Han Gong-ju

Prix du public, prix de la critique, prix du jury… Si le palmarès du festival de Deauville n’a pas toujours été incontestable, l’avalanche de prix récoltés par le premier long métrage du tout jeune Lee Su-jin impressionne. S’attaquant à un sujet délicat, polémique dans son pays d’origine, le réalisateur met en images son propre scénario et livre une œuvre maîtrisée en tous points. Se jouant du spectateur comme il le fait de ses personnages, tirant le meilleur d’acteurs admirables, il réussit le tour de force de transmettre à la salle l’émotion ressentie à l’écran. Du cinéma à vivre dont on ne sort pas indemne…

Suite à un drame, Han Gong-ju doit changer d’école et de vie. Hébergée par la mère d’un ancien professeur, Mme Lee, elle tente de se reconstruire, tout en préservant jalousement vie privée et relatif anonymat. Jusqu’à ce qu’Eun-hee s’intéresse à elle, et à sa voix magnifique …

Han Gong-ju frappe avant tout par sa structure narrative, qui inclut de nombreux flashbacks. Ils se distinguent par leur discrétion, se fondent dans le présent de manière presque invisible, témoins de l’hésitation permanente de l’héroïne entre un passé, qu’elle ressasse, et le futur, qu’elle appréhende. Su-jin Lee utilise des personnages ou des objets « passeurs », qui identifient le temps montré et facilitent le repérage d’un spectateur inévitablement déstabilisé. Perturbé également par la manière dont ce drame, qui conditionne la vie et les choix de Han Gong-ju, se dévoile, indices après indices, tout au long du film. Piégé par ce jeu de piste temporel, mené de main de maître par le réalisateur-scénariste, le spectateur ressent le conflit intérieur de la jeune fille, partage ses doutes. Elle ne connaît pas son avenir et en a peur. On ne connait pas son passé, mais on redoute de le découvrir… A l’écran, les deux sont presque indissociables, ce qui rend d’autant plus vaines toutes les tentatives d’Han Gong-Ju pour aller de l’avant. Désespérant, mais tellement touchant.

Cette absence d’espoir, en filigrane tout au long du film, est difficilement acceptable pour nous, spectateurs occidentaux. Il est évident que Han Gong-ju est une critique très aiguë du système médiatique, juridique et policier dans sa manière de considérer les victimes. Corruption, dénigrement, silence… L’absence de courage, montrée par tous les protagonistes dans des situations variées, est exacerbée par le scénario, qui porte un jugement sans concession sur la société sud-coréenne dans son ensemble. Les smartphones et les nouveaux médias sont également pointés du doigt comme un vecteur d’image devenu incontrôlable, en dépit de toutes les précautions prises. Ce tourbillon médiatique entraîne l’héroïne comme il entraîne le spectateur, là encore via la structure cyclique (cyclonique ?) du long-métrage, parfaitement maîtrisée.

Difficile en effet de croire à un premier film, tant l’œuvre est cohérente, dans sa narration, sa réalisation et sa direction d’acteurs. Chun Woo-hee est une Hang Gong-ju magnifique, au sens propre comme au figuré. Son personnage, avare de paroles, lui offre l’opportunité d’exprimer tout son talent. Son visage est tour à tour fermé, triste, crispé, souvent. Épanoui, rarement, lorsqu’elle chante. Il reflète parfaitement la lutte intérieure permanente qui se joue en elle entre l’écolière ingénue qu’elle aspire à être et l’adulte forcée que les circonstances dramatiques ont créée. La réalisation sobre et lumineuse de Lee Su-jin renforce également, par contraste, la noirceur du propos. Il filme un Séoul accablé de chaleur, bénéficiant de la clarté laiteuse des ciels d’été orageux. Principalement pudique, par utilisation du hors-champ, il parsème toutefois son film de symboles forts (un masque de gorille, des ecchymoses, un chiffre, un changement de tonalité musicale) pour souligner certaines scènes, distiller des indices, susciter la compréhension chez le spectateur et bien souvent, le trouble ou le dégoût. C’est subtile, sensible, presque féminin, jusque dans l’affection que la caméra montre pour Han Gong-ju, Mme Lee et Eun-hee. Et puis il y a cette obsession pour la natation de la part d’une Hang Gong-ju débutante, que le réalisateur met à profit une fois encore pour imager la notion de combat et de survie mais qui prend tout son sens à la fin, bouleversante, du film.

Captivant d’un bout à l’autre grâce à une narration maitrisée et un scénario bien rythmé, Han Gong-ju est une vraie réussite. En coréen, le titre et le prénom signifient « une princesse ». Par cette allégorie fabuleuse - la princesse contre les gorilles - et une fin elliptique, Su-jin Lee semble poser cette question : « est-ce vraiment arrivé ? ». Il le fait de belle manière et le spectateur d’hésiter : Accablant ? Magnifique. Terrifiant ? Bouleversant. Désespérant ? Assurément. Mais la maturité précoce du jeune réalisateur coréen est, elle, porteuse de d’espoir…

Présenté en compétition au cours de la 16ème édition du Festival du film asiatique de Deauville (2014), Han Gong-ju y a glané le prix du public, celui de la critique internationale ainsi que le prix du jury. Il sortira en fin d’année sur les écrans français sous le titre A Cappella.

aka A Cappella – 한공주 | Corée du Sud | 2013 | Un film de Lee Su-jin | Avec Chun Woo-hee, Jung In-sun, Kim So-young, Lee Young-lan
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