé" de Mariko, l’épouse de Nemoto. Son processus de vengeance peut alors commencer...

Gokudô no Onnatachi... derrière ce titre se cache une saga fleuve débutée en 1986 par le grand Hideo Gosha (Goyokin), qui compte à ce jour quatorze films, du long-métrage au direct to video. Le principal attrait de cette série aujourd’hui mythique, est de proposer au spectateur une vision du monde des yakuza à travers le regard des femmes de clans... Depuis 1986, les actrices personnifiant ces femmes du milieu sont l’immense Shima Iwashita (Shinjû - Ten no Amijima) -épouse de Masahiro Shinoda, Yukiyo Toake, Yoshiko Mita et...

aparté sanchesque
...alors vous allez me dire, pourquoi ne pas commencer par le premier Gokudô no Onnatachi, qui plus est réalisé par Hideo Gosha, un grand parmi les grands du cinéma nippon ? Aais c’est très simple amis lecteurs ! Qu’est ce qui peut bien être plus important qu’un réalisateur ou que l’ordre (chrono)logique d’une série ? une actrice... aïe ! Reiko Takashima, infiniment belle, talentueuse, élégante, sublime, parfaite... bref, une considération purement fétichiste de fan absolu totalement dénuée de fondement, mais bon, on ne se refait pas !

Tétralogie Gokudô no Onnatachi de l’ère Takashima - Acte I

Plongée vertigineuse dans le V-Cinema, cet Akai Satsui est à mille lieues de bon nombre de productions nippones réservées à l’unique marché de la vidéo, par son rythme, sa mise en scène, ses comédiens, sa musique... Ikuo Sekimoto voit ici sa deuxième incursion dans le monde des femmes du milieu, puisque quatre ans auparavant il réalise Shin Gokudô no Onnatachi - Akai Kizuna, huitième film de la série avec Shima Iwashita dans lequel il reprend tous les ingrédients nécessaires à la bonne tenue générale, et se familiarise ainsi avec cet univers où les femmes sont au pouvoir. Akai Satsui, nouveau départ pour la série, puisqu’il voit renaître le titre Gokudô no Onnatachi débarrassé du "Shin" apparu en 1991, marque donc une ère nouvelle cinématographique pour la société du crime nippone...

Yuki a tout de l’héroïne tragique idéale ; belle, dévouée, prête à tout par amour, elle va voir son personnage évoluer de manière drastique, tant psychologiquement que physiquement, tout au long de ce premier acte aux allures de descente aux enfers. Véritable introduction dans la plus pure tradition littéraire, voire théâtrale, Akai Satsui se démarque donc de le plupart des productions de V-Cinema tant son rythme prend le temps, intelligemment, de tout mettre en place, posant les bases d’une tétralogie... Les visuels du films peuvent paraître quelque peu trompeurs, car l’évolution, pour ne pas dire la transformation de notre jeune femme récemment mariée en implacable Femme de pouvoir ne va pas se faire en un clin d’œil, et il faudra au spectateur attendre les dix dernières minutes pour voir notre jeune veuve devenir une femme muée par la vengeance...

...ce virement psychologique va se matérialiser en un tatouage, Fudoumyouou [1] ; lorsque Toshiyuki décide de reprendre la tête du clan, son épouse découvre qu’il vient de se faire tatouer la divinité qui combat les esprits maléfiques et conduit vers la voie du bouddhisme... La mort devient le quotidien du clan, et un nouveau meurtre est commis... Tadokoro, l’un des plus vaillants hommes du Takasu-gumi est assassiné à son tour par un traître. Les femmes du clan, révoltées, sombrent à leur tour dans les disputes et l’engrenage dans la violence... Yuki, décidée à venger la mort de son mari, et la veuve de Tadakoro, vont prendre l’initiative de leur vengeance avec détermination, sans en demander l’avis à personne, portées par le désespoir de leurs deux amours perdus... Yuki s’est fait tatouer Foudoumyouou dans le dos, elle est prête, et sait qu’aucun retour en arrière n’est désormais possible.

...la mise en scène d’Ikuo Sekimoto, très théâtrale, utilise notamment la musique comme un élément essentiel de sa réalisation ; quant au rythme qu’il insuffle à son film, lent et posé, il permet à chaque personnage d’exister... Véritable tragédie moderne, en même temps qu’un pavé dans la mare d’un Genre cinématographique d’une misogynie à toute épreuve -les femmes prennent le pouvoir de décision -, Akai Satsui pose adroitement les bases d’une saga du crime féminine, grâce à des personnages loin des caricatures et des conventions... Emmené par un duo de choc et de charme -le tandem Takashima/Katase est exceptionnel -, Akai Satsui redonne une nouvelle vision du film de yakuza, en y ajoutant l’émotion et la beauté...

Addendum du 26.03.2005 : un cinquième épisode (Gokudô no Onnatachi - Jôen) vient de voir le jour au Japon, avec la sculpturale Aya Sugimoto aux côtés de la magnifique Reiko Takashima...

Kuro | 5.10.2004 | Japon

Existe en VHS (NTSC) chez Tôei Video au Japon.

[1Fudoumyouou, divinité à l’allure fière, tenant une épée dans la main droite, et une corde dans la gauche, combat les démons et sert de guide vers le bouddhisme.

aka Gokudou no Onnatachi - Akai Satsui | Japon | 1999 | Un film de Ikuo Sekimoto | Avec Reiko Takashima, Rino Katase, Hironobu Nomura, Toshiyuki Nagashima, Akira Nakao, Yumiko Nogawa, Kazumi Moroboshi, Akira Nagoya, Sayoko Ninomiya, Naomasa Musaka, Arata Furuta, Keiko Umino, Wakaba Nakano, Katsuo Tokashiki, Binpachi Itou, Takayuki Godai, Youdai Ishiyama, Hideo Sako
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