Heaven’s Soldiers

« Les envahisseurs japonais étaient basés au Royal Shrine,
où les Soldats Célestes apparaissaient chaque nuit...
 » Chronique de la Dynastie Chosun.

En pleine crise du nucléaire iranien, il est intéressant de voir qu’en Corée du Sud on est capable de produire une fiction, qui commence en montrant des militaires du nord et du sud se mettre d’accord pour envoyer chier les américains et les autres puissances nucléaires, et acquérir également l’arme nucléaire. Mais heureusement parmi ces gens, il y en a toujours un pour faire capoter les choses. Et tout ce beau monde de se retrouver 400 ans en arrière (sujet original), en pleine époque où le pays est envahi par les barbares, et nos charmants militaires de tomber sur le futur héros national Lee Soon-Shin, et surtout avec une ogive dans la nature.

Et là forcément tout le monde se doit d’être « uni » non seulement dans la lutte contre l’envahisseur mais aussi pour faire rire le spectateur. Et là aussi toutes les armes sont bonnes y compris le comique bouffon, notamment en égratignant un mythe national (ce qui n’est peut-être pas fait sciemment). En effet, il est également intéressant de voir comment est le produit, le héros national, et son appropriation a posteriori par l’histoire et la propagande nationaliste, grand moment de lecture au second degré de ce film, avec la confrontation des canons de la doctrine de la Corée du Nord en la matière. Une fois de plus le désir de réunification de la Corée est exacerbé sur grand écran. Bref un film qui distrait certainement plus qu’initialement prévu. Mais force est de constater qu’on est le cul entre deux chaises, forcés de se marrer en attendant la diffusion sur la 6 en deuxième partie de soirée après les Barbarians. Deodato aurait bien pu filmer la défense d’un canot pneumatique comme Min Joon-Ki.

Kaelu San


ALLAHU AGBAR

Alors que les deux Corée s’étaient enfin mise d’accord sur une confection collégiale mixte (ça on y reviendra !!) d’une tête nucléaire, les Etats-Unis, en tant que Gendarme du monde, en réclament la destruction pure et simple. Mais voila, le Major nord-coréen Kang Min-gil n’entend pas laisser s’opérer un tel démantèlement ; lui et quelques uns de ses hommes décident de dérober la « nuke » ainsi que de kidnapper la physicienne responsable de l’objet, pensant sauver la face de leur flamboyant drapeau claquant au vent de la passion patriotique.

Après une impressionnante poursuite en zodiac à rames, la petite troupe de renégats est rattrapée par Park et ses hommes.... mais alors que l’interception est imminente, une comète illumine le lit de la rivière et propulse tout ce beau monde en 1572 en pleine Dynastie Chosun, et surtout en pleine invasion barbares.

Prenant malgré eux parti pour les détenteurs de fourches de bois et autre bâtons, les Nordistes et les Sudistes interviennent de manière musclée dans ce génocide en balançant grenades et bastos à tout va ! Les envahisseurs déguerpissant enfin, nos militaires des cieux trouvent tant bien que mal refuge dans une grotte. C’est alors que leurs armes sont volées par un étrange personnage habillé de haillons, qui les enterre dans la forêt toute proche. Bien vite maîtrisé par ces mercenaires surentraînés de la guerre froide , l’homme qui dit s’appeler Lee paraît bien familier à Park. Une rapide vérification sur de la menue monnaie traînant dans ses poches et Park croit reconnaître en ce clochard/ermite le Grand Général Lee Soo-shin, qui s’est battu pour qu’existe une Corée, repoussant maintes fois les différents assauts des peuples voisins et devenant ainsi une légende de son vivant.

Mais voila, avant de devenir ce tacticien hors pair, dont les victoires sont encore fêtées de nos jours (comme dans tous les pays qui ont pris pour habitude de fêter la victoire d’hommes sur d’autres hommes, de meurtriers sur d’autres meurtriers... mais ça c’est un autre débat !!), Lee était une semi loque encore sous le coup de son échec au concours de Général (à en croire les sous-titres). Vêtu comme un SDF, Lee se terre dans une cabane en ruines et n’ose plus reparaître devant sa famille.

