He Got Game

Jack Shuttlesworth joue au basket dans la cour du pénitencier d’Attica, lorsqu’il est appelé dans le bureau du directeur. Celui-ci, secondé par le gouverneur de l’Etat, lui propose un deal : convaincre son fils, joueur de basket talentueux et courtisé par toutes les universités du pays, d’intégrer l’université de Big State, "modeste" établissement. En échange de ce "service", Jack verra sa peine raccourcie. D’abord réticent, Jack accepte sans vraiment croire d’une part, en la promesse du gouverneur et surtout d’autre part car il reste persuadé que son fils ne l’écoutera pas. De plus, il n’a qu’une semaine pour remplir cette délicate "mission".

Dès sa sortie, il est logé dans un immeuble du vieux Brooklyn - le Brooklyn qu’il connaît, qu’il a toujours connu. Là il fait connaissance de Dakota, sa voisine de pallier, accessoirement prostituée et battue par son souteneur. Ce n’est que peu de temps après qu’il retrouve sa fille Mary, âgée de 14 ans. Malheureusement au moment des retrouvailles, son fils Jesus rentre plus tôt que prévu et congédie son père. Les réticences de Jack étaient justifiées car Jesus a toutes les raisons du monde d’en vouloir à son père.

En effet, la vie de Jesus Shuttlesworth n’a pas toujours été rose. Une série de flashbacks nous montre de quelle façon Jack traitait son fils ; la pression qu’il exerçait en permanence sur lui, toujours sur son dos. C’est d’ailleurs suite à un entraînement musclé que le drame arriva. Une fois de plus Jack pousse son fils à bout (moralement et physiquement) et en plein 1 contre 1, Jack bouscule violemment Jesus qui quitte le terrain en criant qu’il ne touchera plus jamais un ballon de sa vie, que son père est parvenu à le dégoûter du basket. Plus tard dans la soirée, Jack s’en prend encore à son fils, qui ne doit son salut qu’à l’interposition de sa mère... interposition qui lui coûtera la vie !! C’est la principale raison qui poussera Jesus à agir de cette façon.

Jack est accusé du meurtre de sa femme, et se voit condamner à plusieurs décennies d’incarcération.

Comprenez qu’aux USA le basket est le sport vedette, devant le base-ball et le football américain. Aucun autre sport ne génère autant d’argent. Dès le collège, les joueurs les plus talentueux sont draftés par les meilleures équipes de la NBA qui cherchent à leur mettre le grappin dessus. Soit, dans le meilleur des cas, pour leur faire signer un contrat les engageant à signer pour leur team après l’Université ; soit, et ça c’est beaucoup trop souvent arrivé à mon goût, pour les faire passer professionnel dès la fin du Collège. C’est dans cette position que se trouve Jesus Shuttlesworth. Il peut choisir n’importe qu’elle université, devenir pro ; en un mot prendre la plus importante décision de sa vie.

S’occuper de sa sœur, s’entraîner dur, ne pas succomber aux tentations qui jonchent son parcours de surdoué, veiller à ce que son oncle n’approche plus sa sœur, assurer ses arrières en se méfiant de sa propre petite amie, gérer le retour de son père et la mort de sa mère... Tout ceci représente son quotidien, un quotidien bien trop lourd pour un adolescent de son âge. Mais ce qui est quoi qu’il en soit un traumatisme d’enfance certain, s’amenuise du fait de son extraordinaire maturité sur le terrain et dans la vie. Tous les plus grands entraîneurs de la NBA et les plus grands joueurs le disent dans un déluge de caméos incroyablement complet : Barkley, Pippen, O’Neal (mouais !!), Miller et - clin d’œil ultime - His Highness Michael.

Quand Spike Lee ne se pose pas en défenseur des opprimés de couleur, il fait du cinéma, du vrai. Grand fan de basket et par dessus tout des Knicks de New-York, Spike Lee loves this Game ! Mais il est avant tout un amateur du beau jeu, et son passé de dénonciateur revenant au galop, il remet les pendules à l’heure sur grand écran. Il dénonce de la plus belle des façons les agissements de certains recruteurs : payer des putes (scène extraordinaire en compagnie de Chasey Lain et de Jill Kelly, actrices de porno devant l’Eternel qui, outre le fait d’avoir écarter les jambes un bon nombre de fois, ont participé au GENIALISSIME... INCOMMENSURABLE... MAGNIFICO ORGAZMO de Matt Stone et Trey Parker), offrir des voitures luxueuses et j’en passe. Même les agents des joueurs et la Mafia en prennent pour leur grade, tout y est ; c’est un étalage des travers du sport business.

Jesus: "Quel genre de nom c'est Jesus?"
Jack: "C'est biblique!"
Jesus: "Ouais bien sûr!!"

Heureusement pour nous, He Got Game est plus qu’un simple brûlot sur la condition des jeunes basketteurs, c’est avant tout le film d’un père et d’un fils que tout a séparé et que tout va réunir. Un film sur la rédemption d’un père et le pardon d’un fils. Jack accepte la proposition du gouverneur, dans la seule perspective de sortir de prison pendant une semaine. Il ne pense aucunement à la rédemption en passant les grilles de la prison. Il veut faire la paix avec son fils.

