Gusher No Binds Me

Difficile de faire plus japonais que Gusher No Binds Me dans le style film indépendant à tendance cool au budget limité (rien que le titre, tout un programme). Même si Gusher No Binds Me ne présente quasiment aucune originalité, il reste qu’il est doté d’une certaine sincérité et énergie, et annonce un réalisateur à suivre de près.

Dans une sorte de Japon utopique qui ressemble presque comme deux gouttes d’eau à l’univers de Brazil, la population vit dans une gigantesque tour où la lumière du jour est inexistante et où chaque niveau est dédié à une activité (résidences, magasins, administration...). Le réseau de transport en commun est un réseau d’ascenseurs et les gens vivent sous la surveillance du Surveillance Bureau, justement, une entité policière bureaucratique et totalitaire. Un jour, Luchino, une lycéenne, provoque un énorme incendie en jetant son mégot de cigarette (fumer est interdit). Mais avant que l’incendie ne débute, elle est montée dans un ascenseur qui outre un professeur, un jeune homme silencieux, une mère de famille et la conductrice de l’ascenseur, se voit bientôt complété par deux dangereux prisonniers et leur gardien. Mais l’incendie provoque le blocage de l’ascenseur et la libération des deux détenus. Le carnage commence...

Huis clos qui emprunte presque tout à Brazil (esthétique, technologie, univers bureaucratique et autoritaire, monde pollué, codifié et sombre), Gusher No Binds Me va également loucher vers le gore et le fantastique, même si là aussi, il doit beaucoup à au film de Terry Gilliam. Ainsi, l’allure et l’attitude même des prisonniers ne sont pas sans rappeler les masques effrayants de ce film. Gusher No Binds Me décrit initialement un Japon caricatural, une version à la fois dantesque et futuriste. L’héroïne est une lycéenne un peu rebelle, on y croise un jeune homme à la limite de l’autisme avec son casque vissé sur les oreilles, un professeur obnubilé par sa carrière et l’argent, une mère de famille prête à tout pour de l’argent, des salarymen qui poussent jusqu’à l’absurde le conformisme, une jeune fille et son robot-jouet à cerveau humain... Bref, on retrouve dans Gusher No Binds Me le Japon contemporain mais dont les traits sont forcés. Une sorte de monde parallèle, ou de Japon cauchemardé, où la technologie a évolué différemment et où l’on parle un peu à la Orange Mécanique.

Ensuite, le film vire au huis clos violent mais extrêmement classique, non dénué de certaines longueurs et au déroulement linéaire assez prévisible, même si Hiroki Yamaguchi tente un revirement qui lui non plus ne surprend finalement guère, sans pour autant être totalement inintéressant.

Sur la forme, on nage dans une ambiance glauque aux tons verts et jaunes des lumières artificielles et une humidité souterraine (merci Jean-Pierre Jeunet). Pour relancer le rythme, Hiroki Yamaguchi s’offre quelques scènes au ralenti ou des arrêts sur image à la Matrix, ainsi que des scènes à l’allure de film à la pellicule abîmée lorsque Luchino utilise ses capacités télépathiques (certainement pour la touche de fantastique).

Quitte à être franc, mieux vaut regarder à nouveau Brazil plutôt que cette pâle copie nippone qui n’offre rien de nouveau ni de mieux. Certes, on peut trouver cool une héroïne en costume de lycéenne japonaise, mais on pourra alors se tourner vers d’autres films japonais (ce n’est pas ça qui manque) nettement plus intéressants que ce très vite oublié Gusher No Binds Me. On espère cependant que ce ne sera pas le cas de Hiroki Yamaguchi qui, bien que signant là un film bourré d’erreurs de jeunesse et trop sous influence, laisse transparaître un indéniable talent (surtout avec un budget visiblement limité). Un nom à retenir donc.

Zeni | 4.09.2004 | Japon

Gusher No Binds Me est sorti sur les écrans japonais le 28 février 2004.

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