Pourtant cette arrivée inopinée de soldats des cieux lui revigore l’âme et les injustices, dont il est souvent témoin, lui travaillent les tripes. Aussi accepte-il ce drôle d’entraînement que lui profèrent Park le sudiste et Kang le nordiste pour ainsi devenir ce chef de combat tant idolâtrer au travers des siècles...

« Si les ricains n’étaient pas là, nous serions tous en Germanie » M. Sardou.

Film le plus fourre-tout de tous les temps, dépassant largement le concept comico-burlesque-tragico-dramatique au final nihiliste de quelques films made in Hong Kong, Heaven’s Soldiers est une réussite dans un genre qui n’existait pas : le film nationaliste loufoque extrémiste et barbare.

Doué d’un principe de fond un peu « just » : les deux Corées ne pouvant s’unir que dans le projet de fabrique une bombe, refusant encore la moindre véritable réunification et encore moins de paix. Dynamisant le personnage de Lee, le canonisant même dans une scène de bataille navale qu’il nous aurait bien plu de voir, combat titanesque opposant 13 navires coréens à 133 japonais (mais qu’on ne verra finalement pas, générique oblige !!). Bref, Min Joo-ki fait passer son héros pour un saint homme, un défenseur des opprimés, unificateur d’un pays qui n’existait qu’à peine ou par religions tribales. L’image de Lee est bien trop lisse pour vraiment y croire, et Park Joon-hoon alterne trop vite burlesque, tragédie, compassion et autres nombreuses poses émanant d’un jeu tout en « finesse ».

Ah lala dire que Coppola fut accusé de glorifier le crime avec ses Godfather et que des Heaven’s Soldiers doivent passer par des tons de scènes plus légers pour ne pas en être taxé. Car ce qui dérange le plus, en fait, c’est le patriotisme exacerbé et exaspérant mais tellement drôle tant il est poussé à l’extrême, passant ainsi au second voire troisième plan, laissant le temps d’observer le reste de la salle entièrement médusée. Même chaque rixe (qui a dit Intervilles ?) se fait annoncer à grands renforts de musique de fanfare militaire qui depuis The Rock se fait entendre bien trop souvent au pays du matin calme (Shiri ??!!).

Bref Heaven’s Soldiers est, vous l’aurez peut être saisi, un film bien à part, au propos nationaliste désamorcé puis réamorcé sans cesse. Rempli de morceaux de bravoures jubilatoire : le soldat bourrin de base écharpant 30 hommes à mains nues, ce final naval à s’extasier non tourné (pourquoi ne pas plutôt faire un film sur ce sujet ?), cet épique dernier massacre, où maintes bras et têtes sont coupées et où chacun se sacrifie pour l’autre... Et des scènes de comédie improbables : le plongeon du futur Général dans une eau peu profonde, les soldats matant la scientifique prenant un bain au clair de lune (sans Pithivier et la 7ème Compagnie !!). Tout ceci forme un brouillon bien distrayant finalement et après tout si le cinéma ne résidait qu’en ça, Heaven’s Soldiers ferait mouche... mais non !!!

Film de potaches, d’extrêmes, Heaven’s Soldiers est une curiosité qui pris pour une pitrerie vous fera passer un bon moment, et ça c’est déjà pas mal vu l’art de faire de Min Joon-ki.

Takeuchi

Heaven’s Soldiers fut présenté dans la sélection Action Asia du 8ème Festival du film asiatique de Deauville. Une édition coréenne est disponible sous-titrée en anglais. Il existe aussi un DVD japonais.

Corée du Sud | 2005 | Un film de Min Joo-ki | Avec Park Joong-hoon, Kim Seung-woo, Hwang Jeong-min
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