He Lives by Night

Giallo Mo lei tau !

Un tueur en série travesti sévit dans les rues de Hong Kong, jouant de l’arme blanche avant d’étrangler ses victimes, exclusivement des femmes, avec leurs propres bas résille blancs. Sissy (Sylvia Chang), présentatrice de radio, se fait psychologue nocturne du criminel, prétexte à quelque stalker téléphonique qui, chaque soir, la menace pendant son émission. Elle fait donc appel à la protection de Lousy Wong (Simon Yam), connaissance de jeunesse devenu flic ; et c’est le boss de celui-ci, Dragon (Kent Cheng), qui s’en réjouit, épris de cette voix radiophonique, dévoué à séduire la belle avec une lourdeur toute hongkongaise...

C’est un meurtre très transalpin qui ouvre He Lives by Night, alternance de plans subjectifs – point de vue de l’assassin – et de plongées plus aériennes permettant d’embrasser un cadre très coloré, fait de voilages mis à sécher dans une ruelle, au milieu desquels une victime désorientée tente d’échapper à la menace d’une lame... Un hommage explicite au giallo, gros plans apeurés et musique synthétique compris, qui ne prépare en rien à l’arrivée à l’écran du couple Sylvia Chang / Kent Cheng, qui vont s’employer, pendant tout le film, à contrarier la filiation trop sérieuse de He Lives by Night avec le Ténèbres de Dario Argento, saupoudré d’une touche du Pulsions de De Palma.

Pas toujours évident de saisir le(s) ton(s) employé(s) par Po-Chi Leung... Si He Lives by Night est dans un premier lieu très explicite dans ses contrastes – les meurtres, sérieux, s’opposent en tout aux interactions en roue libre du trio Sylvia Chang / Kent Cheng / Simon Yam – l’une des séquences les plus conséquentes du film fait lorgner l’hommage du côté de la parodie. Dans celle-ci, le tueur incarné par Eddie Chan, vendeur de chaussures de jour, s’introduit, grimé en femme, dans une maison pour assassiner l’une de ses clientes. La mise en scène par le réalisateur, d’une poursuite pince-sans-rire entre le tueur et sa proie, façon vaudeville, entre l’extérieur de la maison et l’intérieur plongé dans le noir, singe l’exploration très libre d’une maison par Argento dans Ténèbres, tout en teintant la scène d’un certain ridicule.

A un autre moment dans le film, alors qu’on ne connaît pas encore l’origine du déclic en forme de lingerie, qui provoque chez Eddie Chan la pulsion de tuer (délicieux traumatisme adultère), Po-Chi Leung ose confronter le tueur à une petite fille portant des bas résille blancs ( !!!), l’occasion d’incarner explicitement le tiraillement du film entre sérieux et n’importe-quoi. Quelques années plus tard, ce grand écart entre horreur et comédie, lieu d’un mauvais goût identitaire, n’étonnera plus personne ; toujours est-il que He Lives by Night, vous l’aurez compris, dessine ainsi les contours de la future Category III. Il alterne violence et humour non-sensique, nous permet de croiser Eric Tsang maquillé en fan de Kiss, espèce de punk néo-nazi braquant une supérette, ou encore d’assister à une très sérieuse course-poursuite en sous-vêtements, entre les forces de l’ordre et un assassin qui tentera de clôturer le film en poursuivant Sylvia Chang à l’aide d’un distributeur de Seven Up...

Bref, He Lives by Night est typique du cinéma HK du début des années 80, paradoxe de maîtrise technique et de je-m’en-foutisme narratif, très agréable incarnation d’un cinéma tape-cul, rebondissant sans cesse du thriller à la comédie cantonaise. C’est de plus une excellente excuse pour retrouver Sylvia Chang (revue récemment dans le magnifique Buddha Mountain), et échouer à reconnaître un tout jeune Simon Yam.

Akatomy | 18.04.2014 | Hong Kong

He Lives by Night est disponible en VCD et DVD HK, sous-titré anglais, chez Fortune Star, dans la bien nommée "Legendary Collection".

aka 夜驚魂 | Hong Kong | 1982 | Un film de Po-Chi Leung | Avec Sylvia Chang, Kent Cheng Jak-Si, Ngaai Dik (Eddie Chan), Simon Yam Tat-Wah, Eddie Chan, Elaine Kam Yin-Ling, Eric Tsang Chi-Wai
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