La caméra de Spike Lee jubile. Le montage sert la narration comme jamais. Les chansons de Public Enemy s’enchaînent divinement avec les thèmes de Aaron Copland. A l’image de Summer of Sam réalisé l’année suivante, He Got Game est une réussite en tout ce que le réalisateur a entrepris : dénonciations en tous genres, amour filial, dépassement de soi.

Je n’aurais que deux remontrances pourtant. Tout d’abord, la fin du film qui est directement emprunté à Michael Mann est à son Jericho Mile (Comme un homme libre /1979). Peter Strauss est incarcéré lui aussi et ne peut obtenir d’autorisation pour participer aux JO, du fait de son statut de prisonnier. Entêté, il court en même temps que les athlètes dans le stade olympique, et brise le record du monde du 1500 mètres. Peter Strauss saisit alors le chrono et le jette contre le mur de la prison. Le chrono est brisé, tout comme le record et la vie du coureur de fond. Je vous laisse deviner la correspondance. Sans trop dévoiler la fin, je peux juste vous dire que Jack joue avec son fils maintenant.

Seconde remontrance que j’ai à formuler, c’est le choix de mettre en musique de générique une version remixé de For what it’s worth des Buffalo Sprinfield, rebaptisée He Got Game. Surtout que le film s’achève sur un thème péplumesque à grand renfort de basses, et que les images de New-York et de playgrounds sont bien trop mal venues. C’est bien dommage, car après un tel final un générique défilant sur un fond noir aurait eu plus d’impact. Ceci n’étant qu’une divergence artistique, n’y apportez pas trop de crédit. D’ailleurs ne m’écoutez pas : c’est un chef-d’œuvre ... chef-d’oeuvre... chef-d’oeuvre...

Du point de vue du casting, il y aurait beaucoup de choses à dire. Denzel Washington est impeccable, comme toujours depuis Glory, dans le rôle de Jack Shuttlesworth. Au passage, il tiendra le premier rôle dans le remake de The Manchurian Candidate signé Jonathan Demme (le tournage débute en septembre).

Le rôle de Jesus fut confié au jeune espoir Ray Allen, joueur de banc pour les Timberwolves de Minnesota et qui depuis février 2003, joue pour les Supersonics de Seattle. Il tient un petit rôle dans Harvard Man, un nanar avec Bouffy la chasseuse de vampires.

Le rôle de Dakota est tenu par Milla Jovovich qui fait ce qu’elle peut.

Nous avons le droit à une apparition de la très belle Jennifer Esposito, avant de la voir tenir le rôle de la petite amie d’Adrien Brody dans Summer of Sam.

La caméo de luxe est à mettre à l’actif de Michael Jordan qui n’a qu’une seule réplique : "He Got Game !" En français : "Il a le niveau pour rivaliser avec les plus grands".

A propos, si vous voulez savoir pourquoi le fils de Jack se prénomme Jesus, il vous faudra regarder le film - ou alors vous connaissez Earl Monroe.

Takeuchi | 6.07.2003 | Hors-Asie

DVD zone 2 édité par GCTHV (Gaumont) assez complet (pas vu). Le film est présenté au format et en Pan&Scan. Un son 5.1 en français et en anglais.

Suppléments : making-of, bande annonce, interviews de Spike Lee, Denzel Washington et Ray Allen, et un clip de Public Enemy.

DVD zone 1 édité par Buena Vista, vide de suppléments si ce n’est une simple bande annonce. Le film est présenté en 1.85:1 et ne comprend que la langue anglaise en 5.1. Ce DVD ne comporte pas de sous-titres.

USA | 1998 | Un film de Spike Lee | Musique de Aaron Copland et Public Enemy | Avec Denzel Washington, Ray Allen, Milla Jovovich, Rosario Dawson, Lonette MacKee, Ned Beatty, Jim Brown, Bill Nunn, John Turturro, Jill Kelly, Chasey Lain, Jennifer Esposito, Charles Barkley, Scottie Pippen, Reggie Miller, Shaquille O’Neal et... et... sa majesté, pardon sa seigneurie Monsieur Michael "Je reste en l’air le temps que je veux" Jordan, et puis plein d’entraîneurs d’équipes universitaires super connus sur le continent américain
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
The Bodyguard
Suzhou River
Meatball Machine
Dong
La Bête humaine : séquence d’ouverture
Venus and Mars
Inochi
Perfect Education 2 : 40 Days of Love
Skyline Cruisers
Rock ’n Roll Cop
The Twins Effect II
Maicchingu Machiko Sensei
Hors du vent
Master Q 2001
Crazy Lee
Le voyage du ballon rouge
Doan Minh Phuong
Tsai Ming-Liang
Last Witness
New Blood
Dotsuitarunen
Charon
La Truite
Loft
Jeepers Creepers 2