Gonin

Tenter de faire une critique de Gonin n’est pas une chose aisée pour moi ; c’est un peu comme si je devais expliquer pourquoi j’aime mes parents... cela va de soi. Un petit rappel historique des faits me semble nécessaire...

...1994, amoureux fou du Japon et avide de découvertes cinématographiques venant d’Asie et plus particulièrement du pays du soleil levant, je découvre grâce à l’éditeur anglais ICA Project coup sur coup trois films d’un dénommé Takeshi Kitano, Violent Cop, Sonatine et un certain Boiling Point. Je ne savais pas encore que ma vie cinéphilique allait prendre un virage à 45° et me faire passer dans une dimension dont je ne suis toujours pas ressorti à l’heure où j’écris ces lignes... Bien évidemment, je me prend trois baffes en pleine tronche ! Je décide donc de trouver tout ce que je peux touchant de près ou de loin à cet étrange énergumène au visage impassible. Ma quête sera vite récompensée, car un petit fast-food japonais parisien que je fréquente régulièrement décide de se mettre à la location de cassettes videos... quelle aubaine ! Ma connaissance des deux syllabaires de base me permet de décrypter le fameux ’Beat’ Takeshi sur un grand nombre de cassettes, que je loue toutes sans exceptions. La plupart de ces VHS contiennent des émissions débilo-scatos ou débats de société provenant de la télé nippone, un étrange ovni répondant au nom de Minna Yatteruka !, ou encore une série policière... je m’en abreuve jusqu’à plus soif. Puis un jour de 1995, dans les étagères Eiga ("Films"), je vois le fameux nom de mon nouveau héros sur la tranche d’une cassette dont le titre se résume en cinq lettres : Gonin...

Cinq hommes. Bandai (Koichi Sato), jeune patron de boîte de nuit endetté. Ogiwara (Naoto Takenaka), salaryman fraîchement licencié et psychologiquement au bout du rouleau. Hizu (Jinpachi Nezu), un ex-flic devenu toxicomane. Mitsuya (Masahiro Motoki), un étrange gigolo plus ou moins gay. Jimmy (Kippei Shiina), proxénète amoché et amoureux d’une prostituée Thaïlandaise... Ces cinq personnages ont un point commun : ils sont en "mauvais termes" avec un clan de Yakuza, les Ogoshi. Ils décident alors de s’associer afin de dérober l’argent se trouvant dans le coffre du gang. Le hold-up réussit, mais les mafieux ne l’entendent pas de cette oreille et engagent deux tueurs homos (Takeshi et Kazuya Kimura) afin d’éliminer les voleurs, quitte à supprimer tout leur entourage...

Gonin est un film que je n’ai vu sous-titré en anglais que trois ou quatre ans après mon premier visionnage ; premier visionnage car il fait partie (pour moi en tous cas) de ces films que l’on ne se lasse pas de voir et de revoir, y compris sans sous-titres, la force et la beauté de ses images se suffisant à elles-mêmes... Mais c’est le propre de toute l’œuvre d’Ishii...

Polar extrêmement noir, Gonin est une œuvre à part dans la filmographie de Takashi Ishii, puisqu’il est le seul film exclusivement masculin de son auteur. Hormis l’ "histoire d’amour" entre Jimmy et la jeune prostituée Thaï, c’est l’homosexualité qui domine dans ce film, y compris à un niveau platonique, comme le prouve la relation entre Bandai et Mitsuya plutôt trouble avant que la mort ne vienne à leur rencontre. Chez Ishii l’amour est forcément lié à la mort, sans exception. Il joue sur les ambiguïtés de ses personnages, peut-être de manière plus outrancière qu’à l’accoutumé par exemple avec le personnage interprété par l’excellent Masahiro Motoki, qui joue de son côté androgyne d’un bout à l’autre du film...

Bon de toutes façons, je ne vais pas commencer ici une analyse filmique détaillée plan par plan de Gonin, d’autres étant certainement plus qualifiés que moi pour le faire... et oui, j’en reviens à ce que je vous disais en préambule de cet article, j’aime intensément Gonin (et tous les autres films d’Ishii d’ailleurs) et tenter de l’analyser me semble être une chose vaine ; primo parce que je n’en éprouve pas l’envie (ni le besoin), secundo parce que ce film me prend aux tripes et pas la tête ! De toutes façons, Ishii est un cinéaste des guts... Alors que pourrais-je vous dire de plus, si tant est que vous lisiez toujours cet article du néant, pour vous convaincre de voir Gonin, polar désespéré et sans concessions, tragique au plus haut degré... bah c’est sombre comme peu de polars le sont, beau, filmé de mains de maître et interprété par une cohorte d’acteurs immensément talentueux, c’est tout ! Et je l’aime ce film ! et vive Ishii ! et vive le Japon ! et vive le cinéma ! et vive Miike tiens ! et vive l’Asie !... y viva Sancho !!!

Kuro | 29.08.2001 | Japon, Etrange Festival 2001

Alors, comme j’aime Gonin, je vous déconseille fortement l’hideux DVD Hong-kongais paru chez le tristement célèbre (de par la piètre qualité de ses produits) éditeur Ocean Shore qui ne vaut guère mieux que son petit frère VCD, qui finalement vaut plus le coup... Bon ça c’est histoire de voir le film sous-titré.

Sinon, il existe au Japon un magnifique LaserDisc, paru chez le très consciencieux Image Factory, de la Director’s Cut agrémentée de 10 minutes supplémentaires*. Le film y est présenté au format (1:1:85) et possède un encodage AC-3, l’ancienne appellation du 5.1. L’image est tout simplement magnifique et le son énorme... un très bel objet dont voici la référence : IFJL-005 (6800 Y sans les taxes).

Pour finir dans les produits dérivés, il existe également le CD de la musique composée par Goro Yasukawa, sorti chez Columbia (réf. COCY-78771) qui coûte aux environs de 2500Y.

* Au départ véritable Director’s cut, mais Ishii, après visionnage de la mouture la plus courte, décida qu’il n’était pas nécessaire de rajouter les 10 minutes... cette Director’s cut est donc plus une marketing’s cut...

Japon | 1995 | Un film de Takashi Ishii | Avec Koichi Sato, Masahiro Motoki, Jinpachi Nezu, Naoto Takenaka, Kippei Shiina, ’Beat’ Takeshi, Kazuya Kimura, Megumi Yokoyama, Shingo Tsurumi, Daisuke Iijima, Kanji Tsuda, Eiko Nagashima, Toshiyuki Nagashima
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
The Bodyguard
Three Times
Campaign 2
Prière pour un tueur
Ploy
A.V.
Dark Forest
Erotibot
Protégé
Cho Eun-sook
La Vengeance est à moi
Claws of Steel
Kabhi Khushi Kabhie Gham
Confession of Pain
A Touch of Sin
With a Girl of Black Soil
Gimme Gimme
The Flower Girl
Bend It Like Beckham
Iden & Tity
The Death Curse
Beast Detective
Confessions
Spanking the Monkey
La femme aux seins percés