Guns & Talks

Un bon tueur à gages est solitaire, concentré. Habituellement froid, il ne doit pas laisser les sentiments prendre le pas sur sa mission. Il est réservé et laisse parler plus volontiers la poudre que sa langue... Un bon conseil, oubliez tout ça. N’en déplaise à Léon ou Desperado, dans Guns & Talks, comme le titre l’indique, il y a les flingues, mais aussi la parlotte. Cette ambivalence est présente tout au long de l’histoire, faisant osciller le film entre action et comédie, sitcom et violence. Le pari était risqué, puisque même si la formule a fait ses preuves (on pense au Flic de Beverly Hills ou à Snatch), rares sont les films d’action qui se permettent un tel appui narratif via une omniprésente voix off.

Nous est racontée ici l’histoire de 4 jeunes amis, tout juste sortis de l’adolescence, et dont le but dans la vie est de terminer celle des autres. Plus ou moins doués, ils se répartissent les contrats et préparent ensemble les grosses opérations. Evidemment, rien ne se passe comme prévu pour notre petite équipe de tarés qui attirent rapidement l’attention d’un flic tenace qui vient chambouler leur vie quotidienne. Tantôt losers, tantôt impressionnants mais toujours barrés, ils sont tout à l’image du film et de sa dualité action/comédie - ou réussite/échec.

Trois éléments garantissent définitivement le succès et l’efficacité du film :

Le scénario, d’abord, qui sous couvert d’une banalité et d’une invraisemblance travaillées, se révèle astucieux au terme d’un final diabolique. On connaît pourtant nombre de films récents qui tombent courts malgré un final époustouflant. Ici, c’est la qualité des dialogues qui tient le spectateur en haleine et l’amène, parfois malgré lui, jusqu’au dénouement. Cinglants, drôles et parfois absurdes, ils donnent réellement vie à des personnages qui ne se résument plus aux clichés habituels.

Des protagonistes campés par de jeunes acteurs prometteurs qui semblent prendre un plaisir fou à tourner. Un bonheur réellement communicatif à travers toute une galerie d’émotions dictées par le script et exécutées de "gueule de maître" par ces quatre comédiens au look ravageur. Même si l’on retiendra particulièrement la performance de Ah Kyun Shin, déjà remarqué dans JSA et dont la veine comique se révèle ici pleinement, leur alchimie crève l’écran. Elle constitue un des moteurs de l’histoire et en renforce l’impact auprès du public.

Le plus impressionnant dans ce film, ce qui constitue son originalité, c’est la totale adéquation du fond et de la forme. Ne zappez pas, je m’explique... Le thème principal du film, c’est le baratin. C’est visible dans le scénario qui, par l’incohérence ou la parodie, nous mène en bateau jusqu’au twist final, semant ça et là des culs-de-sac comme autant de pistes secondaires. C’est également flagrant à travers le choix narratif, cette voix off si subjective (celle de l’un des héros, de plus particulièrement émotif) qui joue avec la trame, et donc avec nous. C’est enfin indéniable dans le traitement cinématographique qui multiplie les points de vue (split-screen, jusqu’à 3 par écran) et la mise en images de "on-dits". Cela engendre un décalage permanent entre visuel et dialogues pour des héros qui passent leur temps à se mentir ou taire leur secrets. Plus encore, la réutilisation de trucages célèbres pour augmenter (parfois lourdement) le crédit du film (bullet-time, filtres de couleur, ralentis tape-à-l’œil) fait l’effet d’un vernis factice appliqué sur l’histoire pour en faire gober au spectateur toutes ses vérités. Quant à la bande sonore, extrêmement présente via un mixage tonitruant, elle est à l’image du reste, mêlant ambiance sixties, hard rock et synthétique. Tout est trop, trop parodique, trop stéréotypé, trop absurde, trop léché, trop GROS.

On nous bluffe, on nous trompe, on nous baratine... Et de temps en temps, lorsque c’est aussi manifestement assumé, c’est le pied !

David Decloux | 1er.07.2002 | Corée du Sud

Splendide édition all zone coréenne (j’en ai marre de me répéter, mais ils sont trop fort ces coréens, y’a qu’à voir la coupe du monde) sortie chez Metro DVD. Image parfaite, son Dolby Digital 5.1 éclatant, et une floppée de suppléments, malheureusement non sous-titrés. On pourra quand même essayer les scènes coupées et les music videos. Quoiqu’il en soit, la seule édition disponible, en attendant une improbable sortie française à l’horizon 2007...

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