Gyeongju

Hyeon (Park Hae-il), professeur à l’université de Pekin, s’en revient en Corée du Sud après des années d’absence, pour assister aux funérailles de l’un de ses anciens collègues. Mu par la nostalgie, il décide de refaire un périple dans l’ancienne capitale du royaume de Silla, Gyeongju, sur les traces d’un singulier dessin à connotation pornographique qu’il avait découvert avec le défunt, sur les murs d’un salon de thé. Celui-ci a changé de propriétaire, mais Hyeon ne cesse d’interroger la belle Yoon-hee (Shin Min-a) sur l’illustration qui n’orne plus les murs de son commerce. D’abord persuadée d’avoir à faire à un pervers, au point d’appeler une amie à l’aide, Yoon-hee se prend d’affection pour Hyeon, et décide de l’inviter à se joindre à une sortie avec ses amis...

Il n’est pas étonnant que le personnage de Hyeon paraisse d’emblée déraciné, excentré dans ce retour à ses origines : le réalisateur Zhang Lu (Desert Dream, La Rivière Tumen), lui même traversé du trouble identitaire de la minorité coréenne dont il est issu, le long de la frontière entre la Chine et la Corée du Nord, y projette sa propre réalité. Le dessin érotique qui sert de fil partiellement conducteur à son dernier film en date, est d’ailleurs lui aussi tiré de l’expérience personnelle du réalisateur, en voyage à Gyeongju.

Réussite discrète de la dernière édition du Festival des 3 Continents, Gyeongju est un film hybride, à cheval entre la tristesse et la joie de rencontres opportunes, de celles qui pourraient faire basculer un homme dans une certaine infidélité, le temps d’une fragilité qui jamais ne s’affirme en rupture. Un potentiel de vie qui s’équilibre parfaitement avec le spectre de la mort, qui justifie l’existence de Gyeongju, le film, et qui le traverse tout entier. A l’image de Gyeongju, la ville, où les tombes royales de Silla, monticules du « parc des tumulus », l’extériorisent de façon magnifique, lieu interdit de jeu et recueillement. Mais la mort se trouve aussi dans le passé de Yoon-hee (magnifique Shin Min-a), s’avère définir cette jeune femme, qui de diaphane, gracieuse, deviendrait presque spectre elle-même, sa matérialité conditionnée, le temps d’une nuit, au flottement de sa relation éphémère avec Hyeon.

Des partenaires potentielles, Hyeon en croise plusieurs le temps de son errance, d’une ex qui porte encore la douleur de leur séparation, à une jeune employée de l’office de tourisme local, exubérante et victime d’un coup de foudre. Hyeon traverse ces potentiels comme s’il était lui-même spectateur d’une rêverie qui, dans ses derniers instants, lorgne vers un certain fantastique, suggérant à mi-mot que les souvenirs s’y confondent, les époques s’y mélangent, les morts et les vivants aussi.

Gyeongju est peut-être un peu long, et semble suggérer que derrière chaque être - ou du moins chaque coréen, tant ils sont friands du genre - se cache un mélodrame ; pourtant le film ne sombre jamais dans le pathos en dépit d’un certain alourdissement dans sa seconde moitié, et finit par se définir dans cet étirement où il fait bon se perdre, où les rencontres féminines sont si belles, où la grâce s’étale dans la simplicité d’une maison de thé. Même les ombres de la mort, de la rupture et de l’infidélité ne parviennent à ternir l’apaisement qui porte cette parenthèse hors du temps.

Gyeongju a été présenté au cours du 36e Festival des 3 Continents (2014), dans le cadre de la Compétition Officielle.

Corée du Sud | 2014 | Un film de Zhang Lu | Avec Park Hae-il, Shin Min-a, Yoon Jin-seo
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